Réflexion: Citer ses sources d’inspiration en tant qu’artiste

Alors que chez les scientifiques la citation des sources est encouragée (et même obligatoire), chez les artistes, il est inhabituel et parfois même risqué de citer ses sources d’inspiration. Dans une courte vidéo de 5 minutes, l’artiste-peintre Gwenn Seemel lance un débat très intéressant sur le sujet.

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Pourquoi il est temps de se préparer à quitter Facebook

Cela fait deux ans que je vois Facebook devenir de plus en plus comme Myspace et que j’entrevois son déclin. Aujourd’hui un nouvel argument me pousse à vous prévenir: préparez votre sortie !

De la fin de Myspace…

Quand j’ai commencé Toc-Arts sous sa forme blog en 2008, Myspace était au sommet de sa gloire. Bien que le site avait un design « discutable » et était d’un usage pas si aisé que ça, il avait réussi à attirer une communauté musicale très riche et c’était un élément essentiel pour tout musicien et programmeur, LE lieu ou tout le monde pouvait trouver et écouter un groupe.

Mais déjà à l’époque je critiquais ce service qui pour moi avait accumulé trop de mauvais choix et ne pourrait pas redresser la barre. Même si je ne l’ai jamais écrit et que je donnai des astuces pour son utilisation, alors indispensable, j’entrevoyais sa mort prochaine, j’informais sur ses défauts et essayai de trouver des alternatives à Myspace (Artistes 2.0: Pourquoi vous devez absolument NE PAS utiliser MySpace, Nouveau design de MySpace: le même fouillis en version 2.0, Alternatives à MySpace pour les musiciens: tousenlive.com). Aujourd’hui même si le site existe encore et ses pages sont toujours bien référencées, le « réseau social » affiche un encéphalogramme plat.

…A la fin de Facebook

Aujourd’hui Facebook est au sommet de sa gloire, plus d’un milliard d’utilisateurs actifs, des milliards de bénéfices, un incontournable… et pourtant depuis deux ans je vois les mêmes signes de déclin que Myspace avant son effondrement. Vous aurez peut être remarqué que Toc-Arts ne possède pas de page Facebook. C’est un choix délibéré.

Trop d’info, trop de pubs, trop de « bruit », la fuite des jeunes, l’arrivée des parents et la fuite des jeunes, la maturation du web et la concurrence d’une nouvelle génération de plateforme nées sur les mobiles, plus ergonomique, plus spécialisées, des effets psychologiques pervers, une lassitude, une culture de trahison des utilisateurs sur l’autel du profit qui est ancrée dans les gènes de l’entreprise depuis sa naissance,  … je vois de nombreuses raisons qui me font dire que Facebook va subir une mort à la Myspace.

J’aurai voulu écrire un article très construit et argumenté pour vous expliquer pourquoi je pense cela . Mais essayant de toujours bien documenter et rendre accessible mes articles, l’écriture d’un article moyen me prends généralement 4h, celui ci m’aurait pris au moins le double.

Pour rester simple je vais m’arrêter sur le point le plus important.

Faire sa promotion sur Facebook est de plus en plus compliqué

Aujourd’hui sur Facebook, il y a plus d’infos que jamais. Il y a plus de deux ans je vous avertissais de la mise en place du filtre edgerank qui masquait une partie des mises à jour de vos amis, et donc d’une partie de vos mises à jour auprès de vos amis.

Je vous expliquai que

Pour que vous ne soyez pas noyés par la quantité énorme de contenus publiés par vos contacts, Facebook utilise un système de filtrage qui décide quels sont les contenus que vous voyez s’afficher dans votre flux global d’actualités (le mur que vous voyez en vous connectant).

Ce filtre appelé Edgerank observe vos gouts, vos habitudes et détermine quels sont les contacts les plus importants pour vous et quels sont les contenus qui devraient apparaitre plus souvent que d’autres.

Conséquence lorsque vous publiez, en pratique vous n’êtes vraiment visible que pour les personnes qui sont particulièrement intéressées par vous. 

(…) Conséquence pour les artistes et les assos et tous ceux qui font de la promotion sur Facebook: la plupart des messages que vous postez ne ne sont pas vus par vos contacts.

Aujourd’hui vous avez du remarquer que vous ne voyez plus les mises à jours de certains de vos amis. Si vous gérez une page Facebook pour votre promotion vous avez du noter que le pourcentage de personnes qui ont vu vos mises à jour chute de plus en plus. En parallèle les boutons vous permettant de « promouvoir » vos mises à jour (= payer pour diffuser) sont de plus en visibles.

« Quand c’est gratuit, c’est vous le produit »

Facebook « c’est gratuit et ça le restera toujours ». C’est ce ce que l’on vous dit quand vous signez. Seulement, sachez aussi que sur Internet il y a un adage qui dit que « Quand c’est gratuit, c’est vous le produit ».

Comme la majorité des sites et services web, Facebook finance entièrement ses (énormes) coûts par la publicité. Facebook traque le moindre de vos faits et gestes, interactions, pages, images, vues, liens cliqués à la fois sur le réseau social, mais aussi sur tous les sites tiers utilisant un module Facebook que vous visitez.

Ceci pour pour dresser un profil et vous fournir de la publicité « ciblée » que vous êtes plus susceptible de cliquer. Or, depuis son entrée en bourse Facebook a accentué/accéléré sa stratégie de monétisation.

