Les évènements co-créatifs pour passer du Do-it-yourself au Do-it-Together

Si la tendance actuelle dans le monde artistique c’est le DIY « faire soi-même », je pense que le futur va être le « faire ensemble » (Do-it-together, DIT).  Si sur Toc-Arts j’écris depuis longtemps sur la collaboration des artistes avec les fans, avec d’autres artistes, comment créer ensemble, en parallèle j’étudie depuis 2 ans de nouvelles formes de création collaborative centrées sur des évènements. Je présente ici une vision de ces formats d’évènements comme outil pour faciliter le « faire ensemble ».

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Réflexion: Citer ses sources d’inspiration en tant qu’artiste

Alors que chez les scientifiques la citation des sources est encouragée (et même obligatoire), chez les artistes, il est inhabituel et parfois même risqué de citer ses sources d’inspiration. Dans une courte vidéo de 5 minutes, l’artiste-peintre Gwenn Seemel lance un débat très intéressant sur le sujet.

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Pourquoi les métiers de la culture survivent ils, tandis que les boulots à la con prospèrent ?

Pourquoi n’y a t’il pas d’argent pour financer les métiers de la culture, mais qu’il y en a pour tout un tas de métiers qui ne produisent rien et sont socialement inutiles ? Dans un article court et percutant, David Graeber, anthropologue hors norme et inspirateur du mouvement Occupy, pose des questions qui grattent où ça fait mal.

Avez-vous l’impression que votre métiers ne sert à rien et que le monde pourrait se passer de votre travail? Ressentez-vous la profonde inutilité des tâches que vous accomplissez quotidiennement? Avez-vous déjà pensé que vous seriez plus utile dans un hôpital, une salle de classe, un commerce ou une cuisine que dans un open space situé dans un quartier de bureaux?

Si vous avez répondu oui à plusieurs de ces questions, vous avez probablement ce que David Graeber appelle un « métier à la con ». Dans un article sorti cet été intitulé On the phenomenon of Bull Shits Job, il lance un gros pavé dans la mare.

Je vous propose ici une traduction de l’article de David Graeber publiée par LaGrotteDuBarbu (merci pour la traduction !)

Note: j’ai remplacé « emplois foireux », traduction dont le traducteur lui même n’était pas satisfait, par « boulots à la con », employé par d’autres et à mon avis plus proche du sens originel. J’ai aussi corrigé ici et la quelques mots quand le sens ne me semblait pas clair et souligné en gras des passages qui me semblaient importants.

 

Illustration par John Riordan

Illustration par John Riordan

 

Traduction publiée par LaGrotteDuBarbu sous Licence BeerWare et corrigée par Toc-Arts(En gros et en résumé vous pouvez faire ce que vous voulez avec le contenu (le copier, le diffuser, le traduire, le revendre, le donner à manger à votre chat, l’améliorer, le modifier) … un jour si vous rencontrez l’auteur et que vous trouvez que ça le mérite, vous lui payez une bière.

 

A propos des Boulots à la con, (Bullshit Jobs) par David Graeber

 

Dans les années 30, John Maynard Keynes avait prédit que, à la fin du siècle, les technologies seraient suffisamment avancées pour que des pays comme le Royaume Uni ou les Etats Unis envisagent des temps de travail de 15 heures par semaine.

Il y a toutes les raisons de penser qu’il avait raison. Et pourtant cela n’est pas arrivé. Au lieu de cela, la technologie a été manipulée pour trouver des moyens de nous faire travailler plus. Pour y arriver, des emplois ont du être créés et qui sont par définition, inutiles.

Des troupes entières de gens, en Europe et en Amérique du Nord particulièrement, passent leur vie professionnelle à effectuer des tâches qu’ils savent sans réelle utilité. Les nuisances morales et spirituelles qui accompagnent cette situation sont profondes. C’est une cicatrice qui balafre notre âme collective. Et pourtant personne n’en parle.

Pourquoi donc, l’utopie promise par Keynes – et qui était encore attendue dans les années 60 – ne s’est jamais matérialisée?

La réponse classique aujourd’hui est qu’il n’a pas su prédire la croissance massive du consumérisme. Entre moins d’heures passées à travailler et plus de jouets et de plaisirs, nous avons collectivement choisi le dernier.

Cela nous présente une jolie fable morale, mais même un moment de réflexion nous montre que cela n’est pas vrai. Oui, nous avons été les témoins de la création d’une grande variété d’emplois et d’industries depuis les années 20, mais peu ont un rapport avec la production et distribution de sushi, iPhones ou baskets à la mode.

Quels sont donc ces nouveaux emplois précisément? Un rapport récent comparant l’emploi aux Etats Unis entre 1910 et 2000 nous en donne une bonne image (et je note au passage qu’il en est de même pour le Royaume Uni). Au cours du siècle dernier, le nombre de travailleurs, employés dans l’industrie ou l’agriculture a considérablement diminué.

Au même moment, les emplois de “professionnels, employés de bureau, managers, vendeurs et employés de l’industrie de service” ont triplés, passant “de un quart à trois quart des employés totaux”. En d’autres mots, les métiers productifs, comme prédit, ont pus être largement automatisés (même si vous comptez les employés de l’industrie en Inde et Chine, ce type de travailleurs ne représente pas un pourcentage aussi large qu’avant)

Mais plutôt que de permettre une réduction massive des heures de travail pour libérer la population mondiale et leur permettre de poursuivre leurs projets, plaisirs, visions et idées, nous avons pu observer le gonflement, non seulement des industries de “service”, mais aussi du secteur administratif, jusqu’à la création de nouvelles industries comme les services financiers, le télémarketing, ou la poussée sans précédent de secteurs comme les avocats d’affaire, des administrations, ressources humaines ou encore les relations publique.

Et ces chiffres ne prennent pas en compte tous ceux qui assurent un soutien administratif, technique ou sécuritaire à toutes ces industries, voir toutes les autres industries annexes rattachées à celles-ci (les laveurs de chiens, livreurs de pizza ouvert toute la nuit) qui n’existent que parce que tout le monde passe son temps à travailler ailleurs.

C’est ce que je vous propose d’appeler des “boulots à la con”

C’est comme si quelqu’un inventait des emplois sans intérêt, juste pour nous tenir tous occupés.

Et c’est ici que réside tout le mystère. Dans un système capitaliste, c’est précisément ce qui n’est pas censé arriver. Dans les inefficaces anciens états socialistes, comme l’URSS, où l’emploi était considéré comme un droit et un devoir sacré, le système fabriquait autant d’emplois qu’il était nécessaire (c’est l’une des raisons pour lesquelles il fallait trois personnes pour vous servir un morceau de viande dans les supermarchés ).

