La Culture libre : un chemin pour la réussite ?

Peut on concilier partage et financement de la création artistique ? Dans cet article Lionel Maurel (aka Calimaq), juriste, bibliothécaire et spécialiste du droit d’auteur et des biens communs montrent des exemples d’artistes ayant utilisé avec succès les licences libres.

Cet article initialement a été publié le 17 mai 2012 par  sous licence Creative Commons Zéro (CC0),

Dans les débats concernant le droit d’auteur et l’avenir de la création, la question du financement revient de manière lancinante et l’on remet souvent en cause la capacité des pistes alternatives à assurer aux artistes les moyens de créer, de diffuser leurs productions auprès d’un public et d’en tirer un revenu.

Voici pourtant quatre exemples de  créateurs, ayant fait le choix de la Culture libre, qui démontrent que le système classique du droit d’auteur n’est pas la seule voie pour atteindre le succès à l’heure du numérique.

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Quelques bourgeons d’espoir dans cet interminable hiver de la propriété intellectuelle que nous subissons (Just Hanging With Some Buds. Par Sea Turtle. CC-BY-NC-SA. Source : Flickr)

Du domaine public volontaire aux licences de libre diffusion en passant par le Copyleft, les moyens juridiques mis en oeuvre par ces expérimentateurs sont variés, mais ils mettent tous à profit l’ouverture offerte par les licences libres pour maximiser la diffusion de leurs créations sur les réseaux et entrer dans de nouvelles formes de relations avec leur public.

Ces quatre exemples sont tirés de champs différents de la création : la musique, la peinture, le livre et le cinéma d’animation. Et vous allez voir que contrairement à une autre idée reçue, la qualité est au rendez-vous !

Enjoy, Share, Remix et surtout inspirez-vous !

 

Sharing is caring de Dan Bull : une musique sous CC0 à l’assaut des charts en Angleterre

Le musicien Dan Bull a réussi la prouesse la semaine dernière de parvenir à faire entrer son morceau Sharing is Caring à la 9ème place des charts en Angleterre dans la catégorie Indie et à la 35ème place dans la catégorie RnB.

Pour diffuser ce morceau de hip-hop en faveur du partage, Dan Bull a fait le choix d’utiliser l’instrument le plus ouvert parmi ceux proposés par Creative Commons, à savoir le waiverCC0 qui permet de verser par anticipation une oeuvre au domaine public, en renonçant à toutes formes de droit sur sa création. En cela, il rejoint la démarche de ces « Artistes contre le droit d’auteur » dont j’avais eu déjà l’occasion de parler sur OWNI.

Dans une interview accordée à Creative Commons UK, Dan Bull explique utiliser le sens de sa démarche :

J’ai choisi d’utiliser CC0 parce que je ne crois pas à la validité de la propriété intellectuelle. Un morceau de musique est une idée. Sous forme numérique, c’est une suite de 1 et de 0. Qui suis-je pour dire à une autre personne qu’il est interdit d’avoir une idée ou de manipuler une certaine séquence de 1 et de 0, simplement parce que j’ai eu cette idée avant elle ? Cette manière de penser me paraît perverse. La première personne qui a eu une idée n’est pas forcément la mieux placée pour l’utiliser, et c’est pourquoi le fondement même des lois sur le droit d’auteur est contestable.

Dan Bull possède déjà un lourd passé d’activisme musical dans le domaine de la culture libre, puisque c’est déjà à lui que l’on devait déjà ce rap vengeur Death of ACTA , écrit en réaction au traité liberticide, dont on espère que le titre sera prémonitoire !

 

Avec Sharing is Caring, Dan Bull a voulu prendre le système à son propre jeu : bien qu’il n’accorde aucune valeur particulière aux classements des charts, il voulait démontrer qu’une musique créée en dehors du système classique du droit d’auteur et sans le soutien des industries culturelles pouvaient se hisser dans le top des ventes.

Dan Bull a donc mis son morceau en partage  gratuitement en torrent sur Pirate Bay, mais dans le même temps,  il a choisi une diffusion multi-canaux et multiforme pour en maximiser la dissémination et l’audience. Le fichier était parallèlement proposé à la vente sur iTunes, Play.com et Amazon, et dans le même temps, il était largement partagé sur les réseaux sociaux et les plateformes de diffusion comme Youtube. Trois versions différentes du même morceau ont même été réalisées spécialement pour Facebook, Twitter et Google +. Au delà de cette première trilogie, Dan Bull a diffusé 10 versions de Sharing is Caringavec notamment des versions a capella et instrumentales, pour encourager les remix et les mashups. Pour pousser les ventes, l’artiste promettait aux fans qui achèteraient les dix versions toutes d’être cités dans une vidéo de remerciement.

Et voilà comment on obtient un succès commercial, en misant sur la dissémination virale à l’oeuvre sur les réseaux et en associant le public à sa propre création. Là où Dan Bull est parvenu à faire la parfaite démonstration de son propos, c’est que finalement  l’un des remix,une version reagge réalisée par Animal Circus, a terminé plus haut encore dans les charts que le morceau original, à la première place de la catégorie Reggae et à la seconde place de la catégorie World Music.

Qui a dit qu’on ne pouvait plus vendre de la musique ! Et cette démarche préfigure sans doute très bien ce qui se passerait pour les artistes si un système de licence globale, légalisant le partage était consacré par la loi…

Gwen Seemen : portrait d’artiste en Culture libre

La Culture libre comptait déjà certains artistes emblématiques, comme le romancier Cory Doctorow ou la dessinatrice Nina Paley, qui incarnent l’esprit d’ouverture et d’innovation que promeuvent les licences libres.

Mais j’ai été particulièrement heureux de découvrir ces derniers temps l’oeuvre de la portraitiste américaine Gwen Seemel, dont la démarche globale est particulièrement exemplaire et stimulante.

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Un autoportrait de Gwen Seemel ( Second Face, par Gwen Seemel. 2009)

Tout comme Nina Paley avait pu le faire, Gwen Seemel n’a pas choisi d’utiliser les licences libres, mais plutôt de se placer littéralement en dehors du droit. Au pied de son son site, on ne trouve pas un symbole ©, mais un petit visage souriant conduisant le visiteur vers cette mention :

I am happy for you to copy and display my work, and you are welcome to create derivative works using my images. I would love it if you gave me credit when you do so.

