Une fête à la copie pour repenser le droit d’auteur

La bibliothèque de la Roche-sur-Yon organise une rencontre originale pour faire réfléchir sur le droit d’auteur.

Des débuts de la musique enregistrée à l’apparition d’internet, le droit d’auteur a été ces dernières années un pilier de la rémunération des artistes et des industriels de la culture. Mais aujourd’hui le paysage a changé.

L’internet est une gigantesque machine à copier et le public à les moyens et l’envie de partager de nombreuses œuvres . On peut le regretter et voir ce que l’on perd, comme les industriels qui se battent contre leurs clients pour sauver leur modèle économique ou voir le positif, la promotion des artistes par les fans, le financement de projets artistique par les fans, de nouveaux modèles économiques basés sur la gratuité et le partage qui commencent à se dessiner ou encore la culture du remix qui invente de nouveaux genres.

Dans ce contexte, il est souhaitable d’avoir une réflexion sur le rôle que doit jouer le droit d’auteur. D’où l’initiative originale de la bibliothèque de la Roche-sur-Yon, qui organise une Copy Party, la première « Fête à la Copie » !

Résumé par Lionel Maurel, l’un des organisateurs:

la Copy Party  une manifestation qui aura lieu le 7 mars prochain, à la Bibliothèque Universitaire de la Roche Sur Yon, et au cours de laquelle les lecteurs seront invités à copier, avec leur propre matériel (scanners, ordinateurs portables, appareils photos, smartphones, etc) des documents issus des collections de l’établissement. Ce sera l’occasion de sensibiliser les participants à la problématique du droit d’auteur à l’heure du numérique et de réfléchir aux enjeux de la circulation et du partage des savoirs. D’un point de vue juridique, la Copy Party s’inscrit complètement dans un cadre légal, car elle s’appuie sur l’exception de copie privée, telle qu’elle a été modifiée à la fin de l’année dernière.

(…)

La première intention est de sensibiliser les participants aux questions liées au droit d’auteur et à la diffusion des savoirs, en prenant cette manifestation comme un cas pratique. Nous allons en effet rapidement nous rendre compte que même en accédant à des « sources légales », bénéficier de la copie privée reste une chose compliquée. En effet, les règles sont susceptibles de changer selon les types de documents (livres, CD, DVD, jeux vidéo, logiciels, bases de donnée, etc). Il est aussi possible que nous nous heurtions à des DRM, qui empêcheront la reproduction. Il y a aussi la question de l’usage que l’on peut faire des copies réalisées dans ce cadre, qui reste très restrictif (elles doivent être « réservées à l’usage du copiste et non destinées à une utilisation collective »). Ces difficultés vont certainement nous amener « en creux » à réfléchir sur les justifications de ces restrictions à l’accès au savoir, dans le cadre d’une bibliothèque. Plus largement, l’acte de copie devient de plus en plus problématique, parce que la propriété intellectuelle, ébranlée par l’environnement numérique, ne parvient pas à retrouver ses assises, malgré le durcissement continu du système…

Lire la suite de la présentation sur Framablog…

Moi je reste persuadé que le partage des oeuvres favorise la richesse et la diversité culturelle et qu’une adaptation du droit d’auteur aux nouveaux usages est fondamentale pour bâtir les nouveaux modèles économiques équitable pour les artistes. J’espère donc voir de telles initiatives se multiplier pour que la discussion soit lancée.

Le crowdfunding pour les artistes

Le « crowdfunding« , littéralement le « financement par la foule » est un système de financement participatif où des individus qui ne se connaissent pas peuvent investir ensemble dans un même projet. La multiplication des petites sommes collectées auprès de nombreuses personnes permet à des porteurs de projets de réunir des fonds qu’il n’aurait pas pu obtenir via des sources de financement classiques et ce sans intermédiaires.  L’apparition de plateformes dédiées ces dernières années a ouvert le développement de ce système à grande échelle et a déjà permis quelques beaux succès.

Cela faisait longtemps que je voulais publier un article sur le sujet, Calimaq a déjà fait un très bon travail, je me permet donc de reproduire son article ici:

 Licences libres et crowdfunding : une combinaison gagnante !

Creative Commons License

Cette article a été initialement publié par par Calimaq est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité 2.0 France.

La question revient souvent à propos des licences libres de savoir si elles sont réellement capables de s’articuler avec des modèles économiques viables pour la production de biens culturels, autrement que par le système de monopole exclusif du droit d’auteur « classique ».