Depuis plus d’un an, les mises à jour postées par des propriétaires de pages ne touchaient plus que 15-20% des abonnés de ces pages. Si vous vouliez touchez les 80-85% restant de vos abonnés, il était conseillé de « promouvoir » (=payer de la publicité) vos mises à jour (Lire Facebook Wants You To Pay To Talk To Your Fans).

Je répète au cas où vous n’auriez pas compris: vous faites de la promotion pour votre page Facebook afin que vos fans s’abonnent, sans préavis Facebook décide que seul un cinquième de ces abonnés sur cinq pourra voir les mises à jour que vous postez sur votre page. C’est embêtant mais heureusement, en payant, tout s’arrange et si vous filez un pot de vin à Facebook, vous pouvez de nouveau être visible (temporairement) auprès de vos abonnés.

Fin de la récré

C’était pas terrible, ca ne s’arrange pas car les choses risquent bientôt d’empirer pour tous ceux qui font de la promotion sur Facebook.

Selon le site ValleyWag qui cite une source (anonyme) connaissant bien la stratégie marketing de Facebook, le réseau social serait en train de modifier son système ce qui aurait pour effet de ne permettre aux propriétaires de pages de ne toucher que 1-2% de leur abonnés (Lire Facebook is about to make everyone pay « Facebook va bientôt faire payer tout le monde »).

En pratique si vous avez 1000 abonnés, seuls 10 à 20 verront vos mises à jours !

Bien sur, encore une fois, vous pouvez payer… si vous en avez les moyens, car à chaque fois il vous faudra débourser quelque chose… Sinon ça reste gratuit, oui, mais sans garantie de visibilité…

Même si l’information est à prendre au conditionnel (ValleyWag est plus un magazine sur les personnalités et les ragots de la Silicon Valley, qu’un journal d’investigation) la menace est réelle.

Le site Musformation.com a pris la chose assez au sérieux pour annoncer que vous devriez arrêter des bâtir une communauté de fans sur Facebook (Why You Should Stop Trying To Build A Fanbase On Facebook).

mise a jour 14/04/14: d’autres rapports de baisse de visibilité confirment, le site Boom qui possède 155 000 fans annoncent des mises à jours 400 vues (soit moins de 1%) alors qu’a une époque il en avaient 60 000 avec moins de fans. voir http://www.booooooom.com/2014/02/25/end-facebook/

Sur Facebook, vous ne possédez pas vos contacts.

Tout cela nous ramène à l’importance du choix des outils et de votre (in)dépendance vis à vis d’eux.

Si pour une raison quelconque, Facebook décide de fermez votre page, vous perdez tout vos contacts.

Si comme beaucoup de groupes de musique vous utilisez un profil perso pour votre groupe (chose interdite par les règles d’utilisation de Facebook) Facebook est en droit de fermer ce profil et la aussi vous perdez tout (c’est ce qui était arrivé à Wax Taylor qui avait failli perdre ses 146 000 contacts).

Si vos fans décident de quitter Facebook et ne reviennent plus, la encore vous perdez les contacts.

Si Musformation vous conseille d’abandonner Facebook et d’utiliser des outils plus effectifs comme Twitter ou Youtube qui restent gratuits, ce la ne résous pas le problème : la encore, ce n’est pas vous qui possédez pas les contacts de vos fans mais la plateforme.

Reprenez votre indépendance

Bien sur les résseaux sociaux sont utiles, mais n’oubliez jamais leur limites. Si vous batissez une communauté de fans sur Facebook, il est à mon avis temps de focaliser sur votre site web et votre mailing list. C’est le seul moyen d’avoir une activité pérenne.

Il ne s’agit pas seulement de votre carrière à court terme. Si vous êtes bon dans ce que vous faites vous pouvez espérer tisser une relation avec vos fans pour une vie entière, une base de contacts qui grandira et sera de plus en plus utile au fur et à mesure du temps au lieu d’une campagne de pub qui vous oblige à payer chaque fois.

Il est aujourd’hui très facile de faire un site web gratuit ou pour un cout très faible avec WordPress. En fait WordPress.com à tout ce qu’il faut pour devenir le nouveau Myspace. Dans WordPress il est possible d’ajouter en quelque clics un module pour pouvoir ajouter un formulaire d’abonnement et proposer à vos fans de s’inscrire.

Mais contrairement à Facebook il est très facile de sortir de WordPress.com pour créer votre propre site utilisant le logiciel libre WordPress. Vous n’êtes donc pas pieds et poings liés.

Des outils comme MailChimp ou Bandcamp vous permettent aussi de collecter des mails et gerer une liste d’envoi (et d’exporter vos données).

Préparez vous à quitter Facebook

Alors oui Facebook est encore incontournable, mais préparez vous dès maintenant à des alternatives, commencez à reprendre votre indépendance, car sinon vous risquez de vous retrouver rapidement coincés.

Personnellement, je donne entre deux et 5 ans a Facebook avant qu’il ne commence à ressembler à Myspace. Rendez vous dans 5 ans pour voir où on en est 😉

 

Les vidéos crées par les fans et les mashups rapportent plus aux labels que les vidéos officielles

Selon le patron de la section digital de Universal Music, les contenus générés par les utilisateurs, qui incluent les vidéos produites par les fans et les mashups, rapportent souvent plus d’argent aux labels de musique que les vidéos produites officiellement.