Mais, bien sûr, c’est le genre de problème que le marché compétitif est censé régler. Selon les théories économiques, en tout cas, la dernière chose qu’une entreprise cherchant le profit va faire est de balancer de l’argent à des employés qu’ils n’auraient pas besoin de payer. Pourtant, d’une certaine manière, c’est ce qui se passe.

Alors que les entreprises s’engagent dans des campagnes de licenciement, celles ci touchent principalement la classe des gens qui font, bougent, réparent ou maintiennent les choses alors que par une alchimie bizarre que personne ne peut expliquer, le nombre de salariés remuant de la paperasse semble gonfler, et de plus en plus d’employés se retrouvent, d’une façon pas très différente de celle des travailleurs de l’ex URSS, travaillant 40 ou 50 heures par semaine, mais travaillant de façon réellement efficace 15 heures comme Keynes l’avait prédit, passant le reste de leur temps à organiser ou à aller à des séminaires de motivation, à mettre à jour leur profil Facebook ou à télécharger des séries télévisées.

La réponse n’est clairement pas économique: elle est morale et politique. La classe dirigeante a découvert qu’une population heureuse et productive avec du temps libre est un danger mortel (pensez à ce qui c’est passé lorsque cette prophétie à commencé à se réaliser dans les années 60). Et, d’un autre côté, le sentiment que le travail est une valeur morale en elle même et que quiconque ne se soumettant pas à une forme intense de travail pendant son temps de veille ne mérite rien est particulièrement pratique pour eux.

Une fois, en contemplant la croissance apparemment sans fin des responsabilités administratives dans les départements académiques, j’en suis arrivé à une vision possible de l’enfer. L’enfer est un ensemble de gens qui passent la majorité de leur temps sur une tâche qu’ils n’aiment pas et dans laquelle ils ne sont pas spécialement bons.

Disons qu’ils ont été engagés car ils sont de très bons menuisiers, et qu’ils découvrent qu’ils doivent passer une grande partie de leur temps à cuire du poisson. Dans l’absolu, la tâche n’a rien de nécessaire ou d’utile mais, au moins la quantité de poissons à faire cuire est limitée.

Et pourtant d’une manière ou d’une autre, ils deviennent si obnubilés et plein de ressentiment à l’idée que certains de leurs collègues pourrait passer plus de temps qu’eux à faire de la menuiserie et ne pas assumer leur juste part de la cuisson de poisson que, très vite, des piles entières de poissons inutiles et mal cuits envahiront l’atelier, et cuire des poissons sera devenu l’activité principale de tout le monde.

Je pense que c’est une description plutôt précise de la dynamique morale de notre économie.

Maintenant, je réalise qu’un tel argument va inévitablement générer des objections:

“qui êtes vous, pour définir quels emplois sont réellement nécessaires? Et c’est quoi votre définition d’utile? Vous êtes un professeur d’anthropologie, qui a ‘besoin’ de ça?” (et il est vrai que beaucoup de lecteurs de tabloids [NDT – équivalent anglais des magazines people et à scandale] pourraient envisager mon travail comme l’exemple même de l’inutilité) Et dans une certaine mesure, c’est évidemment juste. Il n’y a pas de mesure objective de la valeur sociale du travail.

Je ne voudrais pas dire à quelqu’un qui est convaincu d’apporter une contribution réelle à l’humanité et au monde qu’en fait ce n’est pas le cas. Mais qu’en est-il des gens qui sont convaincus que leur travail n’a pas de sens?

Il y a peu j’ai repris contact avec un ami d’enfance que je n’avais pas vu depuis l’âge de 12 ans. J’ai été étonné d’apprendre, que dans l’intervalle, il était d’abord devenu un poète, puis le chanteur d’un groupe de rock indépendant.

J’avais entendu certaines de ses chansons à la radio, sans savoir que c’était quelqu’un que je connaissais. Il était clairement brillant, innovant, et son travail avait sans aucun doute illuminé et amélioré la vie de gens au travers du monde.

Pourtant, après quelques albums sans succès, il perdit son contrat, et plombé de dettes et devant s’occuper d’un jeune enfant, finit comme il le dit lui même “à prendre le choix par défaut de beaucoup de gens sans direction: la fac de droit”.

Il est aujourd’hui un avocat d’affaires travaillant pour une éminente firme new-yorkaise. Il était le premier à admettre que son travail n’avait aucun sens, ne contribuait en rien au monde, et de son propre point de vue, ne devrait pas réellement exister.

Cela devrait nous faire poser beaucoup de questions, à commencer par, qu’est ce que cela nous dit sur notre société qui semble générer une demande extrêmement limitée en musiciens poètes talentueux, mais génére une demande apparemment infinie en avocats spécialiste du droit des affaires?

(Réponse: si 1% de la population contrôle la plupart des richesses disponibles, ce que nous appelons le “marché” reflète ce qu’ils pensent être utile ou important, et pas ce que les autres pensent).

Mais encore plus, cela montre que la plupart des gens dans ces emplois en sont conscients au final. En fait, je ne pense pas avoir rencontré un avocat d’affaire qui ne pense pas que son emploi soit merdique. Il en est de même pour toutes les nouvelles industries citées plus haut.

Il existe une classe entière de professionnels qui, si vous deviez les rencontrer dans une soirée, reconnaissant que vous faites quelque chose d’intéressant (un anthropologue, par exemple), feraient tout pour éviter de discuter leur propre travail. Après quelques verres, ils risqueraient même peut être même à se lancer dans des tirades expliquant à quel point leur travail est stupide et sans intérêt.

Il y a une violence psychologique profonde ici.

Comment peut on commencer à discuter de dignité au travail, quand on estime que son travail ne devrait même pas exister? Comment cette situation peut-elle ne pas créer un sentiment profond de rage et de ressentiment?

Pourtant et c’est tout le génie de cette société, dont les dirigeants ont trouvé un moyen, comme dans le cas des cuiseurs de poisson, de s’assurer que la rage est directement dirigée précisément vers ceux qui font un travail qui a du sens. Par exemple, dans notre société, il semble y avoir une règle, qui dicte que plus le travail bénéficie aux autres, moins il sera payé pour ce travail.

Encore une fois, une mesure objective est difficile à trouver, mais un moyen simple de se faire une idée est de se demander:

Qu’arriverait-il si cette classe entière de travailleurs disparaissait? Dites ce que vous voulez à propos des infirmières, éboueurs ou mécaniciens, mais si ils venaient à disparaître dans un nuage de fumée, les conséquences seraient immédiates et catastrophiques.

Un monde sans profs ou dockers serait bien vite en difficulté, et même un monde sans auteur de science-fiction ou musicien de ska serait clairement un monde moins intéressant.

Il reste à prouver que le monde souffrirait de la disparition des directeurs généraux d’entreprises, lobbyistes, chercheurs en relation presse, télémarketeurs, huissiers de justice ou consultant légaux (Beaucoup soupçonnent que la vie s’améliorerait notablement). Pourtant à part une poignées d’exceptions (les médecins), la règle semble valide.