La semaine dernière, j’ai reçu par la Poste une preuve tangible que de tels modèles économiques peuvent exister, en associant licences libres et crowdfunding (financement participatif), ce système dans lequel le créateur demande en amont au public de contribuer à la réalisation d’un projet en donnant une somme d’argent laissée à son appréciation.

Vous vous souvenez peut-être qu’en mai dernier, j’avais écrit un billet à propos du projet de la dessinatrice et activiste de la Culture libre, Nina Paley, qui avait utilisé le site de crowdfunding américain Kickstarter pour lancer un appel aux dons en vue de publier des minibooks mettant en scène ses deux personnages de BD, Mimi & Eunice, dans des strips en trois cases traitant de la propriété intellectuelle et de ses excès (Intellectal Pooperty).

L’originalité du projet résidait dans la « licence » retenue par Nina Paley pour ses ouvrages : le Copyheart qui se résume à ceci :

♡ Copying is an act of love. Please copy.

Nina Paley demandait 3000 dollars pour imprimer les minibooks et les envoyer sous forme de récompense à ses contributeurs.

Cet objectif a été atteint en… deux jours (!!!), puis très largement dépassé pour permettre d’imprimer 10 000, puis 20 000 minibooks, avec au total plus de 8000 dollars collectés par le biais des dons de 305 personnes.Visiblement le plus difficile fut d’arriver à expédier les BD à tous les contributeurs partout dans le monde, à cause des facéties de la poste américaine. Bravo Nina pour cette réussite !

Ayant fait un don de 25 dollars pour soutenir ce projet, j’ai eu le plaisir de recevoir la semaine dernière non pas 5 minibooks comme promis mais 15, grâce à l’argent supplémentaire récolté.

Je dois avouer que c’est avec une certaine émotion que j’ai lu ce petit livre, qui prouve qu’une création peut naître et toucher un public en dehors de tout système de protection de la propriété intellectuelle. Mais les choses ne s’arrêtent pas là, car en creusant un peu, je me suis rendu compte que d’autres projets sur la plateforme Kickstarter associent licences libres et crowdfunding, de manière souvent très inventive.

Une page recense en particulier les projets utilisant les licences Creative Commons et je vous invite vivement à la visiter.

Vous y découvrirez par exemple le projet Smarthistory, qui vise à produire des vidéos pédagogiques sur l’histoire de l’art, placées sous licence CC-BY-NC-SA, et rassemblées sur un site qui constitue un véritable manuel éducatif interactif. Cette initiative associe plusieurs musées dans le monde et a été primée aux Etats-Unis.

Plusieurs projets portent sur l’édition de livres, sous forme imprimée et/ou numérique. J’avais déjà évoqué dans un billet précédent le cas de Robert Sloan, qui a réussi à faire financer l’écriture de son premier roman par une communauté de fans, en contrepartie de le placer sous licence libre, ou celui du projet Gluejar, qui me paraît très prometteur.

D’autres exemples de projet d’édition sont particulièrement intéressants. Avec The Wise Roads, deux éducateurs ont utilisé Kickstarter pour rassembler suffisamment d’argent pour organiser un voyage éducatif le long de la côte ouest des Etat-Unis, en testant de nouvelles méthodes d’apprentissage basées sur les échanges avec l’environnement. A l’issue de cette expérience, ils écriront un manuel racontant leur périple et donnant des indications pour permettre à d’autres de mettre en place de nouveaux voyages éducatifs. Ce livre sera mis gratuitement à disposition sous licence CC-BY en version électronique et vendu en format papier.

OpenUtopia est un autre projet éditorial qui vise à produire une nouvelle traduction de l’Utopie de Thomas More, en Open Source, en Open Access, sous de multiples formats et sous la forme d’un site interactif en ligne. C’est une excellente manière de faire revivre une oeuvre du domaine public, sans l’enfermer sous une nouvelle couche de copyright, comme c’est hélas bien trop souvent le cas et je vous conseille de visiter le site, qui comporte même un WikiTopia pour écrire de manière collaborative une nouvelle utopie.

