Le téléchargement gratuit est bon pour la promotion des œuvres culturelles sur internet.

Un cinéaste a vu la notoriété de son dernier film prendre une ampleur insoupçonnée. La raison ? Le long-métrage s’est tout simplement retrouvé sur les réseaux peer-to-peer. Après Trent Reznor qui encourage ses fans à télécharger sa musique gratuitement et se retrouve en tête des ventes sur Amazon, et Paolo Coehlo qui pirate ses propres livres et en vend plus, voici un exemple de plus qui montre que le téléchargement gratuit peut être bon pour la promotion des œuvres sur internet.

Un article écrit par Guillaume Champeau pour Numerama.com et diffusé sous licence Creative Common by-nc-nd 2.0
Le piratage, meilleur vecteur d’exposition pour une oeuvre culturelle ?
Peer-to-Peer –

Un cinéaste a vu la notoriété de son dernier film prendre une ampleur insoupçonnée. La raison ? Le long-métrage s’est tout simplement retrouvé sur les réseaux peer-to-peer. Le réalisateur reconnait que s’il n’est pas vraiment enthousiaste à l’idée de savoir que des internautes profitent son oeuvre gratuitement, il est quand même ravi de l’exposition offerte par le P2P.

Le peer-to-peer, fléau du droit d’auteur ou excellent outil marketing ? Si les avis ne manqueront pas de diverger sur la question, selon si l’on se place du côté des ayants droits ou des internautes adeptes du téléchargement, Jamin Winans a désormais une opinion bien tranchée. Réalisateur et scénariste sur le film Ink, le cinéaste estime que « s’il n’est guère enthousiaste de voir des personnes découvrir son film sans payer« , est cependant ravi de voir BitTorrent offrir à son oeuvre « une exposition absolument exceptionnelle« .

« Ce week-end, quelque chose d’assez extraordinaire s’est produit » explique Jamin Winans dans un e-mail envoyé aux personnes impliquées dans ce projet. « Ink a été piraté. Quelqu’un l’a publié sur différents sites dédiés au piratage, et nous savions que cela arriverai. Ce que nous n’avions pas prévu, c’est son succès fulgurant (en moins de 24 heures). Ink est devenu le film le plus téléchargé sur plusieurs sites spécialisés, avec parfois 150 000 à  200 000 internautes« .

« Résultat, Ink est désormais classé 16e sur IMDB et fait parti des 20 films les populaires au monde » s’exclame le cinéaste. « Tout a commencé à la suite d’un buzz totalement souterrain que vous nous avez aidé à créer. Nous n’avions pas de distributeur, pas de véritable plan publicitaire, mais le bouche à oreille que vous avez débuté à fait exploser le film dès lors qu’il été disponible en ligne » analyse-t-il. « Nous ne savons pas exactement ou tout cela va nous mener, mais une telle exposition est incontestablement une chose positive » termine-t-il.

Ce n’est pas la première fois qu’un contenu culturel piraté a propulsé ou relancé les ventes et l’exposition d’un artiste. Cet été, nous vous rapportions l’histoire d’un groupe de musique, Barcelona, qui a vu son succès exposer suite à l’utilisation illégale d’un de leurs morceaux de musique dans une vidéo vue plus de trois millions de fois sur YouTube. Et ce n’est pas un cas isolé : Moby et Coldplay avaient expérimenté une diffusion gratuite de certains morceaux. Résultat, l’un et l’autre s’étaient retrouvés en tête des ventes sur les plates-formes musicales… peut-être qu’un jour, les ayants droits en tireront les conclusions qui s’imposent…

Article diffusé sous licence Creative Common by-nc-nd 2.0, écrit par Guillaume Champeau pour Numerama.com

Ecrivain 2.0: interview de Paulo Coelho sur le téléchargement et le futur du livre

Le site Pirate Coelho proposait depuis l’an dernier des liens torrents pour télécharger les œuvres de l’écrivain Paulo Coelho. Surprise, le pirate n’est autre que Coelho lui même ! Une idée de la propriété intellectuelle à l’opposé de la vision conventionnelle…

L’écrivain brésilien Paulo Coelho, l’auteur de « L’alchimiste » dont les livres ont été traduit dans 67 langues et qui a vendu plus de 100 millions d’ouvrages dans le monde entier, a démarré l’an dernier un blog anonyme (Pirate Coelho, tout un programme…) où il propose des liens bit torrents vers des versions complètes de ses œuvres disponibles sur internet. La plupart de ces copies en ligne n’étaient pas autorisées, mais l’écrivain a réussi à convaincre ses éditeurs que ceci ne réduirait pas les ventes.

Interview de Paulo Coelho

Voici une traduction d’une interview de Coelho (je l’ai traduite à partir de l’anglais lui même traduit à partir du portugais; j’ai essayé de respecter le sens, mais il peut y avoir des erreurs…)

(journaliste) – Pourquoi créer un site pour diriger les internautes vers des endroits où ils peuvent télécharger vos livres gratuitement ?