Je me réjouirais si vous copiez et diffusez mon oeuvre et je vous encourage à créer des oeuvres dérivées en utilisant mes images. Je serais heureuse si vous me créditez à cette occasion.

Dans le domaine de la peinture, où la culture libre n’est pas si répandue, Gwen Seemel impressionne par la façon dont elle intègre l’ouverture à sa démarche créative. Spécialisée dans le portrait, elle réalise également des peintures animalières, des séries conceptuelles à thèmes, des livres illustrés, ou encore des sacs en toile peints !

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2011. Par Gwen Seemel

Mais c’est surtout sur son blog que Gwen Seemel montre les différentes facettes de son art et la manière dont il s’imbrique et s’inspire de son engagement pour la Culture libre. Je vous recommande vivement de vous y abonner, surtout que Gwen est bilingue et rédige une bonne proportion de ses articles à la fois en français et en anglais.

Elle y montre sa création en train de se faire, mais aborde aussi de manière incisive et décapante des questions liées à la propriété intellectuelle comme l’imitationl’originalitéla protection contre la copie ou l’appropriation de la culture.

Elle réalise également des vidéos pour illustrer ces billets, en anglais et en français, dont j’avais particulièrement apprécié celle-ci, intitulée « le droit d’auteur, c’est pour les peureux » :

Dans un autre de ces billets, elle expose un modèle d’affaire pour les artistes qui renoncent au droit d’auteur (ce qui est son cas), particulièrement convaincant, qui montre que des modèles économiques peuvent émerger sans s’ancrer dans la culture du contrôle et de la restriction inhérente au copyright. Gwen Seemel sait d’ailleurs mettre à contribution avec succès les formes innovantes de financement de la création comme le crowdfunding, pour faire participer le public en amont au financement de projets ambitieux, comme la réalisation de séries de peintures.

Chapeau bas, Gwen Seemel, pour incarner à ce point l’idéal de la Culture libre !

Cities of You par Brian Foo :  sur les traces d’Italo Calvino

Ce projet a également utilisé la voie du crowdfunding (financement participatif) pour être mené à bien par son auteur, Brian Foo.

Cities of You est un projet de livre illustré, mêlant textes et peintures, inspiré par le romanLes Villes invisibles d’Italo Calvino. Il s’agit d’inviter le lecteur à un voyage imaginaire vers plusieurs cités fantastiques, chacune possédant une identité forte inspirée par une personne réelle rencontrée par Brian Foo, et de découvrir la manière dont la ville est construite, la façon de vivre des habitants, son histoire, sa culture et sa destinée.

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Fraboo, par Brian Foo. La première des villes imaginaires de Cities of You. CC-BY-NC-SA

Pour financer son projet, Brian Foo a lancé un appel à contributions via la plateforme américaine Kickstarter, en présentant le concept de son livre et quelques planches déjà réalisées. Alors qu’il demandait 2000 dollars pour son projet, Brian est parvenu à rassembler 11 000 dollars au final en quelques semaines, grâce à 141 donateurs. Et ce avant même d’avoir terminé son ouvrage !

Une fois réalisé et comme annoncé dès l’origine sur Kickstarter, Cities of You, comportant au final les descriptions de 41 villes imaginaires, a été mis en ligne en accès gratuit sur un site Internet et les éléments de l’ouvrage, textes et images, sont placés sous licence libre Creative Commons CC-BY-NC-SA. Le livre auto-édité par Brain peut être acheté en version papier, ainsi que les superbes peintures originales qui  ont servi à sa réalisation.

Ce type de projet est intéressant dans la mesure où il démontre que le recours aux licences libres est compatible à la fois avec un financement en amont, par le biais du crowdfunding et un financement en aval, la version gratuite en ligne ne constituant pas une concurrence pour la version papier et les peintures.

Et réjouissons-nous, car un volume II de Cities of You est déjà annoncé !

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Sheeshani. Par Bian Foo. Cities of You. CC-BY-NC-SA

 Tube : nouvelle perle du cinéma d’animation en Open Source

Le dernier projet que je voudrais vous présentez est le film d’animation Open Source Tube,  à propos duquel le site Mashable a consacré cet article au titre éloquent « Will This Open-Source Animated Film Change the Movie Industy Forever« .

L’histoire de Tube parle de quête de l’immortalité et s’inspire de l’épopée de Gilgamesh. Tous les éléments du film seront réalisés avec des logiciels libres et des formats ouverts et ils seront diffusés sous licence copyleft CC-BY-SA, permettant la copie, la diffusion, la modification des contenus, y compris à des fins commerciales.

Le financement passe ici encore par la plateforme américaine Kickstarter où la campagne de soutien a rencontré un succès impressionnant. Le but initial  de 22 000 dollars a été atteint cette semaine et largement dépassé, avec plus de 36 000 dollars rassemblés.

Ce succès rencontré par le cinéma Open Source n’est pas le premier. En 2006, une équipe s’était déjà illustrée en produisant le premier film d’animation de ce genre, le remarquable Elephant Dream, disponible en ligne gratuitement sous licence CC-BY. Plus récemment, le film espagnol El Cosmonauta, du producteur indépendant Riot Cinéma, s’était également fait remarquer, en recourant au crowdfunding et aux licences libres de manière particulièrement inventive.

***

Tous ces artistes sont engagés à divers degrés pour l’évolution de la propriété intellectuelle et contre les projets liberticides qui se multiplient dans ce domaine. Ils apportent la preuve que même si l’évolution législative reste en panne, il est déjà possible – ici et maintenant – de créer autrement, en liberté.

La Culture libre : un chemin pour la réussite ?

Article initialement publié le 17 mai 2012 par  sous licence Creative Commons Zéro (CC0),

Organiser des concerts en collaboration avec vos fans… et plus encore !

Lever des fonds, pre-vendre des places de concerts, sous traiter une partie de la promotion aux fans, faire des concert chez eux, et même y dormir, l’avenir appartient aux audacieux qui sauront collaborer avec leurs fans.

Fermeture de cafés concerts, baisse des subventions aux associations, les temps sont durs et trouver des dates est de plus en plus difficiles pour les groupes. Pourtant grâce aux nouveaux outils du web les groupes peuvent maintenant collaborer avec leur fans de façon inédite, court-circuiter les routes classiques et réaliser des choses impensables avant.

Retour sur ces nouveaux modèles innovants qui commencent à apparaitrent. Notez que je focalise ici sur les concerts, mais que c’est aussi valable pour d’autres types d’évènements.