Ceci est en parti du à l’amélioration de la monétisation des vidéos par Youtube et sa publicité, mais aussi et surtout au fait que les internautes sont de plus en plus créatifs et créent de plus en plus de contenus en ligne (et donc élargissent la visibilité des l’artiste et les recettes associées).

(Information rapporté par Hypebot: Fan Videos Make Labels More Money Than Official Music Videos, Says Universal Exec)

Ce genre d’annonce et le succès de Gangnam style (la aussi du en grande partie au contenus produits par les internautes) font que l’industrie de la musique va maintenant commencer à s’intéresser très sérieusement aux contenus générés par les fans.

Bref après quelque années de retard et après avoir pourchassé ses clients (« pirates ») qui remixaient leur artistes préférés, il y a peut être une chance qu’ils arrêtent de regarder les fans comme de simple consommateurs et réfléchissent à faciliter l’appropriation des oeuvres par ces co-créateurs et co-diffuseurs.

Il y a plusieurs années déja, je vous parlai de la créativité des fans et de l’importance de collaborer avec eux, je vous montrai des exemples comme Radiohead qui recrutait ses fans pour réaliser son prochain vidéo (2008), des fans qui réalisaient des clips vidéos pour leur groupe préféré (2009), ou un clip mashup de Radiohead réalisé par un fan à partir de 36 vidéos Youtube (2011).

Je vous parlai de cette nouvelle tendance très importante qui étaient en train d’arriver: les remix et mashup de vidéos musicales (2011).

Bien sur, tous les contenus générés par les utilisateurs (UGC) ne sont pas toujours très créatifs et, comme le pointe un commentateur de hypebot, « contenus générés par les utilisateurs » signifie parfois simplement un visuel servant de support à un album complet mis en ligne.

Mais même dans ce cas il ne faut pas oublier aussi l’importance des fans qui en publiant et diffusant spontanément les œuvres sur de multiples canaux et supports, deviennent des diffuseurs et prescripteurs bénévoles qui étendent la surface de diffusion au delà de ce que l’artiste et les professionnels autour de lui auraient pu faire.

C’est ce que j’entrevoyais quand je vous disais que ces diffuseur 2.0 seraient l’avenir des l’artistes (2008).

Alors content de voir que l’industrie commence a comprendre l’intéret de travailler avec les fans, mais je crois qu’elle a encore un train de retard.

Cela m’a donné envie de vous proposer une réflexion sur les tendances emergentes que j’entrevoit aujourd’hui et dans un prochain article je me risquerai à lancer quelques prédictions.

 

Inspiration: Un court métrage en light painting

Nouvelle forme de création développée (apparue?) avec les appareils photos numériques, le light-painting consiste à prendre une photo avec une exposition de plusieurs seconde et utiliser une source lumineuse pour dessiner. Pour votre dose d’inspiration du jour, un magnifique (très) court métrage en light painting réalisé par Darren Pearson qui a mis un an de travail minutieux pour le réaliser. Un nouvel exemple des possibilités infinies de la technologie associée à la créativité humaine.

Découvert via le Daily Geek Show qui raconte l’histoire de cette création particulièrement originale. Je vous conseille par ailleurs d’explorer le site qui regorge de photos et de vidéos de création artistiques particulièrement novatrices.

Réflexions pour les artistes: comprendre le mouvement des makers et la fabrication numérique:

 Le mouvement des makers, mélange de bricolage dans son garage et de partage à grande échelle via Internet, est une  tendance qui commence à exploser. Voici une vidéo pour vous aider à comprendre ce qui se passe et ouvrir une réflexion sur les applications pour les artisans et artistes.

Dans cette vidéo, Stéphanie Bacquere présente un tour d’horizon très à jour du mouvement des makers (« faiseurs », personnes qui font). Issus de la mouvance DIY (Do-it-yourself= faire soi même, bricolage) et « DIWO » (do-it-with-others= faire avec les autres), la culture des makers c’est la version numérique de la traditionnelle culture du bricolage entre copains où on partage astuces, outils, pratiques…

Comme c’est numérique, au lieu de se passer juste autour d’un garage et des quartiers ou villages voisins, cela se passe de suite à une échelle planétaire.

Derrière le mouvement des makers il y a les pratiques de la culture libre: licence libres, et une culture du partage où chacun apprends des autres et bénéficie des créations de l’ensemble de la planète, mais aussi des nouvelles technologies qui se démocratisent.

De la même façon que le logiciel libre a permis l’évolution technologique incroyable que nous connaissons aujourd’hui, l’open-hardware, des machines ou des objets dont les plans et la documentation sont conçus pour être partagés et librement accessibles vont bientôt révolutionner la fabrication.

Pour les artistes cela ouvrent de nouveaux outils et de nouvelles possibilités de création. Stéphanie Bacquere voit ainsi le mouvement des makers et la fabrication numérique comme un renouveau de l’artisanat sous sa forme numérique.

Même si la présentation est plus centrée économie que création artistique, elle reste très intéressante, prenez le temps d’y jeter y un oeil.

Pour les artistes les applications sont nombreuses, fabrication de nouveaux outils pour de nouvelles créations.

Par exemple je vois de plus en plus de musiciens bricoler leur pédales et l’on voit l’apparition de kits permettant de créer de nouveaux instruments.