Un peu dans la même idée, transposée dans le domaine de la musique, on trouve plusieurs projets dont le but est de produire des enregistrements libres de droits de morceaux de musique classique. C’est le cas du projet Musopen, qui avait fait parler de lui en 2010, et qui consistait à rassembler suffisamment d’argent pour faire enregistrer par un orchestre de musique classique des oeuvres de Beethoven, Brahms, Sibelius ou Tchaikovsky. Les musiciens ont accepté de renoncer à leurs droits voisins sur leurs interprétations, ce qui permet de les verser dans le domaine public en utilisant la licence Creative Commons Zéro (CC0). Ce projet a connu un succès retentissant sur Kickstarter avec plus de 60 000 dollars récoltés (6 fois plus que la somme initialement escomptée…). Sur le même principe, une suite a été donnée à ce projet pour libérer les Variations Goldberg de Bach et produire à la fois une partition et un enregistrement libres de droits (23 748 dollars).

De manière peut-être plus inattendue, on trouve également sur Kickstarter des projets citoyens d’Open Data combinant licences libres et crowdfunding. Une initiative propose par exemple de créer une carte libre des transports en commun de Cincinnati pour inciter les citoyens de la ville à utiliser davantage et mieux ces infrastructures (ça ne vous rappelle rien ? ;-). Un autre projet, RDTN.org (Radiation Detection Hardware Network) proposait de rassembler des fonds pour acheter du matériel permettant de procéder à des relevés des taux de radiation au Japon, de manière à pouvoir critiquer les chiffres avancés par le gouvernement, toutes les données collectées étant placées sous licence CC0. Il a rassemblé plus de 36 000 dollars et propose d’évoluer vers une sorte d’Open Street Maps de vigilance citoyenne sur la radioactivité.

Encore plus surprenants, ce sont les projets qui proposent de placer des objets physiques sous licences libres, comme des puces électroniques ou des fraiseuses de salon, permettant de réaliser soi-même toutes sortes d’objets dans l’esprit de l’impression 3D ! Dans le projet de fraiseuse Open Source DIYLILCNC 2.0, les contributeurs à partir d’un certain niveau de dons peuvent aussi voter pour faire évoluer le projet dans tel ou tel sens, ce qui renforce la dimension collaborative.

On le voit, les possibilités sont vastes pour créer des modèles économiques avec des licences libres. Certains projets placent leurs produits sous des licences très ouvertes, en assurant le financement en amont par le biais du crowdfunding. D’autres conservent la restriction NC (pas d’usage commercial) pour pouvoir mettre en œuvre des formes d’exploitation commerciale des produits créés, tout en garantissant des usages ouverts par le biais des licences Creative Commons.

Cette page ne recense pas tous les projets utilisant les licences Creative Commons sur Kickstater, loin de là et je vous laisse continuer l’exploration des possibles, si ce sujet vous intéresse.

Évidemment, je ne prétends pas que cette combinaison du crowdfunding et des licences libres a pour vocation de remplacer entièrement les formes traditionnelles de financement, mais elle ouvre des pistes intéressantes et présente l’intérêt de mettre directement en relation les créateurs et leurs publics, plutôt que de les dresser les uns contre les autres et de perpétuer la rente de situation d’intermédiaires dont l’utilité devient de moins en moins évidente.

 

Creative Commons License

Cette article a été initialement publié par par Calimaq est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité 2.0 France.

Le téléchargement gratuit est bon pour la promotion des œuvres culturelles sur internet.

Un cinéaste a vu la notoriété de son dernier film prendre une ampleur insoupçonnée. La raison ? Le long-métrage s’est tout simplement retrouvé sur les réseaux peer-to-peer. Après Trent Reznor qui encourage ses fans à télécharger sa musique gratuitement et se retrouve en tête des ventes sur Amazon, et Paolo Coehlo qui pirate ses propres livres et en vend plus, voici un exemple de plus qui montre que le téléchargement gratuit peut être bon pour la promotion des œuvres sur internet.

Un article écrit par Guillaume Champeau pour Numerama.com et diffusé sous licence Creative Common by-nc-nd 2.0
Le piratage, meilleur vecteur d’exposition pour une oeuvre culturelle ?
Peer-to-Peer –

Un cinéaste a vu la notoriété de son dernier film prendre une ampleur insoupçonnée. La raison ? Le long-métrage s’est tout simplement retrouvé sur les réseaux peer-to-peer. Le réalisateur reconnait que s’il n’est pas vraiment enthousiaste à l’idée de savoir que des internautes profitent son oeuvre gratuitement, il est quand même ravi de l’exposition offerte par le P2P.