De façon encore plus perverse, il semble exister un consensus sur le fait que c’est comme cela que les choses devraient se passer. C’est un des points forts secrets du populisme de droite. Vous pouvez le voir quand les tabloids s’en prennent aux cheminots, qui paralysent le métro londonien durant des négociations: le fait que ces travailleurs peuvent paralyser le métro montre que leur travail est nécessaire, mais cela semble être précisément ce qui embête les gens.

C’est encore plus clair aux Etats Unis, où les Républicains ont réussi à mobiliser les gens contre les professeurs d’école ou les travailleurs de l’industrie automobile (et non contre les administrateur des écoles ou les responsables de l’industrie automobile qui étaient la source du problème) pour leurs payes et avantages mirifiques.

C’est un peu comme si ils disaient “mais vous pouvez apprendre aux enfants! ou fabriquer des voitures! c’est vous qui avez les vrais emplois! et en plus de ça vous avez le toupet de demander une retraite et la sécu?”

Si quelqu’un avait conçu un plan pour maintenir la puissance du capital financier aux manettes, il est difficile de voir comment ils auraient pu faire mieux. Les emplois réels, productifs sont sans arrêt écrasés et exploités.

Le reste sont divisé entre la strate des sans-emplois, universellement vilipendés, et une strate plus large de gens qui sont payés à ne rien faire, dans une position qui leur permet de s’identifier aux perspectives et sensibilités de la classe dirigeante (managers, administrateurs, etc.) et particulièrement ses avatars financiers, mais en même temps produit un ressentiment envers quiconque a un travail avec une valeur sociale claire et indéniable.

Clairement, ce système n’a pas été consciemment conçu, mais a émergé d’un siècle de tentatives et d’échecs. Mais ceci est la seule explication sur le fait que, malgré nos capacités technologiques, nous ne travaillons pas 3 à 4 heures par jour.

L’article original est disponible ici: On the Phenomenon of Bullshit Jobs
David Graeber est un professeur d’anthropologie à la London School of Economics.
Son plus récent livre The Democracy Project: A History, a Crisis, a Movement est publié par Spiegel & Grau

Traduction publiée par LaGrotteDuBarbu sous Licence BeerWare et corrigée par Toc-Arts(En gros et en résumé vous pouvez faire ce que vous voulez avec le contenu (le copier, le diffuser, le traduire, le revendre, le donner à manger à votre chat, l’améliorer, le modifier) … un jour si vous rencontrez l’auteur et que vous trouvez que ça le mérite, vous lui payez une bière.

Le mot de la fin

Pensez vous avoir un boulot à la con ? Pourquoi est ce que les métiers de la culture sont en permanence obligé de se battre pour survivre tandis que les métiers à la con, qui ne produisent rien et sont socialement inutiles (et parfois même destructifs) sont recompensés et prospèrent ?

Mon interprétation est que l’architecture du système monétaire actuel a un grande rôle dans la construction de ce système et que de nouveaux modèles sont nécessaires pour changer cela.

Première piste: le revenu de base comme modèle économique pour soutenir la culture et la création artistique

Autre piste: les monnaies complémentaires pour passer d’une « monoculture de l’argent » structurellement instable et injuste à un « écosystème monétaire » diversifié et résilient.

A suivre dans un prochain article…. si ce n’est pas fait abonnez vous !

Modèles économiques pour les artistes: le revenu de base

le Revenu de base est une proposition visant à donner à chaque citoyen un revenu minimum garanti et sans condition, de la naissance à la mort. Premier article d’une série de réflexions sur les modèles économiques pour les artistes.

Malgré un potentiel important en terme d’impact social, le revenu de base est un sujet encore très peu connu du grand public en général et des artistes en particulier.

Le principe du revenu de base c’est de donner un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué par une communauté politique à tous ses membres, de la naissance à la mort, sur base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement.

Si l’idée est ancienne, elle a repris de la vigueur récemment avec la mise en place d’associations de soutien en France et en Europe et le lancement d’une consultation au niveau européen.

Je republie ici un article du metteur en scène Pierre-Jérôme Adjedj, qui discute du changement que pourrait apporter le revenus de base pour les artistes et la création artistique.

 

Revenu de base, éducation populaire et création

Pour être reconnu comme un « vrai » artiste, faut-il ne faire que ça ? Recevoir des subventions ? Pour le metteur en scène Pierre-Jérôme Adjedj, la transformation amenée par le revenu de base rendra caduques ces questions, libérant l’expression de la créativité, que ce soit pour une oeuvre ou pour la vie.

[box]article initialement publié par  Pierre-Jerome Adjedj sur Le Tadorne et republié sur Revenudebase.info[/box]

Il m’est souvent arrivé de regretter chez nombre de mes collègues du spectacle vivant le manque d’appétit, affiché ou profond, pour la chose politique. Certes il est toujours de bon ton de truffer les notes d’intention et les programmes de salles d’arguments vibrants expliquant la portée politique de tel projet, puisqu’il « parle de la société d’aujourd’hui » . Pour autant, dans les faits, le rapport à la politique et l’impertinence qui l’accompagne s’éteint bien souvent au seuil de l’institution, pour qui la ligne de carrière d’un artiste suit de plus en plus souvent la couture de son pantalon, et il devient parfois difficile de parler politique dans un milieu où (presque) tout le monde est « évidemment » de gauche.

J’aurais pu choisir de développer, à partir de constat de départ, tout un propos sur l’éducation populaire, mais je serais vite tombé dans la paraphrase de Frank Lepage et de ceux qui, avec lui, ont magnifiquement développé les réflexions récentes sur ce sujet1. Non, ce qui motive cet article est un sujet qui, a priori n’a aucun rapport avec l’art: le revenu de base ou allocation universelle2.

La première chose qui vient à l’esprit quand on parle d’argent et d’artistes en France, c’est l’intermittence du spectacle. En lisant ce qui suit, les détracteurs de ce système et de leurs bénéficiaires ne manqueront pas de s’exclamer : « ça ne leur suffit plus d’avoir un régime de privilégiés, maintenant ils veulent carrément être payés sans bosser ! ». Mais je me dois d’apporter immédiatement deux précisions : d’abord, n’étant plus intermittent3 depuis plus de deux ans je suis extrêmement à l’aise avec le sujet. Et puis ce n’est pas une question d’argent. Ou pas que.