Qu’est ce que cela vous inspire ?

Modèles économiques pour les artistes: quels modèles pour la culture libre ?

Comment est il possible de financer la création culturelle tout en autorisant le partage ? Lionel Maurel (aka Calimaq), juriste, bibliothécaire et spécialiste du droit d’auteur et des biens communs étudie depuis longtemps les modèles ouverts. Dans cet article il revient sur son travail en cours de documentation des modèles économiques des projets sous licences libres. Point intéressant il s’attache a essayer d’identifier les particularités liées à chaque domaine (musique, cinéma, photos, livre, …) ou les problématiques sont différentes et les modèles ne peuvent pas être exactement les mêmes.

Cet article initialement a été publié le par sous Licence Creative Commons Attribution – Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 non transposé

7 modèles économiques pour l’Open dans l’Art et la Culture

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Des modèles économiques ouverts dans l’art, pari impossible ?

Je me souviens clairement d’une discussion que j’ai eue avec un producteur de films qui soutenait que les licences libres ne pouvaient réellement fonctionner que dans le domaine des logiciels et des encyclopédies en ligne. En dehors des logiciels libres et de Wikipédia, la création culturelle, qu’il s’agisse de livres, de films, de musique ou de jeux vidéo, présentait  selon lui de trop fortes spécificités pour autoriser la mise en place de modèles économiques viables, capables d’assurer une diffusion de l’oeuvre au public et de rémunérer les créateurs.

C’est sans doute en partie à cause de cette conversation que j’ai accepté de me joindre au projet Open Experience, initié par Louis-David Benyayer dans le cadre de Without Model en partenariat avec Mutinerie à Paris. L’idée consiste à organiser des soirées thématiques pour réfléchir collectivement sur la question des modèles économiques de l’Open, dans différents secteurs (Logiciel, Science, Manufacturing, Data, etc). La première soirée aura lieu le 21 janvier prochain et sera consacrée à l’Art et à la Culture.

Une cartographie et 7 modèles économiques

Cet événement est pour moi l’occasion d’essayer de dresser une cartographie détaillée des différents modèles économiques repérables dans les multiples champs de la création : films/vidéo, musique, livres, photographie, jeux vidéo, télévision, presse. Sous le terme d’ »Open », je me suis concentré sur des projets qui placent les créations sous des licences libres ou des licences de libre diffusion, notamment les licences Creative Commons qui sont les plus répandues.

Ce panorama est le résultat de la veille que je conduis en matière d’usage des licences ouvertes depuis plusieurs années :

Create your own mind maps at MindMeister

A la lumière de cette cartographie, on peut constater que de nombreux expériences ouvertes existent en matière de création culturelle, bien au-delà des seuls domaines du logiciel libre et des encyclopédies, avec toute une palette de modèles économiques.

Chaque champ de la création (musique, cinéma, édition, jeux vidéos, etc) possède ses propres spécificités, mais on peut repérer quelques modèles récurrents :

  • Le recours au crowdfunding (financement participatif), qui permet aux créateurs de faire financer leur projet en amont de leur réalisation directement par le public, en contrepartie de quoi ils s’engagent à libérer leurs oeuvres sous licence ouverte. Cette formule passe par l’intermédiaire de plateformes comme Kickstarter aux États-Unis, Ulule ou KissKissBankBank en France.
  • Le recours au crowdsourcing dans lequel le public est invité cette fois à produire des contributions au niveau du contenu, généralement rassemblées sur une plateforme ou un site (Exemple : Flickr pour la photographie).
  • Des modèles de désintermédiation qui permettent de raccourcir la chaîne de diffusion des oeuvres afin que les créateurs puissent entrer en relation directe avec leur public, sans passer par les intermédiaires classiques de la création (éditeurs, producteurs, diffuseurs, etc). (Exemple : Bandcamp pour la musique).
  • Des modèles de double diffusion dans lesquels les versions numériques des oeuvres sont offertes gratuitement sous licences libres, tandis que des supports physiques continuent à être commercialisés (Exemple : l’auteur de romans Cory Doctorow).
  • Différentes formules de « Freemium » dans lesquels l’oeuvre « brute » est mise en partage gratuitement par le biais d’une licence ouverte, tandis que des versions enrichies ou des services liées à l’oeuvre sont proposés contre rémunération (Exemple : le modèle économique hybride du film Le Cosmonaute).
  • Des modèles jouant sur la réservation de l’usage commercial. Ici, on s’écarte de l’approche du « libre », puisque les licences autorisent la circulation des oeuvres, mais pas leur usage commercial et c’est la monétisation auprès d’acteurs économiques qui assure un modèle économique, tandis que les particuliers sont autorisés à partager l’oeuvre (Exemple : le photographe Trey Ratcliffe).
  • Différents modèles de dons, soit directement effectués par le public au profit des créateurs, soit versés à une structure comme une association ou une fondation, sans but lucratif, organisant la création des contenus (Exemple : la plateforme Humble Bundle pour le jeu vidéo).

 

La carte heuristique ci-dessus contient de nombreux exemples concrets, avec des liens pour explorer les diverses branches.

Elle vous est proposée en mode wiki afin que vous puissiez y contribuer d’ici au 21 janvier. N’hésitez pas à suggérer d’autres exemples et à participer à l’élaboration de ce panorama !