Le peer-to-peer, fléau du droit d’auteur ou excellent outil marketing ? Si les avis ne manqueront pas de diverger sur la question, selon si l’on se place du côté des ayants droits ou des internautes adeptes du téléchargement, Jamin Winans a désormais une opinion bien tranchée. Réalisateur et scénariste sur le film Ink, le cinéaste estime que « s’il n’est guère enthousiaste de voir des personnes découvrir son film sans payer« , est cependant ravi de voir BitTorrent offrir à son oeuvre « une exposition absolument exceptionnelle« .

« Ce week-end, quelque chose d’assez extraordinaire s’est produit » explique Jamin Winans dans un e-mail envoyé aux personnes impliquées dans ce projet. « Ink a été piraté. Quelqu’un l’a publié sur différents sites dédiés au piratage, et nous savions que cela arriverai. Ce que nous n’avions pas prévu, c’est son succès fulgurant (en moins de 24 heures). Ink est devenu le film le plus téléchargé sur plusieurs sites spécialisés, avec parfois 150 000 à  200 000 internautes« .

« Résultat, Ink est désormais classé 16e sur IMDB et fait parti des 20 films les populaires au monde » s’exclame le cinéaste. « Tout a commencé à la suite d’un buzz totalement souterrain que vous nous avez aidé à créer. Nous n’avions pas de distributeur, pas de véritable plan publicitaire, mais le bouche à oreille que vous avez débuté à fait exploser le film dès lors qu’il été disponible en ligne » analyse-t-il. « Nous ne savons pas exactement ou tout cela va nous mener, mais une telle exposition est incontestablement une chose positive » termine-t-il.

Ce n’est pas la première fois qu’un contenu culturel piraté a propulsé ou relancé les ventes et l’exposition d’un artiste. Cet été, nous vous rapportions l’histoire d’un groupe de musique, Barcelona, qui a vu son succès exposer suite à l’utilisation illégale d’un de leurs morceaux de musique dans une vidéo vue plus de trois millions de fois sur YouTube. Et ce n’est pas un cas isolé : Moby et Coldplay avaient expérimenté une diffusion gratuite de certains morceaux. Résultat, l’un et l’autre s’étaient retrouvés en tête des ventes sur les plates-formes musicales… peut-être qu’un jour, les ayants droits en tireront les conclusions qui s’imposent…

Article diffusé sous licence Creative Common by-nc-nd 2.0, écrit par Guillaume Champeau pour Numerama.com

La formule magique pour les nouveaux modèles économiques de la musique

Quel seront les futurs modèles économiques de la musique ? Il semble que Trent Reznor ait trouvé une bonne piste. J’ai déjà parlé à de nombreuse reprises de ses initiatives innovantes pour connecter avec sa communauté de fans pour promouvoir et vendre ses œuvres.

Voici un excellent article qui résume toutes les initiatives innovantes de Trent Reznor. Cet article est une traduction d’une conférence donné par Mike Masnick, dont le blog Techdirt décrypte les tendances des nouveaux médias sociaux.

L’auteur a analysé le travail de Trent Reznor et en déduit une équation qu’il pense être le futur de la musique:

Connect With Fans (CwF) + Reason To Buy (RtB) = The Business Model ($$$$)

« il semblerait que Trent Reznor ait découvert le secret d’un modèle économique efficace pour la musique. Ça commence par quelque chose de très simple : CwF, qui signifie « Créer un lien avec les fans ». Ajoutez-y une pincée de RtB : « Une Raison d’acheter ». Associez les deux, et vous obtenez un modèle économique. Ça parait très simple, et beaucoup pensent que ça n’a rien de sorcier. Mais le plus stupéfiant, c’est la difficulté qu’ont d’autres à combiner ces deux ingrédients afin de gagner de l’argent, alors que Trent Reznor, lui, s’en est sorti à merveille, à de nombreuses reprises, et de nombreuses façons. »

Lire l’article: Trent Reznor et l’équation pour de futurs modèles économiques de la musique

Lien: « La musique gratuite a une vraie valeur économique »

La musique diffusée ou téléchargée gratuitement en ligne a une vraie valeur économique, qu’il serait absolument faux de dire que sa valeur est égale à zéro ! A partir de cette gratuité, il devient possible de fidéliser le public, de vendre des places de concerts, des collectors, etc….