Ne pas travailler pour gagner pareil

Toute la question est celle de la contrepartie : « tout travail mérite salaire » comme on dit (ce qui n’est pas à discuter), mais ça n’empêche pas de s’interroger sur un changement de paradigme, loin d’être innocent, et qu’on pourrait résumer par « tout salaire mérite travail ». Cela ouvre un champ de discussion intéressant, puisque la haine de l’assisté, qui fleurit en France et ailleurs en Europe, repose sur le fait que des personnes en situation de fragilité récoltent une somme d’argent qui, même si elle ne leur permet pas de vivre décemment, n’est pas subordonnée à leur « effort »4. Dans le même temps et paradoxalement, être « payé à ne rien foutre » passe bien tant qu’on peut justifier d’un contrat de travail en bonne et due forme.

Or la création artistique est un domaine où la question du travail est depuis longtemps un sujet complexe, et c’est ce qui nourrit une union situationnelle entre pauvres et artistes5 face à cet élan de « précarophobie ». Le débat est insoluble en l’état, pour deux raisons : d’une part parce qu’il est éternellement difficile d’évaluer où commence et où finit le travail, et on sait que la rémunération ne correspond pour la plupart des artistes qu’à une infime partie du travail fourni. D’autre part parce que la notion de travail est indissolublement liée à la notion de métier, et la constance qui lui est attachée (on peut être intermittent, mais on demeure à tout moment comédien, metteur en scène, etc.). Or comme le dit Stefan Zweig, faisant l’analogie entre un voleur et un poète (ce qui plaira aux plus réactionnaires), « L’artiste n’est artiste que pendant la création, le coupable n’est vraiment coupable qu’à l’instant du délit »6.

Parce que cette histoire de revenu de base pourrait bouleverser la société en général, et les pratiques artistiques en particulier.

L’artiste sans métier

Le premier avantage, libérateur entre tous de mon point de vue, repose sur la possibilité d’être, à l’instar de l’homme sans qualité, un artiste sans métier. Je précise que le métier est ici à prendre dans son acception sociale, et n’est pas à confondre avec l’expérience et la capacité : il s’agit ici de renoncer à avoir « un » métier, sans renier le fait d’avoir « du » métier (encore que l’expérience puisse parfois virer à la roublardise et aux tics esthétiques, mais c’est un autre débat. Ou pas.).

La possibilité de ne plus avoir de métier est tout à la fois une angoisse dans le système de représentation du monde tel qu’il va, et la possibilité d’une réelle émancipation. Parce que la liberté de créer, revendiquée par chacun et accessible dans une certaine mesure, est indissociable de la liberté de ne pas créer, qui est plus problématique, notamment sur un plan matériel. Celui qui veut être libre de créer quand il veut doit aussitôt renoncer à son statut intermittent pour des raisons réglementaires, et à la considération de l’institution, pour des raisons de « sérieux »: est-on vraiment un artiste « professionnel » quand on ne fait pas que ça7 ? La censure du monde professionnel en France est sur ce point au moins aussi forte que la censure administrative de Pôle-emploi : il n’y aurait d’artistes que ceux qui ne font que ça.

Essayons de nous projeter dans un monde où l’artiste, débarrassé de l’angoisse alimentaire, aurait le choix de créer un peu, beaucoup, à la folie. Ou d’être l’artiste d’un seul projet. Et être dans le même temps initiateur ou partie prenante d’autres projets sociétaux. En bref, être un citoyen en prise totale avec le monde dans lequel il vit, où pourraient être mis en cohérence le social, la création, … C’est également, pour celui qui décide de se consacrer totalement à la création, la possibilité d’être plus productif ou du moins de se mettre en harmonie avec son rythme « naturel » de création . Dans ce cas de figure, l’artiste est également dispensé de la nécessaire « cohérence institutionnelle » du parcours ((C’est une règle non-dite en France, intériorisée par nombre d’artistes du spectacle vivant : il arrive un moment où, pour exister dans l’institution et « progresser », on finit peu ou prou par « passer les plats », expression du métier qui désigne les artistes qui font où on leur dit de faire. Evidemment c’est, comme pour les bobos, les bourgeois, les cons et les racistes, toujours l’autre.)).

On pourrait facilement objecter qu’une telle possibilité permettrait à n’importe qui de se prétendre artiste, et ouvrirait la place à l’imposture, à la faible qualité, bref au n’importe quoi. Je laisse à chacun le soin d’un examen de conscience sur l’automaticité du rapport entre soutien institutionnel et qualité.

Pour terminer sur ce point, je dirai qu’un avantage annexe mais non-négligeable serait dans une certaine mesure la fin de la jalousie entre artistes, puisqu’il n’y aurait plus cette distinction, que Frank Lepage décrit très justement comme étant profondément en phase avec le capitalisme, entre les artistes reconnus (les « bons »), à qui on donne les moyens de créer, et les autres, ceux qui rongent leur frein.

Moyens d’existence et moyens de création

Ce qui nous amène à la question des moyens de création, qui ne sont pas à confondre avec les moyens d’existence. Car ce n’est pas, reconnaissons-le avec un joyeux groupe au revenu de base qu’on crée un opéra. Il faut des moyens, c’est une évidence. Mais là encore, de la même manière que le revenu de base n’est pas un empêchement de travailler autant qu’on veut et éventuellement d’accumuler de la richesse, il ne serait dit nulle part que tous les artistes doivent se débrouiller avec leur revenu de base pour assumer tout leur travail créatif. Mais j’ai dans l’idée qu’un équilibre plus clair et plus naturel se dégagerait quant aux moyens réellement nécessaires à telle ou telle production, là ou à l’heure actuelle, l’ampleur des moyens de production, au même titre que la couverture presse et l’internationalité des tournées, est clairement un des moyens d’expression et d’évaluation du pouvoir. On mettrait fin au sempiternel débat entre art et divertissement, en permettant de mieux distinguer les artistes « essentialistes »8 des « commerçants ».

La réconciliation entre l’art et la société

Puisqu’on parle de phase, le repositionnement des artistes dans la même position de base que les autres citoyens (supprimant comme je l’ai dit plus haut l’idée du métier) aurait également l’avantage de mettre fin pour tous au contrôle social9, qui est la négation absolue de l’idée de société.

Le rapport aux spectateurs s’en trouverait lui aussi transformé, à plusieurs niveaux. En effet, le revenu de base ouvrirait la possibilité de rendre l’accès d’une partie de la production gratuit pour les spectateurs10. On peut penser également qu’avec l’afflux de petits projets (« petit » étant ici à prendre en terme de moyens et non de qualité), on assisterait sans doute à une forme de « relocalisation » partielle de la production, rendant l’idée de tournée facultative et liée à la nature même du projet, et non à la rentabilité économique. Cette gratuité, couplée à une relocalisation, ouvrirait pour chacun la possibilité d’une alternative accessible aux productions « commerciales », dont on déplore assez qu’elles forgent le goût de la majorité de façon descendante, et dans le sens d’un appauvrissement du sens. On pourrait de la même manière interroger les productions « officielles » comme celles du In d’Avignon11, qui sur un autre plan qualitatif, dictent tout de même les normes esthétiques qui relèvent du « bon goût ».