Organiser des concerts participatifs avec Plemi

Plemi est un nouveau service qui permet aux organisateurs de concert de pre-réserver (pre-booking)des places de concerts ou au fans de demander leur groupe favoris près de chez eux.

Intérêt: si on est assez nombreux on a le budget en avance et le concert peut être organisé.

C’est dans le même esprit que nous avions mis en place une fonction « request for a repeat » sur les pages artistes du site de la salle de concert blueFROG afin que les fans puissent demander à un artiste de revenir tout en étant pour nous un moyen d’avoir une baromètre de la popularité des artistes.

Mais Plemi est plus interessant puisque n’importe quel artiste ou fan peut organiser une collecte pour n’importe quel évenement. Si l’argent collecté grâce aux pré-ventes est suffisant il sera alors possible d’organiser l’évenement et de faire venir le(s) groupe(s).

Comment ca marche en pratique ?

 La création d’un concert participatif « sous-réserve », conditionné à l’obtention d’un nombre suffisant de pré-réservations.

  1. Les organisateurs s’occordent sur une date avec une salle pour monter un projet de concert participatif en fixant par avance un nombre minimum de places à vendre
  2. Le concert est proposé sur Plemi : les spectateurs pré-réservent en ligne
  3. Si le nombre de pré-réservations est suffisant, les organisateurs valident le concert
  4. Les souscripteurs ne sont débités que si le concert a lieu

Pour moi l’intérêt est double:

  • les artistes peuvent pré-vendre et donc venir en sachant que ce sera rentable ou avoir un baromètre et savoir que ce ne sera pas suffisant.
  • les fans eux mêmes peuvent être moteur de l’organisation de l’évenement. Je pense notamment a de petits associations ou des groupes de passionnés qui veulent faire venir un artiste qu’ils adorent.

Ainsi grâce à cet outil, il est plus facile d’organiser un évènement en sachant qu’on rentrera dans ses frais. Pour avoir vécu le problème lorsque nous organisions des concerts avec l’association culturelle la Mandragore, je peux vous dire que c’est un sacré soulagement pour l’organisateur.

D’habitude je n’aime pas parler de services trop récents et qui n’ont pas fait leurs preuves, mais la j’ai été séduit. En plus du bon concept, le site de Plemi a un joli graphisme, simple et efficace, comme j’aime.

Si vous tester, je serai content d’avoir des retours.

Créer votre propre site de Crowdfunding sous WordPress pour collecter des fonds pour un concert

Une alternative sur le même principe, créer votre propre site de collecte de fond pour l’organisation de vos concerts.

C’est ce qu’a fait le groupe Toulousain Uniform Motion pour son projet One city per second pour organiser des concerts en Allemagne.

Le principe: utiliser le financement participatif pour préorganiser des concerts dans différentes villes. Pour cela une campagne est crée pour chaque ville avec un objectif de financement calculé en fonction du prix du trajet et des autres coûts comme la location de la salle ou du matériel.

“Nous fixons une date et une limite pour le financement du concert. Les gens peuvent financer le concert à différents niveaux (en payant juste un ticket ou payant aussi pour du merchandising) et si nous atteignons notre objectif, nous sautons dans voiture, avion, train, jouons le concert et amenons tout le merchandising avec nous.”

Pour cela il ont simplement ajouté un module complementaire sur un site WordPress ce qui leur permet de créer leur propre système de collecte de fonds (Pour en savoir plus, lire le guide du crowdfunding – financement participatif pour les artistes).

La aussi on pourrait imaginer qu’un groupe de fans audacieux s’organisent avec un tel système pour récolter des fonds et faire venir leur artiste préféré.

Faire promouvoir un évènement par les fans

Avec la multiplication des plateformes de diffusion, des réseaux sociaux, et du nombre de groupes et d’évènements déja présent sur internet comment se faire connaître et se diffuser?

En s’appuyant sur votre communauté.

Depuis que le « 2.0 » et les réseaux sociaux sont à la mode, tout le monde veut faire du « social media marketing » (promotion sur les réseaux sociaux). Et tous de continuer avec les vielles méthodes « 1.0 », c’est à dire d’essayer pousser son message pour faire le plus de bruit possible.

Mais sur Internet où il y a une quantité phénoménale d’informations et sur les réseaux sociaux en particulier, cette technique marche de moins en moins car l’attention des gens est limitée et tout le monde est en compétition pour être visible.

Bien peu ont compris que la vrai révolution du « 2.0 », c’est que les usagers (ici les fans) peuvent être des diffuseurs et des promoteurs au service d’une organisation, d’un produit ou d’un artiste.

En étant des moteurs de promotion il permettent de démultiplier la visibilité de l’artiste sur Internet et autour d’eux dans la vie réelle.

Pour bénéficier de l’aide vos fans, quelques conseils:

  • créer des contenus intéressants que vos fans auront envie de voir et de partager
  • mettez les sur votre site dans un format qu’ils pourront partager et diffuser facilement: vidéos ou chansons téléchargeables ou partageables sous forme de widgets,
  • proposez différents supports promotionnels faciles à récupérer (photos, logos, affiches, fly, bio, presskit, widgets etc…) pour que chacun puisse choisir le format qu’ils préfèrent.
  • DEMANDEZ LEUR de vous aider ! s’ils vous aiment, ils le feront avec plaisir. Remercier les s’ils le font, valorisez vos supporters les plus actifs auprès de la communauté ou donnez leur des cadeaux ou des exclusivités.

Cela ne garantit par qu’il le feront, mais avec quelques quelques encouragements les plus motivés pourront vous donner un sérieux coup de main.

Sur le sujet, lisez cette réflexion: Le diffuseur 2.0 est l’avenir des l’artistes

Allez jouer chez les fans (concerts à la maison)

Amanda Palmer qui a fait récemment parler d’elle en collectant plus d’un million de dollars directement auprès de ses fans a ainsi pré-vendu 25 concerts accoustiques privés chez des fans pour 5000$ ou plus.

Plus près de chez nous des artistes commes Charly et sa drole de Dame, Domenico Curcio ou Exxon Valdes expériment ce nouveau mode de concerts à la maison.

Moins coûteux et plus proches des fans, il permet de s’enrichir de rencontres, mais la proximité et l’intimité crée aide aussi à vendre des CDs ou du merchandising.