« La musique gratuite a une vraie valeur économique » Libération.fr

Pour aller plus loin: d’autres articles « Artistes et gratuité« 

Artiste contre Hadopi: Orbor persifle et signe

Contre la loi Hadopi, qui veut enrégimenter internet au nom des artistes, Orbor, chanteur 2.0 se bat en utilisant le web et sa musique. Après avoir sorti une première video qui pose des questions sur le piratage et les artistes, Orbor récidive et sort une nouvelle chanson en détournant une vidéo des artistes qui chantent pour les restos du coeur pour faire entendre son point de vue. Il continu a proposer sa musique gratuitement (en écoute sur son site et sur demande email) car il pense que artistes et gratuité peuvent faire bon ménage.

Artistes contre hadopi, pas tous des enfoirés comme Orbor
Orbor appelle, les « enfoirés »,les artistes dépendants et indépendants à se désolidariser de cette loi « création et Internet » sous peine de boycott massif et légitime des internautes. A force de lire leurs arguments, il ressort qu’il est insultant de les traiter de pirates et qu’ils n’ont jamais mis autant d’argent que maintenant dans la musique. Tout le monde sait maintenant que c’est la dématérialisation de la musique et non le piratage qui fait baisser le CA de l’industrie du disque. Que se passera-t-il dans un an quand 100000 internautes seront privés de net et que leur CA baissera encore, on dira la répression tue les artistes ?

Cordevocalement
Orbor, chanteur 2.0

Loi contre le piratage: le point de vue d’un artiste 2.0

Au moment où l’on débat une nouvelle fois d’une loi contre le « piratage » (la fameuse Hadopi), voici un point de vue intéressant. Il s’agit d’un argumentaire de Orbor, chanteur et artiste indépendant, « très connu du petit public ».

Je l’appelle « Artiste 2.0 » car, comme dans la philosophie du Web 2.0, il pense ouverture plutôt que fermeture et partage plutôt que contrôle. Il a déjà lancé des initiatives web originales comme un parodie de la vidéo de David Blaine ou propose d’envoyer gratuitement par mail son album « Tais toi et chante ».

Il revient en vidéo et en musique avec une critique humoristique et originale qui fait avancer le débat:

Je n’ai pas discuté de Hadopi avant, tellement il me semble évident qu’une telle loi est inutile et d’avance vouée à l’échec. Internet est un réseau mondial décentralisé et toute tentative de contrôle centralisé est vouée à échouer tôt ou tard (et la Chine me direz vous? Je vous dirai que leur filet va craquer tôt ou tard, mais c’est un autre débat…)

Il me semble que Orbor pose de très bonnes questions que les politiques et les industriels, mais aussi les artistes devraient tous se poser… :

  • En défendant l’industrie du disque, Hadopi défends elle les artistes ?
  • les internautes sont ils des pirates ou des nouveaux consommateurs ?
  • Est ce que le « pire-ratage » pour les artistes ce n’est pas d’être ignoré ?
  • Les artistes eux mêmes ne seraient ils pas les plus gros consommateurs de fichiers ?
  • Quel est le rôle de l’état dans la politique culturelle ?
  • Quel peut être le rôle d’internet pour les artistes ?

Ça ferait avancer la réflexion et nous économiserait une nouvelle loi dépassée avant même d’être votée.

PS: si comme moi vous avez bloqué sur les textes, repassez vous la vidéo et écoutez aussi les paroles ça vaut le détour 🙂

Vous avez dit piratage ? Quand le gratuit fait vendre.

Voici un article de Numérama sur le piratage et la vente de musique. Contrairement à ce qu’essaye de faire croire les industriels de la culture, le téléchargement n’est pas foncièrement mauvais pour les artistes. J’avais déjà parlé du piratage et de ses effets positifs sur l’économie, de Paolo Coehlo qui piratait ses propres livres et en vendait plus, voici un exemple de plus qui démontre comment le piratage peut augmenter les ventes:

L’album le plus vendu sur Amazon en 2008 était aussi offert gratuitement
Peer-to-Peer –

Distribué sous licence libre sur les réseaux P2P, l’album Ghosts I-IV de Trent Reznor figure en tête des albums les plus vendus en 2008 sur la plateforme de téléchargement d’Amazon aux Etats-Unis.