On parle donc là, en remplacement d’une norme descendante, de la possibilité pour tous d’exercer la formation de son sens critique, de sa créativité personnelle, bref d’exercer son libre arbitre. On pourrait appeler une telle disposition, où il n’y aurait plus de fracture entre gros et petits spectacles, grands et petits romans, … Hum, voyons… Ah ben tiens : l’Éducation Populaire ! La boucle est bouclée.

 

 

  1. Voir notamment le livre « Education populaire, une idée d’avenir » (Cassandre/Hors-Champ, ed. les liens qui libèrent), qui peut être commandé ici : http://www.horschamp.org/spip.php?article4002
  2. Pour en savoir plus : http://revenudebase.info/comprendre-le-revenu-de-base
  3. je ne le suis plus par l’effet d’un choix qui découle de mon expatriation en Allemagne et non par une perte de statut, qui n’a en soi rien d’infamante, mais qui colorerait différemment mon propos.
  4. Encore qu’on pourrait discuter de l’effort que représente le fait de survivre, sur le plan matériel et psychique, dans un monde où tout est orienté vers la consommation et le profit.
  5. qui pour ne rien arranger, sont parfois les mêmes.
  6. Les plus corporatistes d’entre nous seraient tentés de hurler à ce moment précis de la lecture, mais je choisis de passer outre, ne voulant pas rentrer dans un débat d’ordre syndical, qui est éventuellement utile pour revendiquer une amélioration au sein du système en place, mais inopérant dès qu’il s’agit de penser un changement radical de paradigme
  7. On pourrait discuter de toutes le ruses déployées par des artistes intermittents pour « cacher » les activités annexes.
  8. terme volontairement provocant, emprunté aux féministes essentialistes; l’idée est ici d’affirmer qu’il serait possible aux artistes pour qui la création relève d’une vraie nécessité de créer sans être écrasés par la rationalité économique du projet.
  9. On peut supposer, sans passer pour un dangereux irresponsable, que les mesures de contrôle des récipiendaires d’aides sociales coûtent plus cher en dégâts psychologiques et sociaux qu’elles ne rapportent d’argent par la détection de fraudes éventuelles. Sur ce plan, l’Allemagne a malheureusement un cran d’avance sur la France, puisque les bénéficiaires de l’équivalent du RSA doivent présenter tous les mois à un conseiller leur extraits de compte pour un contrôle strict des dépenses !
  10. Par exemple les projets qui n’ont pas rendu nécessaire l’emploi d’une subvention supplémentaire pour leur financement.
  11. on pourra se reporter volontiers à la tribune, toujours actuelle, de Claude Régy sur le Festival d’Avignon :http://www.liberation.fr/culture/0101379847-il-faudrait-supprimer-avignon

 

[box]article initialement publié par  Pierre-Jerome Adjedj sur Le Tadorne et republié sur Revenudebase.info[/box]

 

A propos de l’Initiative Citoyenne Européenne

Un comité citoyen a lancé une Initiative Citoyenne Européenne: si celle ci obtiens un million de signatures de soutien en Europe, la Commission européenne sera tenue d’étudier en profondeur cette initiative au sein du Parlement européen, en auditionnant le Comité de Citoyens Organisateurs.

Même si la mise en place d’un revenu de base n’est probablement pas pour tout de suite, forcer la commission européenne à étudier sa faisabilité serait déjà intéressant pour mettre la discussion sur la place publique.

Pour en savoir plus, jetez un oeil sur cette vidéo de 3 min:

Plus d’informations sont disponibles ici:
 
http://basicincome2013.eu/ubi/fr/foire-aux-questions/

Page de signature de l’initiative (en français, nécessité d’adopter le certificat… en ajoutant une exception… suivre la procédure quoi)
https://ec.europa.eu/citizens-initiative/REQ-ECI-2012-000028/public/index.do?initiativeLang=fr

c’est un peu le parcours du combattant ce vote…
– pour que les signature soient considérés comme valides et venant bien de citoyens européens, le numéro d’un document officiel (passeport, de carte d’identité, …) est demandé
– La première fois, on peut tomber sur une page d’erreur, Ne pas se décourager, recommencer…

Zoybar, le kit de guitare open source avec un corps imprimé en 3D

Zoybar propose à ses utilisateurs un kit de guitare modulaire qui permet d’assembler une guitare personnalisable. Mieux grace à la démocratisation des imprimantes 3D, certains parties peuvent être conçues et produites par l’utilisateur lui même.

 

Zoybar, le kit de guitare open source avec un corps imprimé en 3D

Traduit à partir de l’article Open Source Guitar Kit With 3-D Printed Body publié à l’origine sur Wired.com

Zoybar est comme Meccano pour la musique. C’est un kit de guitare open source que vous assemblez, et les parties modulaires peuvent être assemblées en de nombreuses combinaisons pour produire des instruments de différentes formes. Le kit peut être acheté en configuration basse ou 6 cordes, mais le meilleur c’est que vous pouvez personnaliser encore plus les designs vous même.

Les kits guitare sont mis à disposition sous licence Creative Commons, et les fichiers CAD peuvent être téléchargés et bricolés librement dans le logiciel de 3D libre et open source Blender.

Le kit Zoybar est livré avec un cou fretless, un micro humbucker, plus des morceaux pour faire un squelette de corps et quelques vis et écrous pour faire tenir le tout ensemble. Les prix démarrent à 670$ et augmentent selon les options d’envoi. Quels est le son d’une guitare imprimée en 3D ? tester le:

Zoybar Tor

 

Cet exemple n’est que la partie émergée d’un mouvement beaucoup plus vaste, l’open source hardware, à savoir l’application de la philosophie open source aux monde des objets et des machines qui promet de révolutionner pas mal de choses.

Je vous reparlerai prochainement de ce sujet très prometteur.

Fora do Eixo un réseau culturel collaboratif distribué

Au Brésil, un circuit culturel qui a démarré loin des grandes villes et dépends en grande partie d’une monnaie basé sur l’échange de faveurs promeut à présent plus de 6000 spectacles par an. Cet article est une traduction et une adaptation d’un article de Thiago Borges pour Infosurhoy.com et qui revient sur le réseau Fora do Eixo (qui se traduit par « déporté, hors de l’axe principal ») et son fonctionnement original.