Les limites de l’open dans l’art et la culture

Au-delà de ce travail de repérage et de classification, un des aspects qui m’a aussi intéressé consiste à repérer les limites ou les blocages rencontrés par la démarche de l’Open en matière de création culturelle. Et là aussi, on se rend compte que ces limites varient grandement selon les secteurs de la création.

Dans la musique par exemple, il pourra s’agir de la difficulté à s’articuler avec les systèmes de gestion collective des droits, qui sont très importants pour les créateurs du secteur. Pour le cinéma, les blocages tiennent plutôt au fait qu’il est difficiles pour les créations sous licence ouverte de bénéficier des aides à la création, essentielles dans ce secteur et d’entrer dans les circuits de distribution classique, notamment la diffusion en salles. Pour le livre, c’est plutôt l’absence de plateformes centralisées permettant aux auteurs de gagner en visibilité qui fait défaut (il n’existe pas encore de Bandcamp du livre, par exemple). D’autres secteurs, comme la presse ou la photographie se heurtent à des difficultés de monétisation qui affectent de manière générale ces filières sur Internet et qui frappent aussi bien les projets classiques que les projets libres.

Plus largement, on peut repérer que les projets « ouverts » commencent à rencontrer la concurrence de démarches initiées par les filières classiques des industries culturelles, articulant le gratuit et le payant. Or tous les modèles économiques de l’Open reposent en dernière analyse sur des déclinaisons du modèle du Freemium : offrir certaines choses gratuitement pour en monétiser d’autres. Mais aujourd’hui, cette « tactique hybride » se retrouve, parfois à très large échelle, mise en oeuvre par la culture « propriétaire ». Par exemple, des sites de streaming musicaux comme Deezer ou Spotify misent largement sur une forme « d’ouverture », qui ne se traduit pas par l’usage de licences libres, mais permettent un usage gratuit très large de contenus. Dans le domaine du jeu vidéo, l’explosion du modèle des Free-to-play repose lui aussi sur une forme d’ouverture, sans pour autant que des jeux très populaires comme League of Legends ou World of Tanks soient en Open Source.

Quelque part, cela montre qu’il existe de l’Open au-delà de l’Open au sens juridique du terme : le chanteur coréen Psy par exemple a crowdsourcé le pas de danse du Gangnam Style et il a volontairement laissé circuler le clip de sa chanson sur YouTube pour la faire gagner en popularité et monétiser cette circulation par le biais de la publicité. Il y a bien ici une forme d’ouverture, alors que l’on reste dans un système classique de « Copyright : tous droits réservés ».

L’Open dans le secteur culturel subit donc aujourd’hui une forme de « concurrence » par l’évolution des industries culturelles, qui s’adaptent peu à peu à l’environnement numérique en récupérant sa logique. Sans doute pour trouver un second souffle, l’Open en matière d’art et de culture doit-il aujourd’hui miser sur l’adhésion à des valeurs et notamment le fait de pouvoir tisser grâce à l’ouverture juridique des relations privilégier entre les créateurs et le public ?

C’est ce type de questions que nous voulons creuser avec vous à l’occasion de la soirée du 21 janvier. Au-delà de la présentation de cette cartographie, nous organiserons une table-ronde avec l’auteur de nouvelles Neil Jomunsi, porteur du projet Bradbury et Camille Domange du Ministère de la Culture. Without Model proposera également des ateliers collaboratifs pour inventer des modèles économiques autour de créations ouvertes.

Et il y aura également une surprise, très particulière, autour d’un invité de marque… Je ne vous en dis pas plus que ce tweet !

[tweet https://twitter.com/WithoutModel/status/421357467881058304]

Illustration de couverture : TipJar par Brij

 

A propos de l’auteur:

Lionel Maurel, Juriste & bibliothécaire lionel

Par thesupermath. CC-BY-SA. Source : Wikimedia Commons, remix by Guénaël Boutouillet)

  • Décrypte et analyse les transformations du droit à l’heure du numérique : #PropriétéIntellectuelle #Droitd’Auteur#Droitdel’Internet #Droitdel’Information, #DroitdelaCulture#CultureLibre #LicencesLibres #LibertésNumériques #EditionNumérique
  • Traque et essaie de faire sauter (y compris chez lui) le DRM mental qui empêche de penser le droit autrement
  • Engagé pour la défense et la promotion des biens communs, de la culture libre et du domaine public
  • Veut rendre à l’intelligence collective tout ce qu’elle lui donne, notamment ici :twitter.com/Calimaq /http://fr-fr.facebook.com/Calimaq
  • Co-fondateur du collectif SavoirsCom1, politique des biens communs de la connaissance
  • Administrateur de La Quadrature du Net, organisation de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet
  • A eu le grand honneur de tenir une chronique hebdomadaire sur le site d’information OWNI, durant l’année 2012
  • Conservateur des bibliothèques, en poste à la Bibliothèque d’Histoire Internationale Contemporaine (BDIC) – Université Paris X Nanterre : http://www.bdic.fr/

Le Bibliothécaire. Par Arcimboldo. Domaine public.

Le Bibliothécaire. Par Arcimboldo. Domaine public.