Allez dormir chez les fans (Tournée de canapés)

J’avais déja parlé précédemment, de la possibilité d’utiliser Couchsurfing.org. Ce réseau met en contact des gens qui souhaitent offrir ou demander l’hospitalité.

Dans l’article Faire une tournée de canapés, je décrivais la possibilité d’utiliser une nouvelle fonctionnalité de ce service d’hébergement de personnes pour partir en tournée en économisant l’hôtel et favoriser les rencontres.

Comme je le disais précédemment, je ne sais pas si ce modèle est réaliste, mais je trouve cette idée rafraichissante et vivifiante.

Vers des nouveaux modèles collaboratifs artistes-fans

Après le grand chamboulement apporté au monde de la création culturelle qui a cassé les vieux modèles économiques de l’industrie, on a vu d’abord arriver des modèles de vente en « direct-to-fan », c’est à dire de vente directe de l’artiste aux fans sans intermédiaires.

Il est intéressant de noter que l’on voit maintenant se profiler d’autres modèles basés sur la collaboration entre artistes et fans.

Dans tous ces modèles, les fans ne sont pas de simples acheteurs/consommateurs de l’artistes, mais deviennent des partenaires qui travaillent avec les artistes.

Il y a de plus en plus de cas décrits où des amateurs passionnés ont réalisé un travail incroyable, passant des heures à bosser bénévolement pour un artiste qu’il aiment.

Quelques exemples:

De nombreuses clips musicaux sur Youtube n’ont pas été créé par les artistes, mais par des fans.

Parfois sommaires comme ce clip utilisant des images de jeux vidéos pour illustrer une chanson de Space Jahourt, parfois élaborés comme ce clip crée par un fan pour Radiohead à partir de vidéos Youtube.

Les fans peuvent aussi être acteurs du clip, comme dans ce clip de Amanda Palmer lui même tourné et édité par un fan ou ce clip tourné avec des fans par Charly et sa Drole de Dame.

Pour finir un exemple extrème: Un DVD live réalisé par des fans.

En 2008, Trent Reznor met sur le réseau de partage Bittorrent 400gb de vidéos HD non éditées de concerts de son groupe Nine Inch Nails.

Un an plus tard, après « douze mois de labeur, un noyau dur d’une dizaine d’individus reliés à un réseau de fans sur trois continents, quatre langues « de travail », cinq équipes de spécialistes et d’innombrables nuits blanches » ont produit un DVD live de Nine Inch Nails téléchargeable gratuitement et disponible sous de nombreux formats vidéos.

Lisez l’article de Numérama pour en savoir plus sur ce fascinant exemple de crowdsourcing (traduisible par externalisation ouverte ou ma version »foule-traitance »).

Conclusion

Si l’on en croit les indices que je vous décrivais plus haut nous sommes au tout début d’une nouvelle ère plein de potentiel pour les artistes. Aujourd’hui pour l’artiste qui galère avec des petits boulot pour survivre, ces modèles collaboratifs artistes-fans peuvent sembler encore utopistes ou irréalistes.

Mais de même, personne n’aurait parié sur Linux ou Wikipédia à leurs débuts. Pourtant grâce à un modèle de développement collaboratif distribué, ces projets ont réussi à rassembler le travail de milliers de contributeurs et à devenir très aboutis. Il sont aujourd’hui utilisés par des millions de personnes et concurrencent des projets portés par de très grosses entreprises.

Si tous les artistes ne peuvent pas espérer devenir Trent Reznor, il y a quand même des possibilités dans ce domaine pour ceux qui les chercheront.

Le défi majeur pour les artistes audacieux qui essaieront de se lancer dans de tels projets collaboratifs sera de trouver les conditions qui permettront de canaliser les énergies créatives des fans autour de leurs projets.

Charly lance ses concerts à la maison (la votre!)

Artiste indépendant, bricoleur, passionné et innovant, Charly Et sa drole de Dame lance ses concerts à la maison. Si vous avez une maison ou un appartement, invitez vos amis et Charly viendra jouer chez vous pour un moment de musique mais aussi de rencontres et de discussion. A la fin un chapeau tourne et des CDs sont en vente pour soutenir l’artiste.

Charly résume ainsi sa démarche:

 

Gertrude, Mr Cigar Box et moi en avions assez de démarcher les salles, les programmateurs, de relancer sans cesse pour  « avoir la chance » de jouer dans des lieux… qui, il faut l’avouer, sont  souvent inadaptés; où il est difficile de créer un lien réel avec un public nouveau et de garder contact avec lui.

Rares sont les lieux de concerts destinés à la découverte pure et qui ont leurs propres aficionados. Dans 95% des cas, c’est aux groupes d’amener leur public. Normal pour les artistes déjà établis; handicapant pour les artistes indés qui ne peuvent faire exister leur projet sans  nouvelles oreilles.

Communiquer, devoir convaincre pour remplir soi-même un lieu qui payera les musiciens au lance pierre, au black ou à coups de « 2 boissons par musicien, pas plus j’ai dit!!! », tel est le combat quotidien d’un groupe en développement. C’est le serpent qui se mord la queue… Gérant de salles ET musiciens  qui acceptons ces conditions sommes responsables de cette absurdité.

C’est pour toutes ces raisons que j’ai décidé de me concentrer ces prochains mois uniquement sur les « concerts en appartement ». J’aimerais redonner un souffle à la notion de concert, qualifier l’échange, avoir un partage plus direct, vivre des moments avant et après et … boire des coups et parler  !  Ne pas vivre un évènement musical mais un moment de vie.

 

Voici le teaser:

Pour le meilleur et pour le pire, la musique n’est pas un métier comme les autres.

Plutôt que de seulement subir les contraintes, pourquoi ne pas aussi ne pas tirer parti des possibilités uniques à ce métier ?

C’est ce qu’a bien compris Charly. Parce qu’il est passionné et qu’il n’a pas peur de se jeter à l’eau, je lui prédis du succès et de belles aventures.

S’il faut bien gagner sa vie, l’argent n’est pas tout et le voyage, les rencontres, les découvertes sont aussi des choses enrichissantes.

Mieux la fortune prend des chemins détournés et évite parfois ceux qui la cherchent et trouve ceux qui ne la cherche pas.

 

Playlists et Remix: le futur de la musique

Dopé par la culture web et du partage de musique, les playlists semblent devenir un nouveau format musical standard qui pourrait devenir plus important que l’album traditionnel. Dans ce contexte la diffusion de playlists va devenir un nouveau mode de découverte essentiel pour les artistes.