Fora do Eixo promeut la culture à travers le Brésil

Par Thiago Borges pour Infosurhoy.com – 06/12/2012 SÃO PAULO, Brésil – En février et Mars cette année, 500 000 personnes ont assistés au Grito Rock, l’un des plus gros festivals du Brésil. Contrairement à des festivals très en vue comme Rock in Rio qui a accueilli 700 000 fans en 2011, Grito Rock a decentralisé le concept du mégashow en amenant des musiciens dans plus de 200 villes. C’est la partie la plus visible d’un circuit qui offre 6000 spectacles annuellement à travers le Brésil. Ces spectacles font partie de Fora do Eixo, un mouvement culturel national qui a opéré indépendamment des 2 plus grosses villes du pays, Rio de Janeiro et São Paulo. Le mouvement a démarré à Cuiabá, la capitale du Mato Grosso, qui a une population de 551 000 résidents. Comme la plupart du Brésil, la ville était éclipsée par le développement culturel, politique, économique et social dans les zones urbaines de Rio de Janeiro et São Paulo. « Nous sommes en bout de ligne recevant la culture de São Paulo, Rio de Janeiro et, à l’occasion de Belo Horizonte et Recife, » dit Thiago Dezan, 22 ans, qui a été impliqué dans Fora de Eixo depuis 2008. « Nous ne pensions pas être capable de produire quelque chose nous même. » La graine a été planté en 2000, quand un groupe de jeunes étudiants en communication ont créé Cubo Mágico, un groupe avec l’objectif commun de promouvoir les fêtes et la culture locale à Cuiabá avec des groupes de toute la région. Cubo Mágico a rapidement commencé à échanger des idées et des expériences sur l’organisation de festivals avec des groupes ou collectifs similaires à Uberlândia (Minas Gerais), Londrina (Paraná) et Rio Branco (Acre). En 2005, cet échange d’idées a conduit à la création de la tournée Fora de Eixo. Fora do Eixo fonctionne maintenant comme un collectif de collectifs, avec l’implication de plus de 200 groupes et 2000 personnes.

Plus de 100 festivals

Le réseau, qui est présent dans 88 villes s’étale sur 25 états brésiliens, promeut annuellement 107 festivals musicaux impliquant plus de 30 000 artistes. Avec un financement minime, Fora do Eixo dépend des contributions de tous les participants pour se maintenir à flot. A la plupart des spectacles du Grito do Rock par exemple, les musiciens n’avaient pas de cachets pré-déterminés, mais un pourcentage des ventes de tickets. A la plupart des évènements Fora do Eixo, à la place d’argent, les artistes sont payés avec des photographies et des vidéos de leur performances, des relations presse, du temps de studio pour répétitions et enregistrements, des services légaux, parmi des dizaines d’autres produits et services.

festival-circuit-forado-eixo

Tenu chaque octobre à Ribeirão das Neves dans l’état du Minas Gerais, Pá de Pedra est l’un des 100 festivals qui composent le circuit indépendant Fora do Eixo (Image: Fora do Eixo).

Démocratie culturelle

Si la musique était le coeur de Fora do Eixo et reste le principal travail du groupe, d’autres domaines se sont dévelopés autour de la musique, comme le théatre, les arts visuels, la production audiovisuelle et les médias libres. Les initiatives du groupes touchent 8 millions de personnes chaque année. « En portant des « initiatives médias », nous developpons de nouvelles façons de s’engager dans la politique, discuter la ville et connecter des gens qui ne sont jamais rencontré,  » dit Rafael Vilela, 23 ans de Florianópolis. Récemment, Vilela et Dezan ont voyagé à Mato Grosso do Sul pour suivre les difficultés des peuples indigènes Guarani-Kaiowá, qui se battent pour leur terres. En plus d’être témoin direct des évènements qui se déroulent dans la région, ces médiactivistes, comme ils se nomment eux mêmes, ont portés plusieurs « initiatives médias. » Ils ont créés une page Facebook sur le problème, tenu des débats avec les leader indigènes, transmis un proramme sur Internet et mis en ligne 30 heures d’enregistrements. « Nous avons réalisés que nous sommes plus qu’un réseau de musique, de théatre ou d’audio visuel,  » dit Dezan. « Nous sommes un réseau de technologies. »

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Durant la campagne pour les municipakes de 2012, Fora do Eixo a produits des programmes dans plusieurs villes à travers le Brésil, incluant São Paulo (ci dessous), qui étaient transmis en direct sur Internet via #posTV (Image: Fora do Eixo).

Amener l’extérieur à l’intérieur

Le réseau pouvait être uniquement trouvé dans les villes de moins d’un million d’habitant jusqu’en 2011, où il a ouvert un lieu dans l’une des plus grandes villes du Brésil. Casa Fora do Eixo qui est située dans le centre ville de São Paulo, héberge 17 personnes venant de tous les coins du Brésil. Les résidents gèrent les aspect opérationnel de Fora do Eixo et fournisse un soutien au 30 collectifs de l’état de São Paulo. Quatre maisons de plus – à Belo Horizonte, Porto Alegre, Porto Velho et Fortaleza – couvrent le reste du Brésil. Les résidents n’ont pas d’heures de travail fixes et ne rendent pas de compte à un patron, mais il travaillent entre 8 et 16h par jour. « Chaque individu est son propre chef, dit Dríade Aguiar, 22 ans et reponsable communication de Fora do Eixo, qui a déménagé de Cuiabá à São Paulo en 2011. « Ce n’est pas un travail, c’est la vie. »

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A la Casa Fora do Eixo, personne ne reçoit de salaire, le revenu est partagé par tous les membres, qui ont accès au compte en banque. Les achats, cependant, doivent être justifiés (Source de l’image Fora do Eixo).

Comme pour toutes les autres initiatives portées par le réseau, l’argent est un problème secondaire à la Casa Fora do Eixo. Personne ne reçoit de salaire. Tous les membres sont autorisés à utiliser de l’argent d’un fond collectif, qui reçoit de l’argent via des projets gouvernementaux ou des sponsors. Cependant, tous doivent justifier pourquoi leurs achats sont importants pour le groupe. Et pour éviter l’individualisme, ils partagent leurs vêtements. A coté des festivals et des débats, la maison accueille aussi les étrangers qui passent au Brésil. Fora do Eixo est connecté à des collectifs dans 15 pays, tel que l’Argentine, la Colombie, le Vénézuela, le Mexique et le Cap Vert.

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En plus d’héberger les administrateurs du réseau, les cinq résidences Fora do Eixo offre un abri aux artistes qui participent au circuit évènementiel, mais aussi à des « étrangers » d’autres collectifs. La photo ci dessus est la maison de Belo Horizonte, la capitale du Minas Gerais (source image: Fora do Eixo)

En décembre, ce réseau global sera le point d’orgue du 5eme congrès Fora do Eixo, qui aura lieu à Rio de Janeiro et inclut la participation de groupes du Brésil et au dela. « Comme au Brésil, il y a d’autres pays en amérique latine et d’autres endroits du monde où il y a des producteurs et des groupes locaux qui ont besoin d’un break » dit le journaliste Gabriel Ruiz, 28 ans.  » Les réseaux ont montrés leurs incroyables capacités ».