« La gratuité c’est le vol« , accusait Denis Olivennes dans un pamphlet qui lui a valu quelques mois plus tard de présider les accords de l’Elysée sur la riposte graduée avec les maisons de disques et les fournisseurs d’accès. « La gratuité c’est des ventes« , pourrait aujourd’hui lui rétorquer Trent Reznor, le très engagé leader de Nine Inch Nails (NiN).

Son album Ghosts I-IV est tout simplement l’album qui s’est le mieux vendu sur la plateforme de téléchargement d’Amazon en 2008, alors-même que Reznor l’avait placé sous une licence Creative Commons pour autoriser son téléchargement et son partage sur les réseaux P2P. Au moment de sa sortie, les internautes pouvaient télécharger gratuitement les neuf premiers morceaux de l’album au format MP3 320 Kbps, avec livret PDF gratuit de 40 pages et autres goodies. L’ensemble des 36 morceaux étaient ensuite vendus ensemble sur Amazon pour 5 $ seulement. Des formules premium entre 10 $ et 300 $ permettaient ensuite aux fans d’obtenir des versions plus riches, jusqu’au coffret Ultre-deluxe dédicacé par Trent Reznor, limité à 2.500 exemplaires.

Partisan du partage de fichiers, l’artiste qui avait quitté Universal pour protester contre la politique de lutte contre le piratage menée contre ses fans avait mis lui-même les neuf premiers morceaux de l’album sur les sites de liens BitTorrent. Dès la première semaine, il a pourtant enregistré 1,6 millions d’euros de chiffre d’affaires. Un résultat probablement très inférieur aux sommes totales collectées par l’artiste, puisqu’il reste encore très téléchargé sur Amazon, et a lancé avec succès d’autres initiatives. Il s’est notamment associé avec Tapulous pour proposer des morceaux de son album sur une version dédiée du jeu Tap Tap Revenge pour iPhone.

Après ça, il sera difficile pour les maisons de disques de prétendre que les licences libres ou la gratuité tuent le marché du disque. Mais elles continueront à le faire puisqu’ici, aucune maison de disque n’a le moindre contrat avec NiN, qui encaisse la majeure partie du chiffre d’affaires en limitant au maximum le nombre d’intermédiaires. Ce qui lui permet de proposer un album de 36 chansons à seulement 5 $, lorsque la plupart des artistes touchent moins de 2 euros sur un album vendu 16 euros dans le commerce. A méditer.

Article diffusé sous licence Creative Common by-nc-nd 2.0, écrit par Guillaume Champeau pour Numerama.com

Voici donc une approche originale qui cherche à accompagner les changements liés à internet plutôt que de les combattre aveuglement.

Pour finir je vous conseille de relire l’article « Mieux que gratuit, le business model réinventé » où Kevin Kelly pose des questions interessantes sur la nouvelle économie numérique: L’Internet est une machine à copier. Que faire lorsque les copies sont gratuites ? Vous devez vendre des choses qui ne peuvent être copiées !

Lien: Le piratage et ses effets positifs sur l’économie

« Les effets économiques du partage de fichiers sur le marché néerlandais sont très positifs à court et à long terme « . Un nouveau rapport, commissionné par le gouvernement néerlandais, sur les conséquences économiques et culturelles du partage de fichiers sur les industries de la musique, du cinéma et du jeu vidéo conclut que le téléchargement illégal a un effet global positif sur la bonne santé de l’économie

> Le piratage et ses effets positifs sur l’économie

L’interactivité entre auteurs et lecteurs est elle l’avenir du livre ?

« Le futur du livre n’est peut être pas dans des objets comme le Kindle ou les e-books, mais dans l’interactivité entre les lecteurs et l’auteur autour du livre. » Paolo Coehlo.

Quel avenir pour le livre papier à l’heure du numérique ? C’est la question que les auteurs et éditeurs se posent de plus en plus. Le livre papier a t-il de l’avenir ou bien va il être supplanté par le livre numérique ? Bien qu’elle soit pertinente je trouve que cette question limite la réflexion autour d’autre modèles économiques.

Livre papier OU numérique ?

Ça discute ferme en ce moment dans l’industrie du livre avec la sortie d’un rapport en France sur l’avenir du livre à l’heure du numérique. Vous pourrez d’ailleurs retrouver un dossier sur le livre 2.0 sur NonFiction.fr.