Derrière la playlist, le remix s’impose lui aussi comme un nouveau standard dans la création culturelle.

Loin d’être marginaux, ces usages sont en train de devenir des phénomènes majeurs et incontournables de la musique avec des conséquences qui vont bien au dela du web.

 

Le nouveau contexte de la musique en ligne

Une tendance importance dans le contexte actuel du web est l’abondance de contenus. La où avant sur un étal de magasin de musique il y a avait quelques centaines de CDs, il y a maintenant des millions de contenus en ligne.

Il y a maintenant un tel excès de contenus sur internet, que chacun est en compétition pour l’attention des gens. Le problème des artistes n’est donc pas le piratage, mais l’obscurité.

Conséquence de cette abondance, une autre tendance grandissante est la curation de contenu qui consiste à sélectionner, éditer et partager les contenus les plus pertinents du Web pour un sujet donné.

Curation et diffusion prescriptive

J’argumente depuis longtemps qu’une forme de curation, la diffusion prescriptive va devenir le moteur le plus important de découverte musicale et que les artistes devraient tenter de favoriser ces formes de curations et diffusion car il s’agit de promotion ciblée et gratuite.

Même si les investisseurs californiens qui financent les Facebook, Spotify ou Pandora sont persuadés que l’avenir de la musique ce sont des services logiciels de recommandation musicale, je crois plus à la curation humaine plutot que celle faite par des algorithmes.

Parce qu’ils se basent sur mes habitudes existantes ou celles de personnes comme moi, ces programmes ont du mal à prendre compte que mes habitudes changent ou à me faire découvrir quelque chose de radicalement nouveau par rapport à ce que j’écoute déja.

Alors qu’écouter une compilation faite par un ami a une valeur différente, justement parce que c’est un ami qui l’a faite.

De la compilation à la playlist

Le phénomène de « playlisting » est ancien. De même qu’avant on enregistrait sur nos cassettes audio des compilations que l’on pouvait aussi échanger, de nos jours, la playlist web se développe aujourd’hui a grande vitesse.

Depuis la révolution du iPod et des baladeurs numériques, on voit ainsi de plus en plus d’échanges de playlists entre amis.

On voit maintenant aussi des outils dédiés pour mieux gérer ces partages de playlists.

Un lecteur musical de playlists

Tomahawk est un lecteur multimédia de playlists. Le principe est simple, vous et vos amis partagez des playlists, sans envoyer les fichiers. Tomahawk lit ces fichiers playlist et cherche la musique correspondante.

Si la musique correspondante se trouve sur votre ordinateur, il la lit directement, sinon il recherche sur des services en ligne comme SpotifySoundCloud, Jamendo ou Youtube, Last FM… mieux, il est capable de lire de la musique stockées dans les répertoires partagés par les autres internautes connectés au logiciel.

Il ne recopie pas la musique, (ce n’est pas du P2P !!), il la lit à partir des autres plateformes et centralise la lecture sur son interface sans téléchargement.

Le projet open data lawn expérimente ce nouvel usage en proposant des playlists téléchargeables et écoutable via Tomahawk. Ces playlists sont mise à disposition sous .xspf, un format de fichier qui stocke une liste de fichiers multimédia (ici de l’audio) ou plutôt une liste de chemins d’accès à ces fichiers.

Des playlists illustrées

Autre signe que la playlist gagne son statut d’oeuvre à part entière, Decorated playlist est un projet explorant le lien entre musique et design en proposant des playlists illustrées graphiquement, se rapprochant de plus en plus d’un format d’album en ligne.

Un nouveau standard ?

Dans ce contexte, il est interessant de regarder la playlist comme un nouveau format musical à part entière au même titre que l’album avant lui.

Soyons clair, la compilation existe depuis longtemps et nous avons tous achetés des compilations de rock, jazz, classique sur CDs.

La nouveauté c’est que la compilation devient « 2.0 », c’est à dire que les auditeurs, ne sont plus seulement acteurs, mais producteurs.

La où avant quelques majors sortaient quelques compilations par an, ce sont maintenant des milliers de personnes qui créent et diffusent leur playlists.

Et chacun étant capable de créer une playlist, il y a plus de créateurs de playlists que de créateurs d’albums. Et donc potentiellement que l’on aura peut être bientôt plus « d’oeuvres » de type playlists que « d’ oeuvres » de types albums.

Ainsi il faut s’attendre à ce que certains bloggueurs et autres musicophiles influents deviennent des producteurs de musiques majeurs.

Un nouveau mode de découverte ?

Un Quentin Tarantino qui sélectionne des musiques pour ses films a probablement fait vendre beaucoup plus de musique à certains des artistes sélectionnés que leur propres albums.

Verra t-on le meme phénomène grâce aux playlists ? Je pense que oui et que dans le futur la découverte sera de plus en plus via des partages de playlists que par des partages d’albums.

Au dela de la playlist: le remix

Que ce soit dans le développement logiciel ou la musique. le remix est une autre tendance majeure du web.

Le remix est un hybride plus ou moins poussé entre les morceaux, à tel point que ceci posent un problème juridique l’oeuvre étant à la fois nouvelle mais aussi composée de morceaux de matériels anciens souvent soumis au droit d’auteur.

Comme j’en parlais dans l’article nouvelle tendance: les remix et mashup de vidéos musicales, cette forme de création grandit très vite et va devenir un usage majeur très bientôt.

Pour entrevoir à quoi va ressembler le futur de la musique, il est interessant de voir ce qui existe déja dans des secteur qui ont déja été bouleversés par le web.

Le monde du logiciel comme indice du futur de la musique

Dans le monde du logiciel en ligne il y a déjà un usage de remix courant que l’on appelle « mashup » (littérallement « purée »).

Un mashup consiste a un assemblage de différent logiciels distinct pour créer une nouvelle application. Google maps est un exemple de logiciel qui a été très utilisé pour des mashups. On trouve ainsi des googles maps de délinquance, de maisons a vendre, d’évènements

Encore une fois ces mashup ne sont pas l’apanage de quelques grosses entreprises, mais plus souvent viennent d’individus qui créent quelque chose qui répond à leur propre besoin, mais une fois mis en ligne peut intéresser beaucoup de monde.

Ce nouveaux outils peuvent réutilisé voire même remodifiés une nouvelle fois par les utilisateurs.