Pour aller plus loin je vous conseille cette publication en anglais qui détaille la démarche de mise en place de la monnaie complementaire du réseau Fora Do Eixo:

La BD-tek, une bibliothèque partagée de BDs

Courte présentation d’un projet original, la BD-tek une bibliothèque partagée et ambulante de BDs.

La BD-TEK fonctionne comme une bibliothèque, on peut emprunter jusqu’à 10 BD pour un mois.

Le principe est d’une inscription annuelle payante mais qui diminue quand on met des BDs en partage. Plus on mets de BD en partage et moins on paye.

La BD-TEK tient des permanences dans des lieux associatifs et publics mais intervient aussi sur des manifestations culturelles ponctuelles, en proposant un espace de consultation sur place des ouvrages et des animations.

Les BDs sont stockées dans des caisses spécialement fabriquées pour être facilement transportées et exposées.

BD-tek-caisses-transport

Une méthode originale pour diffuser la culture et créer du lien et du partage dans les territoires.

Ce projet est porté par l’ association Tout Azimut à Cordes sur Ciel (81) qui organise aussi notamment des « cadavres exquis de BDs » où une personne commence à dessiner quelques cases d’une BD qui est complétée par d’autres.

Pour en savoir plus, jetez un oeil à ce web-documentaire (7 min):


laVoieduPeuple – Guilaume Pelletier, BDtek Tout… par LaVoieDuPeupleWebdoc

Note cette vidéo est tirée de la « La voie du peuple« , une intéressante série de Webdocs qui présente des portraits de citoyens qui agissent (habitat solidaire, logement social, agriculture urbaine, troc,…)

 

Les Amaccas, des « AMAPs » pour la culture et la création artistique.


Les Associations pour le Maintien des Alternatives en matière de Culture et de Création Artistique (AMACCA) sont une préfiguration d’organisation sociale alternative pour soutenir la scène culturelle fondées sur le modèle des AMAP : elles permettent aux citoyens de sortir de leur rôle de simple consommateur et de s’emparer des projets culturels. Ils deviennent ainsi des « spect’acteurs », à travers un dispositif de développement local participatif.

 

 

Comment marchent les AMACCA ?

Extrait d’un article publié par le labo ESS: Les AMACCA replacent la culture entre les mains des citoyens

Les AMACCA sont des associations qui s’organisent en espaces participatifs à l’échelle territoriale. Elles instaurent un circuit court entre les citoyens et les artistes. De ces collaborations naissent des projets représentatifs de la créativité et de la volonté locale. Ils permettent ainsi d’affirmer l’identité et les besoins authentiques des territoires, face à une « culture globale » tendant à uniformiser les expressions culturelles et artistiques.

Ce sont les citoyens qui financent directement le projet. De cette manière, ils gardent toute leur indépendance décisionnelle sur le contenu. L’objectif ainsi poursuivi est de « dé-marchandiser » la culture : les projets culturels ne sont pas décidés en fonction de leur rentabilité, mais de leur utilité sociale et citoyenne. Les habitants deviennent ainsi des contributeurs à part entière participant à la préservation et au développement de la diversité culturelle. Les AMACCA permettent ainsi à tous, et plus seulement au plus petit nombre, d’assumer les prises de décision. Cette gouvernance culturelle élargie est indispensable pour rendre à la culture son statut de bien commun.

Lire l’article complet

 

Comment démarrer une Amacca ?

Le site du réseau des Amacca propose un kit de démarrage:

 

Une intiative prometteuse pour soutenir les scènes artistiques locales et qui, je l’espère, donnera naissance à beaucoup d’évenements.

Everything is a remix: réflexions sur la copie, la création et l’innovation

Une documentaire vidéo qui fait réfléchir sur la création et la copie, le droit d’auteur. Une piste de reflexion sur les changements apportées par le numérique, mais aussi une source d’inspiration pour les créateurs.

Saviez vous que Led Zeppelin ne s’est pas seulement inspiré d’autres groupes de son époque, mais à carrément pompé bon nombre de ses tubes, parfois sans même prendre la peine de modifier le titre ou la chanson ?!

Saviez vous qu’en regardant attentivement Star Wars on peut deviner quelles oeuvres Georges Lucas a copié et transformé pour créer son chef d’oeuvres ?

Produite par Kirby Fergusson la série Everything is a remix est particulièrement fascinante.

A travers des exemples concrets Kirby Fergusson montre comment toute création est avant une copie modifiée d’une création précédente.

Toute création est un remix

Les vidéos sont en anglais mais proposent des sous-titres en français. Elles durent une dizaine de minutes chacune et sont très agréable regarder.

 

Le site de Kirby Fergusson
Everything is a remix

Créativité, innovation et remix

Contrairement à l’idée que l’on a du créateur, génie solitaire créant quelque chose d’entièrement nouveau dans un grand moment d’illumination, la réalité semble plus terre à terre.

Nous sommes tous influencé par le passé et que nous voulions ou non, ce que nous créons n’est jamais entièrement nouveau mais est l’aboutissement d’une série de micro-innovations qui ont démarrées par des imitations.

Mais je ne crois pas que ce soit problématique, au contraire. En l’acceptant et le comprenant on peut l’utiliser pour mieux créer.

Et c’est la que la vidéo de Kirby Ferguson est particulièrement intéressante pour les créateurs car il donne une équation simple qui résume simplement le processus créatif:

Créer = Copier + transformer + combiner

Dans toute création il y a d’abord une ou plusieurs copie. Copier est un phénomène naturel, reprendre ce que l’on aime et imiter c’est la meilleure manière d’apprendre, et se former .

Dans un deuxième temps pourtant, la copie est modifiée, transformée, elle peut changer de contexte être adaptée, rester semblable ou devenir complètement méconnaissable.

Enfin dernière phase du processus: combiner les copies transformées: c’est cet assemblage qui créer l’oeuvre originale et lui donne l’identité, le style, la patte de son créateur.

En pratique ce n’est pas aussi simple et binaire, mais globalement le processus créatif me semble fonctionner comme ca. Bien sur vous me direz certains créateurs innovent et font quelque chose qui n’a jamais été fait avant.

C’est alors intéressant de voir comment des créateurs particulièrement inventifs comme Michel Gondry parlent de leur inspirations. Bien souvent à la base, il y a eu une influence, quelque chose qu’ils ont copié mais tellement transformé par la suite que l’inspiration d’origine est méconnaissable.

Au final, je trouve ces idées plutôt rafraichissantes car elles ouvrent plein de pistes pour la création, la créativité, l’innovation, les remix…

Evidemment cela va en conflit ouvert avec une vision étroite du droit d’auteur… Kirby montre d’ailleurs très a propos que si la plupart d’entre nous n’avons pas de problèmes et a prendre et réutiliser le travail des autres, il est en revanche bien plus dur  pour nous de voir notre travail réutilisé.