(Coelho) – Je crois qu’offrir des livres gratuits en ligne stimule les ventes dans le monde « réel ». Vers la fin des années 90 , j’ai eu une expérience en Russie qui m’a ouvert les yeux. Nous avions des problèmes avec les ventes et l’explication qui revenait tout le temps était que la distribution était difficile dans cette partie du monde. En 1996, nous avions seulement vendu 1000 livres. Fin 1997, une traduction de « Brida » est apparue sur certains réseaux peer-to-peer et les ventes ont commencé à décoller. En 1998, nous avons vendus 10 000 copies. En 1999, 100 000 copies. En 2000, le chiffre a dépassé le million de copies ! Ce n’était pas un hasard: l’internet a favorisé le bouche à oreille; résultat, les lecteurs ont commencé a faire pression sur les libraires qui, d’eux-mêmes, ont commencé à commander plus de copies….

(journaliste) – Comment en êtes vous venus à créer Pirate Coelho ? Vous aviez conscience que le téléchargement doperait les ventes ou cela a t-il été une surprise pour vous ?

(Coelho) – Après mon expérience russe, l’idée a mûrie. J’ai décidé de lancer le site Pirate Coelho en 2006. Il est à noter que le site recense simplement des liens vers les fichiers torrents. Il ne stocke rien, il montre juste le chemin aux internautes.

(journaliste) – Est ce que les ventes ont augmentées depuis que vous avez commencé le partage de livres gratuits ?

(Coelho) – Je n’ai pas de chiffres, mais je vois les effets avec mon dernier livre, « la sorcière de Portebello », cette stratégie a porté ses fruits. Aux Etats-Unis par exemple le livre est entré dans dans la liste des ouvrages les plus vendus de la semaine, une performance que seul « L’alchimiste » avait réussi à faire jusqu’à présent.

(journaliste) – Le téléchargement sur internet provoque une baisse des ventes et c’est un problème majeur de l’industrie de la musique. Pourquoi est ce que ça n’arrive pas avec les livres papier et les éditeurs ?

(Coelho) – Je ne peux pas prévoir comment le le piratage de livres va influencer les ventes à l’avenir. Ce que nous observons pour l’instant c’est une dissémination plus importante des travaux.

(journaliste) – Que pensent vos éditeurs de votre initiative de créer Pirate Coelho ?

(Coelho) – Mes éditeurs acceptent tous mon choix.

(journaliste) – Comment voyez vous le futur du livre ? Pensez vous qu’il est menacé par le Kindle et autres e-books ?

(Coelho) – Quand j’ai donné une conférence à Munich en janvier dernier, je suis tombé sur une idée intéressante: le futur du livre n’est peut être pas dans des objets comme le Kindle ou les e-books, mais dans l’interactivité entre les lecteurs et l’auteur autour du livre. Certains pensent que dans le futur les gens pourraient payer non pour le livre, mais pour les discussions et l’univers associé au livre. Nous voyons cela aujourd’hui dans les jeux vidéo en ligne où le consommateur paye une somme pour entrer dans l’univers du jeu. Peut être est ce la futur du livre.

(journaliste) – Jusqu’à quel point va se développer la relation entre internet, la littérature et l’industrie du livre ? Quelles pistes pourraient encore s’ouvrir grâce a cette relation et quels les bénéfices et les dangers potentiels ?

(Coelho) – Je ne peux pas prévoir comment les nouveaux médias vont influencer la littérature au 21eme siècle. Ce que je peux dire c’est que nous voyons plus d’interactivité entre les lecteurs et les auteurs. L’émergence des blogs permet cet échange que je trouve extrêmement enrichissant. Mais je ne crois pas complètement à un processus de création collective qui conduise à l’écriture d’un livre. J’ai vu des expériences où les lecteurs participent au processus de création et le résultat n’était pas terrible. Je crois en l’interactivité mais après que le travail ait été fait par le créateur, pas avant.

Voir l’article original

Lisez le dernier livre de Paulo Coehlo en ligne

Cette fois c’est son éditeur qui le propose par l’intermédiaire d’un widget que chaque internaute peut placer sur son site, blog, myspace, pour le faire découvrir à ses visiteurs…


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Pour l’instant le livre n’est disponible qu’en anglais, mais on peut espérer avoir bientôt une traduction. Et bien sur si ça vous a plu, n’hésitez pas à acheter le livre pour vous ou vos amis

Paulo Coelho discute internet, copyright et le futur du livre à la Digital, Life, Design conférence de Munich

Voici la vidéo (en anglais).

Link: sevenload.com

Pour finir

Ça fait vraiment plaisir de voir quelqu’un qui observe, s’interroge, cherche à comprendre et expérimente au lieu de refuser en bloc tout changement. J’ai beaucoup apprécié cette attitude du « je ne sais pas, mais nous observons que… ». C’est humble et ouvert, et très rafraîchissant. Je crois que je sais quel sera mon prochain livre de chevet…