Les artistes peuvent ils utiliser cette tendance en la favorisant comme le font déja les developpeurs ?

Favoriser le remix en imitant les developpeurs ?

Dans le monde du logiciel en ligne, les developpeurs qui veulent favoriser la réutilisation et le remix de leurs logiciels mettent à disposition des developpeurs tiers ce que l’on appelle une API, c’est a dire une forme d’accès à l’application sous forme de flux réutilisable par les développeurs tiers.

On pourrait imaginer que les musiciens mettent en ligne leur morceaux sur des services assez ouverts comme Soundcloud grâce auxquels les internautes pourront écouter la musique et l’ajouter à des playlists écoutables par leurs amis via un lecteur comme Tomahawk.

Et que les artistes qui comme Trent Reznor veulent promouvoir le remix par leurs fans peuvent placer leur morceaux sous licence Creative commons et autoriser le téléchargement sur Soundcloud.

Le phénomène DJ

Sur scène aussi, cette tendance grandit. Depuis plusieurs années les DJs, dont la plus grande partie du travail consiste à sélectionner et diffuser les meilleures musiques selon l’humeur et le gout du public, ont de plus en plus de succès.

Si les musiciens jouent de leur instrument en mixant les notes, les DJs jouent du leur en mixant les samples et les morceaux.

Ainsi dans la scène musicale contemporaine naissante de Bombay où je travaillais, les DJs avaient souvent plus de succès que les groupes auprès du public (mais aussi des organisateurs pour des raisons de couts).

On voit de plus en plus d’artistes comme Midival Punditz qui samplent des morceaux de musique traditionnelles pour les remixer avec des beats contemporains. Mieux ceci donne lieu ensuite à des collaborations live où DJs et intrumentistes

En France aussi depuis plusieurs années des artistes comme Rubin Steiner innovent, fusionnant les styles et mixant l’électronique et le live avec brio.

 

Conclusion

Vous l’aurez compris on est loin de l’ancien modèle, « je produit des chansons, un album, je presse un CD et je le vends ».

Dans un monde où chacun peut être producteur ou diffuseur et où les contenus musicaux sont disponible en quantité quasi-illimitée, il faut arrêter de regarder sur le passé et focaliser le présent.

Quelque soit le futur de la musique, la production et la diffusion de playlists par les fans et le remix seront des usages majeurs avec lesquels ils faudra compter.

Les changements qui surviennent sont certainement perturbants mais à mon avis nous sommes à la veille d’une explosion de créativité qui ouvrent un nouveau monde d’opportunités pour les artistes.

 

Le crowdfunding pour les artistes

Le « crowdfunding« , littéralement le « financement par la foule » est un système de financement participatif où des individus qui ne se connaissent pas peuvent investir ensemble dans un même projet. La multiplication des petites sommes collectées auprès de nombreuses personnes permet à des porteurs de projets de réunir des fonds qu’il n’aurait pas pu obtenir via des sources de financement classiques et ce sans intermédiaires.  L’apparition de plateformes dédiées ces dernières années a ouvert le développement de ce système à grande échelle et a déjà permis quelques beaux succès.

Cela faisait longtemps que je voulais publier un article sur le sujet, Calimaq a déjà fait un très bon travail, je me permet donc de reproduire son article ici:

 Licences libres et crowdfunding : une combinaison gagnante !

Creative Commons License

Cette article a été initialement publié par par Calimaq est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité 2.0 France.

La question revient souvent à propos des licences libres de savoir si elles sont réellement capables de s’articuler avec des modèles économiques viables pour la production de biens culturels, autrement que par le système de monopole exclusif du droit d’auteur « classique ».

La semaine dernière, j’ai reçu par la Poste une preuve tangible que de tels modèles économiques peuvent exister, en associant licences libres et crowdfunding (financement participatif), ce système dans lequel le créateur demande en amont au public de contribuer à la réalisation d’un projet en donnant une somme d’argent laissée à son appréciation.

Vous vous souvenez peut-être qu’en mai dernier, j’avais écrit un billet à propos du projet de la dessinatrice et activiste de la Culture libre, Nina Paley, qui avait utilisé le site de crowdfunding américain Kickstarter pour lancer un appel aux dons en vue de publier des minibooks mettant en scène ses deux personnages de BD, Mimi & Eunice, dans des strips en trois cases traitant de la propriété intellectuelle et de ses excès (Intellectal Pooperty).

L’originalité du projet résidait dans la « licence » retenue par Nina Paley pour ses ouvrages : le Copyheart qui se résume à ceci :

♡ Copying is an act of love. Please copy.

Nina Paley demandait 3000 dollars pour imprimer les minibooks et les envoyer sous forme de récompense à ses contributeurs.

Cet objectif a été atteint en… deux jours (!!!), puis très largement dépassé pour permettre d’imprimer 10 000, puis 20 000 minibooks, avec au total plus de 8000 dollars collectés par le biais des dons de 305 personnes.Visiblement le plus difficile fut d’arriver à expédier les BD à tous les contributeurs partout dans le monde, à cause des facéties de la poste américaine. Bravo Nina pour cette réussite !

Ayant fait un don de 25 dollars pour soutenir ce projet, j’ai eu le plaisir de recevoir la semaine dernière non pas 5 minibooks comme promis mais 15, grâce à l’argent supplémentaire récolté.

Je dois avouer que c’est avec une certaine émotion que j’ai lu ce petit livre, qui prouve qu’une création peut naître et toucher un public en dehors de tout système de protection de la propriété intellectuelle. Mais les choses ne s’arrêtent pas là, car en creusant un peu, je me suis rendu compte que d’autres projets sur la plateforme Kickstarter associent licences libres et crowdfunding, de manière souvent très inventive.

Une page recense en particulier les projets utilisant les licences Creative Commons et je vous invite vivement à la visiter.

Vous y découvrirez par exemple le projet Smarthistory, qui vise à produire des vidéos pédagogiques sur l’histoire de l’art, placées sous licence CC-BY-NC-SA, et rassemblées sur un site qui constitue un véritable manuel éducatif interactif. Cette initiative associe plusieurs musées dans le monde et a été primée aux Etats-Unis.

Plusieurs projets portent sur l’édition de livres, sous forme imprimée et/ou numérique. J’avais déjà évoqué dans un billet précédent le cas de Robert Sloan, qui a réussi à faire financer l’écriture de son premier roman par une communauté de fans, en contrepartie de le placer sous licence libre, ou celui du projet Gluejar, qui me paraît très prometteur.