« La plupart d’entre nous n’ont pas de problème avec la copie (tant que c’est nous qui copions) »

Pourtant à l’origine le droit d’auteur avait pour but de donner un avantage aux inventeurs et créateurs pendant une durée limitée avant que la création ou l’invention revienne dans le domaine public pour être librement réutilisée.

Culture du remix et innovation ouverte

 

Pourtant si la copie et le remix ont toujours existés dans l’histoire de la création et de l’innovation, c’était jusqu’alors un épiphénomène, me semble t-il. Je ne suis pas historien et je me trompe peut être, mais il me semble que si dans le passé on copiait ponctuellement quand le besoin s’en faisait sentir, la culture du remix a ceci de différent qu’elle accepte et recherche activement la copie comme principe fondamental du processus créatif.

Qu’en pensez vous ?

 

Eteignez la TV, allumez Toc-Arts TV !

Je relance une chaine vidéo sur Toc-Arts, pour vous faire partager mes plus belles découvertes et j’espère vous inspirer dans vos créations.

J’explique ci dessous mes motivations et objectifs, mais si vous ne souhaitez pas lire, vous pouvez directement allumez Toc-Arts TV

Toc-Arts TV - vidéos pour les artistes

L’industrie s’appauvrit, mais les artistes s’enrichissent

Le but de Toc-arts c’est d’enrichir la scène artistique par la base. Un des aspects consistant à donner des astuces sur les outils web, l’autre à penser les nouveaux modèles économiques et les opportunités qui permettront aux artistes de vivre de leur art.

Un autre aspect important pour moi c’est aussi d’enrichir la scène culturelle en favorisant la découverte de nouveaux sons, images, vidéos.

Si Internet a cassé les modèles économiques de l’industrie culturelle, en revanche il a ouvert un nouveau monde d’opportunités pour s’enrichir artistiquement.

Avant si on était isolé dans un coin du monde on ne pouvait accéder qu’à ce qu’il y avait autour de soi.

Aujourd’hui que l’on soit au coeur de la silicon valley californienne, au fin fond de la campagne gersoise ou indienne, on peut accéder à une quantité infinie de contenus.

On peut accèder aux grandes oeuvres du passé et du présent en quelques clics, mais aussi à des cours, des astuces pour apprendre la musique, le dessin, …

Personnellement, grâce à Youtube, j’ai pu prendre des lecons de chant, de percussion ou de clarinette, et il ne se passe pas une semaine sans que je ne découvre une musique, un film ou une autre oeuvre fascinante.

La création s’appuie sur les influences

Tous les grands artistes qui ont existés ont été inspirés par leurs prédecesseurs. Certains débattront sur les limites entre plagiat et inspiration, moi je pense que nous sommes tous influencés par les autres, et que la copie et la réappropriation sont essentielles pour la création et globalement sont des choses positives.

L’histoire du Amen break, sample d’un break de batterie de quelques secondes qui a donné naissance ou influencé plusieurs genres de musiques est à ce propos assez instructive. (lire à ce propos: Le “piratage” favorise la créativite culturelle)

La diversité pour nourrir la créativité

Je pense aussi que la diversité est essentielle pour la créativité. Quand vous demandez à certains grands artistes comment ils en sont arrivés a produire telles oeuvres grandioses, bien souvent l’idée leur est venu de quelque chose de très different dans un autre domaine, mais qui les assez inspirés dans leur travail pour produire, après qu’il se soit réappropriés l’idée, quelque chose de nouveau et génial.

Ainsi une idée est bien souvent la juxtaposition et l’assemblage d’idées existantes sous une forme nouvelle. Souvent c’est une rencontre, une écoute, une découverte bouleversante qui a lancé une carrière.

Bref je pense que plus on est exposé à de belles et bonnes choses, plus on se nourrit culturellement, et plus on a de chance de produire soi-même de belles choses  (même si ce n’est pas garanti, et que parfois l’isolément peut être interessant pour partir dans une voie ou personne n’est allé).

C’est donc avec ces idées en tête que je relance Toc-Arts TV, projet lancé sous une autre forme il y quelques années et mis en pause pendant un moment.

Toc-Arts TV, tous les arts et pour tous les artistes

Dans Toc-Arts TV, vous retrouverez beaucoup de musique, que ce soit des concerts, des clips, ou parfois même juste une image statique si la musique le vaut, mais aussi des courts métrages, de la photos, du dessin, de la peinture, … Certains clips seront du travail de pro, d’autres du travail d’amateur.

Nous partirons dans les cultures européennes, africaines, juives, musulmanes, indiennes, sud américaines, etc … pour découvrir des arts traditionnels ou bien très contemporains et innovants.

La musique ira de la chanson francaise à l’electro en passant par du jazz, du rock, du funk, du reggae,des musiques du monde ou des fusions improbables …

J’ai hésité un moment à organiser par catégories, petits artistes découverts, vieux baroudeurs confirmés, musique, pas musique, … Au final, j’ai préféré tout mettre dans un fil unique et vous laissez l’option de zappez quand cela ne vous accroche pas.

Alors quand vous avez un peu de temps à perdre au bureau ou à la maison, venez zappez un peu sur Toc-Arts TV. La chaine contient déja plusieurs heures de vidéos, chacune avec ses spécificités (120 vidéos différentes représentant plus de 21h pour l’instant !).

Je vous recommande donc de ne vous faire quelques vidéos à la fois pour prendre le temps d’apprécier les différences.

Participez !

Je recois beaucoup de demandes de chroniques ou de promo d’artistes. Je réponds rarement par manque de temps et surtout car je me refuse à devenir chroniqueur (J’aime découvrir de la musique, mais chroniquer c’est un autre boulot!). En même temps j’aime bien filer un coup de main à un artiste de temps en temps quand j’ai un coup de coeur. Pour trouver un compromis, je propose de relayer les vidéos que je trouverai intéressantes.

Si vous souhaitez proposez une vidéo pour Toc-Arts TV, que ce soit la votre ou celle de quelqu’un d’autre:

  • envoyez un mail à lilious@toc-arts.org
  • mettez en intitulé « Vidéo pour Toc-Arts TV »
  • un lien vers la vidéo (obligatoirement Youtube) .
  • Point important: le son doit être correct. L’image peut être de qualité moyenne mais le son ne doit pas casser les oreilles, sinon la vidéo sera immédiatement rejetée.

Que je publie la vidéo ou pas, vous n’aurez pas probablement pas de réponse de ma part, mais je ferai l’effort de visionner ce que vous m’envoyez.

Eteignez la TV, allumez Toc-Arts TV !

En espérant que vous fassiez de belles découvertes !


Toc-Arts TV - vidéos pour les artistes

Musique, peinture, courts métrages,… votre source d’inspiration quotidienne.
 

 

 

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