Je suis également formateur sur les questions juridiques et numériques, pour divers organismes de formation professionnelles (ENSSIB, Mediadix, CNFPT,  etc). Voyez mes supports de formation sur Slideshare.

http://scinfolex.com

Nouvelles interfaces: Faire de la musique avec des gouttes d’eau ou des bananes

Avec les progrès de la technologie, de nouvelles choses sont possibles et une idée un peu folle peut devenir un nouvel instrument créatif. Illustration avec cette machine qui utilise des gouttes d’eau pour générer de la musique ou ces systèmes électroniques qui se branche sur des objets et permet de piloter un instrument virtuel.

 

 

Si les bricoleurs et créateurs n’ont pas attendu l’existence d’Internet pour inventer nouvelles interfaces, le partage et le remix à grande échelle démultiplient les possibilités.

Mieux, la tendance de l’open hardware (matériel libre) qui consiste à créer des machines où objets dont la documentation est partagée et réutilisable (comme pour le logiciel libre) va transformer la création et promet une futur incroyablement riche.

Même si un instrument de musique « organique » et non électronique reste mon favori, je guette avec intérêt l’apparition de nouveaux instruments combinant des sons électroniques avec des interfaces nouvelles qui permettent une nouvelle façon de jouer et de créer.

Que se passerait il si on ajoutait dans une guitare un accéléromètre comme ceux des smartphones pour piloter des effets de wha wha en bougeant son instrument au lieu d’utiliser une pédale au pied ?

Si vous avez des exemples d’interface musicales particulièrement innovantes, laissez un commentaire avec le lien et je les ajouterai 😉

Donner sa musique reste le meilleur moyen de la vendre

La plateforme de marketing musical Topspin vient de livrer des données sur ce ce que rapporte un fan en moyenne à un groupe. Cela semble confirmer que la mailing list reste un bon moyen de vendre sa musique et au dela, que donner sa musique reste le meilleur moyen de pouvoir la vendre.

 

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Pourquoi les métiers de la culture survivent ils, tandis que les boulots à la con prospèrent ?

Pourquoi n’y a t’il pas d’argent pour financer les métiers de la culture, mais qu’il y en a pour tout un tas de métiers qui ne produisent rien et sont socialement inutiles ? Dans un article court et percutant, David Graeber, anthropologue hors norme et inspirateur du mouvement Occupy, pose des questions qui grattent où ça fait mal.

Avez-vous l’impression que votre métiers ne sert à rien et que le monde pourrait se passer de votre travail? Ressentez-vous la profonde inutilité des tâches que vous accomplissez quotidiennement? Avez-vous déjà pensé que vous seriez plus utile dans un hôpital, une salle de classe, un commerce ou une cuisine que dans un open space situé dans un quartier de bureaux?

Si vous avez répondu oui à plusieurs de ces questions, vous avez probablement ce que David Graeber appelle un « métier à la con ». Dans un article sorti cet été intitulé On the phenomenon of Bull Shits Job, il lance un gros pavé dans la mare.

Je vous propose ici une traduction de l’article de David Graeber publiée par LaGrotteDuBarbu (merci pour la traduction !)

Note: j’ai remplacé « emplois foireux », traduction dont le traducteur lui même n’était pas satisfait, par « boulots à la con », employé par d’autres et à mon avis plus proche du sens originel. J’ai aussi corrigé ici et la quelques mots quand le sens ne me semblait pas clair et souligné en gras des passages qui me semblaient importants.

 

Illustration par John Riordan

Illustration par John Riordan

 

Traduction publiée par LaGrotteDuBarbu sous Licence BeerWare et corrigée par Toc-Arts(En gros et en résumé vous pouvez faire ce que vous voulez avec le contenu (le copier, le diffuser, le traduire, le revendre, le donner à manger à votre chat, l’améliorer, le modifier) … un jour si vous rencontrez l’auteur et que vous trouvez que ça le mérite, vous lui payez une bière.

 

A propos des Boulots à la con, (Bullshit Jobs) par David Graeber

 

Dans les années 30, John Maynard Keynes avait prédit que, à la fin du siècle, les technologies seraient suffisamment avancées pour que des pays comme le Royaume Uni ou les Etats Unis envisagent des temps de travail de 15 heures par semaine.

Il y a toutes les raisons de penser qu’il avait raison. Et pourtant cela n’est pas arrivé. Au lieu de cela, la technologie a été manipulée pour trouver des moyens de nous faire travailler plus. Pour y arriver, des emplois ont du être créés et qui sont par définition, inutiles.

Des troupes entières de gens, en Europe et en Amérique du Nord particulièrement, passent leur vie professionnelle à effectuer des tâches qu’ils savent sans réelle utilité. Les nuisances morales et spirituelles qui accompagnent cette situation sont profondes. C’est une cicatrice qui balafre notre âme collective. Et pourtant personne n’en parle.

Pourquoi donc, l’utopie promise par Keynes – et qui était encore attendue dans les années 60 – ne s’est jamais matérialisée?

La réponse classique aujourd’hui est qu’il n’a pas su prédire la croissance massive du consumérisme. Entre moins d’heures passées à travailler et plus de jouets et de plaisirs, nous avons collectivement choisi le dernier.

Cela nous présente une jolie fable morale, mais même un moment de réflexion nous montre que cela n’est pas vrai. Oui, nous avons été les témoins de la création d’une grande variété d’emplois et d’industries depuis les années 20, mais peu ont un rapport avec la production et distribution de sushi, iPhones ou baskets à la mode.