D’autres exemples de projet d’édition sont particulièrement intéressants. Avec The Wise Roads, deux éducateurs ont utilisé Kickstarter pour rassembler suffisamment d’argent pour organiser un voyage éducatif le long de la côte ouest des Etat-Unis, en testant de nouvelles méthodes d’apprentissage basées sur les échanges avec l’environnement. A l’issue de cette expérience, ils écriront un manuel racontant leur périple et donnant des indications pour permettre à d’autres de mettre en place de nouveaux voyages éducatifs. Ce livre sera mis gratuitement à disposition sous licence CC-BY en version électronique et vendu en format papier.

OpenUtopia est un autre projet éditorial qui vise à produire une nouvelle traduction de l’Utopie de Thomas More, en Open Source, en Open Access, sous de multiples formats et sous la forme d’un site interactif en ligne. C’est une excellente manière de faire revivre une oeuvre du domaine public, sans l’enfermer sous une nouvelle couche de copyright, comme c’est hélas bien trop souvent le cas et je vous conseille de visiter le site, qui comporte même un WikiTopia pour écrire de manière collaborative une nouvelle utopie.

Un peu dans la même idée, transposée dans le domaine de la musique, on trouve plusieurs projets dont le but est de produire des enregistrements libres de droits de morceaux de musique classique. C’est le cas du projet Musopen, qui avait fait parler de lui en 2010, et qui consistait à rassembler suffisamment d’argent pour faire enregistrer par un orchestre de musique classique des oeuvres de Beethoven, Brahms, Sibelius ou Tchaikovsky. Les musiciens ont accepté de renoncer à leurs droits voisins sur leurs interprétations, ce qui permet de les verser dans le domaine public en utilisant la licence Creative Commons Zéro (CC0). Ce projet a connu un succès retentissant sur Kickstarter avec plus de 60 000 dollars récoltés (6 fois plus que la somme initialement escomptée…). Sur le même principe, une suite a été donnée à ce projet pour libérer les Variations Goldberg de Bach et produire à la fois une partition et un enregistrement libres de droits (23 748 dollars).

De manière peut-être plus inattendue, on trouve également sur Kickstarter des projets citoyens d’Open Data combinant licences libres et crowdfunding. Une initiative propose par exemple de créer une carte libre des transports en commun de Cincinnati pour inciter les citoyens de la ville à utiliser davantage et mieux ces infrastructures (ça ne vous rappelle rien ? ;-). Un autre projet, RDTN.org (Radiation Detection Hardware Network) proposait de rassembler des fonds pour acheter du matériel permettant de procéder à des relevés des taux de radiation au Japon, de manière à pouvoir critiquer les chiffres avancés par le gouvernement, toutes les données collectées étant placées sous licence CC0. Il a rassemblé plus de 36 000 dollars et propose d’évoluer vers une sorte d’Open Street Maps de vigilance citoyenne sur la radioactivité.

Encore plus surprenants, ce sont les projets qui proposent de placer des objets physiques sous licences libres, comme des puces électroniques ou des fraiseuses de salon, permettant de réaliser soi-même toutes sortes d’objets dans l’esprit de l’impression 3D ! Dans le projet de fraiseuse Open Source DIYLILCNC 2.0, les contributeurs à partir d’un certain niveau de dons peuvent aussi voter pour faire évoluer le projet dans tel ou tel sens, ce qui renforce la dimension collaborative.

On le voit, les possibilités sont vastes pour créer des modèles économiques avec des licences libres. Certains projets placent leurs produits sous des licences très ouvertes, en assurant le financement en amont par le biais du crowdfunding. D’autres conservent la restriction NC (pas d’usage commercial) pour pouvoir mettre en œuvre des formes d’exploitation commerciale des produits créés, tout en garantissant des usages ouverts par le biais des licences Creative Commons.

Cette page ne recense pas tous les projets utilisant les licences Creative Commons sur Kickstater, loin de là et je vous laisse continuer l’exploration des possibles, si ce sujet vous intéresse.

Évidemment, je ne prétends pas que cette combinaison du crowdfunding et des licences libres a pour vocation de remplacer entièrement les formes traditionnelles de financement, mais elle ouvre des pistes intéressantes et présente l’intérêt de mettre directement en relation les créateurs et leurs publics, plutôt que de les dresser les uns contre les autres et de perpétuer la rente de situation d’intermédiaires dont l’utilité devient de moins en moins évidente.

 

Creative Commons License

Cette article a été initialement publié par par Calimaq est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité 2.0 France.

Faire une tournée de canapés

Couchsurfing.org, le service d’hébergement de personnes offre maintenant la possibilité aux musiciens et groupes d’utiliser le réseau pour partir en tournée en économisant l’hôtel et favoriser les rencontres.

Le couchsurfing

Vous connaissez le principe du couchsurfing ? Littéralement « surfer sur les canapés », Couchsurfing.org est un réseau qui met en contact des gens pour offrir ou demander l’hospitalité.

Wikipedia résume bien le concept:

La participation au projet CouchSurfing est libre et gratuite, même si une donation, d’un montant libre, est acceptée. Chaque membre peut dialoguer et demander l’hospitalité aux autres membres, et chacun reste libre de ses engagements vis à vis des autres participants. Les utilisateurs du service ont à leur disposition une interface qui permet d’exposer largement sur leur profil personnel leurs goûts, préférences, orientations, intérêts… Il est aussi possible d’illustrer son profil par des photos personnelles. Chacun peut émettre des références (positives/neutres/négatives) au sujet de leurs hôtes, invités ou connaissances. Les conditions du séjour (hébergement, rencontres, activités…) sont déterminées d’un commun accord entre les utilisateurs préalablement à leur séjour. L’intérêt de ce service va au-delà du simple hébergement : c’est une possibilité de rencontres culturelles cosmopolites, à moindre coût, et sécurisées grâce à différents systèmes de suivi et de recommandation.

Avec plus de 2 960 000 membres en juillet 2011, CouchSurfing est le service d’hébergement en ligne regroupant le plus d’adhérents.

Le couchsurfing pour les musiciens

La nouveauté c’est que le site couchsurfing propose maintenant d’aider les musiciens en tournée à trouver des hébergements adaptés à leurs besoins. Pour devenir un TBM (Traveling Bands and Musicians) et être retenu, vous devez être un musicien en tournée actuellement et contacter le site en faisant part de vos besoins.