En gros on retrouve les mêmes questions. Quels sont les nouveaux supports de lecture, quels sont les modèles économiques associés, il faut développer une offre légale, protéger la propriété intellectuelle, bla bla bla…

Je trouve cette discussion intéressante, pourtant j’ai l’impression que tout le monde se focalise trop sur le « numérique contre papier » au lieu d’essayer de voir comment l’un pourrait compléter l’autre.

Livre papier ET numérique !

Heureusement on voit certains expérimenter de nouvelles approches. J’avais déjà parlé de Paolo Coehlo qui utilise les nouvelles technologies (blog, BitTorrent, Twitter, widgets, …) pour augmenter l’interactivité avec ses lecteurs.

Un autre exemple intéressant est celui de Cory Doctorrow. Co-auteur sur Boing-Boing, l’un des blogs les plus populaire du net, il s’est fait connaître en tant qu’écrivain en laissant ses œuvres en téléchargement libre. Ses livres se ont tellement bien diffusé en ligne, que sa notoriété lui a ensuite permis de les publier et de les vendre en format papier. Son livre Dans la Dèche au Royaume Enchanté,  vient ainsi d’être traduit et publié en France.

Un autre exemple qui montre comment le multimédia peut aider le papier: Le Wall Street Journal a publié récemment un article qui décrit la façon dont certains éditeurs utilisent la vidéo pour faire ce qu’ils appellent des “Book Trailers”, c’est à dire de courtes vidéos qui relatent le thème d’un livre dans un format proche des bandes-annonces de film. Ce système de promotion est tellement prometteur qu’HarperCollins, un des plus gros éditeurs, a même été jusqu’à bâtir son propre studio pour concevoir ses bandes annonces.

Vidéo + livre = book trailer

Alors a quoi ressemble ces « Book Trailers »? L’un des meilleurs exemple est la bande annonce du livre “The Shock Doctrine” écrit par Naomi Klein et dont le film a été réalisé par le talentueux réalisateur mexicain Alfonso Cuarón et son frère Jonas Cuarón.

Ce film a connu un énorme succès: plus de 600 000 vues sur YouTube et des nominations dans des festivals de cinéma ! En fait, ici la bande annonce n’est pas un publicité, mais plutôt un mini documentaire qui explique la thèse centrale du livre et permet de faire rentrer le public dans l’univers de l’auteur. Un site internet ShockDoctrine.com riche en informations permet ensuite aux visiteurs de démarrer/continuer la réflexion amorcée autour du film et du livre et de les faire rentrer plus profondément dans l’univers de l’auteur.

L’interactivité entre les lecteurs et l’auteur, et après ?

Naomie Klein a ainsi crée un univers multimédia vidéo-livre-site internet où ses lecteurs et elle se rencontrent et interagissent. Ce n’est plus simplement un livre qu’on lit et qu’on referme avant de passer à autre chose. La relation entre l’auteur et sa communauté se poursuit bien après la lecture.

Notez que comme dans la vision de Paolo Coehlo, le produit vendu (le livre papier ou numérique) n’est pas le plus important en soi. Ce qui est important c’est l’univers autour de ce livre et la relation qui se crée entre l’auteur et son public. A partir de cette relation d’autres choses découlent: une communauté se crée, la fidélité des lecteurs et plus forte et certains d’entre eux deviennent des créateurs ou même des diffuseurs qui travaillent pour l’auteur. Certains vont créer des vidéos, des revues du livre, d’autres vont faire de la diffusion prescriptive, c’est à dire une recommandation active et ciblée du livre à leur entourage.

L’avenir du livre reste à imaginer

Autant je suis un fan enthousiaste des nouvelles technologies, autant je crois que le livre papier a encore de beaux jours devant lui. Et si le numérique peut compléter le livre papier, je pense qu’il ne le remplacera jamais complètement.

Alors arrêtons de les opposer et réfléchissons plutôt comment ils peuvent se compléter, quels pourraient être le(s) nouveau(x) modèle(s) économique(s) pour que chacun, écrivains et lecteurs y trouvent leur compte.

Dans l’exemple de Naomie Klein, le numérique a contribué à favoriser les ventes pour un produit traditionnel: le livre papier. Mais comme l’envisageait Paolo Coehlo, on peut aussi imaginer que dans le futur les gens pourraient payer non pour le livre, mais pour les discussions et l’univers associé au livre, comme dans les jeux vidéo en ligne où le consommateur paye une somme pour entrer dans l’univers du jeu.

Tout reste à inventer…

Vous avez des idées sur le sujet ?


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