Quels sont donc ces nouveaux emplois précisément? Un rapport récent comparant l’emploi aux Etats Unis entre 1910 et 2000 nous en donne une bonne image (et je note au passage qu’il en est de même pour le Royaume Uni). Au cours du siècle dernier, le nombre de travailleurs, employés dans l’industrie ou l’agriculture a considérablement diminué.

Au même moment, les emplois de “professionnels, employés de bureau, managers, vendeurs et employés de l’industrie de service” ont triplés, passant “de un quart à trois quart des employés totaux”. En d’autres mots, les métiers productifs, comme prédit, ont pus être largement automatisés (même si vous comptez les employés de l’industrie en Inde et Chine, ce type de travailleurs ne représente pas un pourcentage aussi large qu’avant)

Mais plutôt que de permettre une réduction massive des heures de travail pour libérer la population mondiale et leur permettre de poursuivre leurs projets, plaisirs, visions et idées, nous avons pu observer le gonflement, non seulement des industries de “service”, mais aussi du secteur administratif, jusqu’à la création de nouvelles industries comme les services financiers, le télémarketing, ou la poussée sans précédent de secteurs comme les avocats d’affaire, des administrations, ressources humaines ou encore les relations publique.

Et ces chiffres ne prennent pas en compte tous ceux qui assurent un soutien administratif, technique ou sécuritaire à toutes ces industries, voir toutes les autres industries annexes rattachées à celles-ci (les laveurs de chiens, livreurs de pizza ouvert toute la nuit) qui n’existent que parce que tout le monde passe son temps à travailler ailleurs.

C’est ce que je vous propose d’appeler des “boulots à la con”

C’est comme si quelqu’un inventait des emplois sans intérêt, juste pour nous tenir tous occupés.

Et c’est ici que réside tout le mystère. Dans un système capitaliste, c’est précisément ce qui n’est pas censé arriver. Dans les inefficaces anciens états socialistes, comme l’URSS, où l’emploi était considéré comme un droit et un devoir sacré, le système fabriquait autant d’emplois qu’il était nécessaire (c’est l’une des raisons pour lesquelles il fallait trois personnes pour vous servir un morceau de viande dans les supermarchés ).

Mais, bien sûr, c’est le genre de problème que le marché compétitif est censé régler. Selon les théories économiques, en tout cas, la dernière chose qu’une entreprise cherchant le profit va faire est de balancer de l’argent à des employés qu’ils n’auraient pas besoin de payer. Pourtant, d’une certaine manière, c’est ce qui se passe.

Alors que les entreprises s’engagent dans des campagnes de licenciement, celles ci touchent principalement la classe des gens qui font, bougent, réparent ou maintiennent les choses alors que par une alchimie bizarre que personne ne peut expliquer, le nombre de salariés remuant de la paperasse semble gonfler, et de plus en plus d’employés se retrouvent, d’une façon pas très différente de celle des travailleurs de l’ex URSS, travaillant 40 ou 50 heures par semaine, mais travaillant de façon réellement efficace 15 heures comme Keynes l’avait prédit, passant le reste de leur temps à organiser ou à aller à des séminaires de motivation, à mettre à jour leur profil Facebook ou à télécharger des séries télévisées.

La réponse n’est clairement pas économique: elle est morale et politique. La classe dirigeante a découvert qu’une population heureuse et productive avec du temps libre est un danger mortel (pensez à ce qui c’est passé lorsque cette prophétie à commencé à se réaliser dans les années 60). Et, d’un autre côté, le sentiment que le travail est une valeur morale en elle même et que quiconque ne se soumettant pas à une forme intense de travail pendant son temps de veille ne mérite rien est particulièrement pratique pour eux.

Une fois, en contemplant la croissance apparemment sans fin des responsabilités administratives dans les départements académiques, j’en suis arrivé à une vision possible de l’enfer. L’enfer est un ensemble de gens qui passent la majorité de leur temps sur une tâche qu’ils n’aiment pas et dans laquelle ils ne sont pas spécialement bons.

Disons qu’ils ont été engagés car ils sont de très bons menuisiers, et qu’ils découvrent qu’ils doivent passer une grande partie de leur temps à cuire du poisson. Dans l’absolu, la tâche n’a rien de nécessaire ou d’utile mais, au moins la quantité de poissons à faire cuire est limitée.

Et pourtant d’une manière ou d’une autre, ils deviennent si obnubilés et plein de ressentiment à l’idée que certains de leurs collègues pourrait passer plus de temps qu’eux à faire de la menuiserie et ne pas assumer leur juste part de la cuisson de poisson que, très vite, des piles entières de poissons inutiles et mal cuits envahiront l’atelier, et cuire des poissons sera devenu l’activité principale de tout le monde.

Je pense que c’est une description plutôt précise de la dynamique morale de notre économie.

Maintenant, je réalise qu’un tel argument va inévitablement générer des objections:

“qui êtes vous, pour définir quels emplois sont réellement nécessaires? Et c’est quoi votre définition d’utile? Vous êtes un professeur d’anthropologie, qui a ‘besoin’ de ça?” (et il est vrai que beaucoup de lecteurs de tabloids [NDT – équivalent anglais des magazines people et à scandale] pourraient envisager mon travail comme l’exemple même de l’inutilité) Et dans une certaine mesure, c’est évidemment juste. Il n’y a pas de mesure objective de la valeur sociale du travail.