Votre profil sera ensuite publié sur le site et si il attire l’intérêt des membres du réseau, vous pourrez alors trouver des hébergements sur votre route (des bons lits douillet, pas seulement des canapés 🙂 ).

Il y a déjà pas mal de musiciens sur la carte si j’en crois cette liste.

Un modèle réaliste ?

Ce modèle ne conviendra évidemment pas à tous les artistes, mais pour moi il est interessant à plusieurs points de vues: au delà de pouvoir bénéficier d’un hébergement gratuit, il y a les rencontres possibles avec des nouveaux musicophiles, qui sont autant de fans potentiels.

Certains artistes ont déjà expérimenté les concerts à la maison (Virginie cite dans son livre le groupe Exxon Valdes qui a ainsi fait plus de 40 concerts en appartement en plus de leur tournée, augmentant par la même occasion leur nombre de fans et leurs ventes de merchandising).

Je serai curieux de voir un artiste combinant avec succès couchsurfing et concert en appartement. J’imagine que si cela peut être compliqué pour un groupe en revanche cela peut être un bon modèle pour un artiste solo.

Rêvons un peu, demain les artistes pourront tourner à peu de frais grâce à un hébergement gratuit, trouver des fans de façon ciblé, vendre des produits dérivés pour remplir la marmite et les fans pourront avoir des concerts gratuits dans leur salon.

Je ne sais pas si ce modèle est réaliste, mais je trouve cette idée rafraichissante et vivifiante 🙂

En tant que musicien vous seriez prêts à faire une tournée comme ça ?

Réflexion: les monnaies libres arrivent

Comment financer la culture et les artistes ? L’argent est rare et personne ne peut dépenser beaucoup pour l’art. Or sur internet des gens commencent réfléchir à l’impact du système monétaire sur la société et les échanges.

« La création monétaire étant aux mains des banques, elle conduit à la concentration d’argent d’un côté et à la sous-monétarisation d’une partie de la population mondiale de l’autre »

Les alternatives ?

« Des monnaies complémentaires qui permettent aux communautés de satisfaire leurs besoins d’échange sans dépendre d’une autorité extérieure. »

Dans l’esprit des systèmes d’échanges locaux et des crédits mutuels, ces monnaies encouragent la collaboration et les échanges. Abondantes, produites par les utilisateurs et décentralisées, ces monnaies « 2.0 » pourraient doper les échanges en ligne et dans la vie réelle. Une piste pour le futur des artistes ?

-> Créer des monnaies par millions – lemonde.fr

La formule magique pour les nouveaux modèles économiques de la musique

Quel seront les futurs modèles économiques de la musique ? Il semble que Trent Reznor ait trouvé une bonne piste. J’ai déjà parlé à de nombreuse reprises de ses initiatives innovantes pour connecter avec sa communauté de fans pour promouvoir et vendre ses œuvres.

Voici un excellent article qui résume toutes les initiatives innovantes de Trent Reznor. Cet article est une traduction d’une conférence donné par Mike Masnick, dont le blog Techdirt décrypte les tendances des nouveaux médias sociaux.

L’auteur a analysé le travail de Trent Reznor et en déduit une équation qu’il pense être le futur de la musique:

Connect With Fans (CwF) + Reason To Buy (RtB) = The Business Model ($$$$)

« il semblerait que Trent Reznor ait découvert le secret d’un modèle économique efficace pour la musique. Ça commence par quelque chose de très simple : CwF, qui signifie « Créer un lien avec les fans ». Ajoutez-y une pincée de RtB : « Une Raison d’acheter ». Associez les deux, et vous obtenez un modèle économique. Ça parait très simple, et beaucoup pensent que ça n’a rien de sorcier. Mais le plus stupéfiant, c’est la difficulté qu’ont d’autres à combiner ces deux ingrédients afin de gagner de l’argent, alors que Trent Reznor, lui, s’en est sorti à merveille, à de nombreuses reprises, et de nombreuses façons. »

Lire l’article: Trent Reznor et l’équation pour de futurs modèles économiques de la musique

Reflexion: le futur de la musique vue par Gerd Leonhard

Quels seront les nouveaux modèles économiques de la musique demain ? Pour ceux qui se demande où va l’industrie de la musique, voici de quoi nourrir vos réflexions: voici une conférence en ligne donnée par Gerd Leonhard, auteur, stratège, blogueur sur le futur des médias.

Ces réflexions sont particulièrement pertinentes pour les personnes travaillant dans l’industrie des médias, mais j’espère intéresseront aussi les artistes.

Le tout est en anglais. Pour ceux qui ont du mal, j’essaierai de revenir sur les points qu’il développe au cours des articles suivants.

La video de la conférence:

Les diapos de la conférence
http://drop.io/mediafuturist/presentation (mot de passe:  » future « )

Pour aller plus loin, téléchargez gratuitement son livre Music 2.0 au format pdf: http://www.music20book.com/

Le Futur de l’Argent: le futur des artistes ?


Cela fait plusieurs mois que je m’intéresse à ce que l’on appelle les « monnaies libres ». Proche de l’esprit des systèmes d’échanges locaux et des crédits mutuels, ces monnaies encouragent la collaboration et les échanges. Abondantes, produites par les utilisateurs et décentralisées, ces monnaies « 2.0 »pourraient doper les échanges en ligne et dans la vie réelle.

Ce soir Jean-Francois Noubel, chercheur en intelligence collective donnera une conférence à Paris sur le futur de l’argent. Cette conférence sera diffusée en direct sur Internet de 19h30 à 22h (heure francaise).Je vous encourage fortement à la visionner si vous en avez la possibilité.

Voici une courte vidéo présentant le thème de la conférence:

« Le Futur de l’Argent » – Conférence à Mexico from TheTransitioner on Vimeo.

Et voici le lien pour voir la conférence en direct et participer via le chat:

Le futur de l’argent – vidéo streaming

Je reparlerai un peu plus de ces nouvelles monnaies car je pense qu’elles pourraient devenir la solution aux problèmes de monétisation des œuvres artistiques sur internet et plus généralement dans la vie réelle.

MAJ: suite à des problèmes de connexion internet, la diffusion de la conférence a été annulée. La conférence a cependant été filmée et devrait être mise en ligne prochainement.

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