Je ne voudrais pas dire à quelqu’un qui est convaincu d’apporter une contribution réelle à l’humanité et au monde qu’en fait ce n’est pas le cas. Mais qu’en est-il des gens qui sont convaincus que leur travail n’a pas de sens?

Il y a peu j’ai repris contact avec un ami d’enfance que je n’avais pas vu depuis l’âge de 12 ans. J’ai été étonné d’apprendre, que dans l’intervalle, il était d’abord devenu un poète, puis le chanteur d’un groupe de rock indépendant.

J’avais entendu certaines de ses chansons à la radio, sans savoir que c’était quelqu’un que je connaissais. Il était clairement brillant, innovant, et son travail avait sans aucun doute illuminé et amélioré la vie de gens au travers du monde.

Pourtant, après quelques albums sans succès, il perdit son contrat, et plombé de dettes et devant s’occuper d’un jeune enfant, finit comme il le dit lui même “à prendre le choix par défaut de beaucoup de gens sans direction: la fac de droit”.

Il est aujourd’hui un avocat d’affaires travaillant pour une éminente firme new-yorkaise. Il était le premier à admettre que son travail n’avait aucun sens, ne contribuait en rien au monde, et de son propre point de vue, ne devrait pas réellement exister.

Cela devrait nous faire poser beaucoup de questions, à commencer par, qu’est ce que cela nous dit sur notre société qui semble générer une demande extrêmement limitée en musiciens poètes talentueux, mais génére une demande apparemment infinie en avocats spécialiste du droit des affaires?

(Réponse: si 1% de la population contrôle la plupart des richesses disponibles, ce que nous appelons le “marché” reflète ce qu’ils pensent être utile ou important, et pas ce que les autres pensent).

Mais encore plus, cela montre que la plupart des gens dans ces emplois en sont conscients au final. En fait, je ne pense pas avoir rencontré un avocat d’affaire qui ne pense pas que son emploi soit merdique. Il en est de même pour toutes les nouvelles industries citées plus haut.

Il existe une classe entière de professionnels qui, si vous deviez les rencontrer dans une soirée, reconnaissant que vous faites quelque chose d’intéressant (un anthropologue, par exemple), feraient tout pour éviter de discuter leur propre travail. Après quelques verres, ils risqueraient même peut être même à se lancer dans des tirades expliquant à quel point leur travail est stupide et sans intérêt.

Il y a une violence psychologique profonde ici.

Comment peut on commencer à discuter de dignité au travail, quand on estime que son travail ne devrait même pas exister? Comment cette situation peut-elle ne pas créer un sentiment profond de rage et de ressentiment?

Pourtant et c’est tout le génie de cette société, dont les dirigeants ont trouvé un moyen, comme dans le cas des cuiseurs de poisson, de s’assurer que la rage est directement dirigée précisément vers ceux qui font un travail qui a du sens. Par exemple, dans notre société, il semble y avoir une règle, qui dicte que plus le travail bénéficie aux autres, moins il sera payé pour ce travail.

Encore une fois, une mesure objective est difficile à trouver, mais un moyen simple de se faire une idée est de se demander:

Qu’arriverait-il si cette classe entière de travailleurs disparaissait? Dites ce que vous voulez à propos des infirmières, éboueurs ou mécaniciens, mais si ils venaient à disparaître dans un nuage de fumée, les conséquences seraient immédiates et catastrophiques.

Un monde sans profs ou dockers serait bien vite en difficulté, et même un monde sans auteur de science-fiction ou musicien de ska serait clairement un monde moins intéressant.

Il reste à prouver que le monde souffrirait de la disparition des directeurs généraux d’entreprises, lobbyistes, chercheurs en relation presse, télémarketeurs, huissiers de justice ou consultant légaux (Beaucoup soupçonnent que la vie s’améliorerait notablement). Pourtant à part une poignées d’exceptions (les médecins), la règle semble valide.

De façon encore plus perverse, il semble exister un consensus sur le fait que c’est comme cela que les choses devraient se passer. C’est un des points forts secrets du populisme de droite. Vous pouvez le voir quand les tabloids s’en prennent aux cheminots, qui paralysent le métro londonien durant des négociations: le fait que ces travailleurs peuvent paralyser le métro montre que leur travail est nécessaire, mais cela semble être précisément ce qui embête les gens.

C’est encore plus clair aux Etats Unis, où les Républicains ont réussi à mobiliser les gens contre les professeurs d’école ou les travailleurs de l’industrie automobile (et non contre les administrateur des écoles ou les responsables de l’industrie automobile qui étaient la source du problème) pour leurs payes et avantages mirifiques.

C’est un peu comme si ils disaient “mais vous pouvez apprendre aux enfants! ou fabriquer des voitures! c’est vous qui avez les vrais emplois! et en plus de ça vous avez le toupet de demander une retraite et la sécu?”

Si quelqu’un avait conçu un plan pour maintenir la puissance du capital financier aux manettes, il est difficile de voir comment ils auraient pu faire mieux. Les emplois réels, productifs sont sans arrêt écrasés et exploités.

Le reste sont divisé entre la strate des sans-emplois, universellement vilipendés, et une strate plus large de gens qui sont payés à ne rien faire, dans une position qui leur permet de s’identifier aux perspectives et sensibilités de la classe dirigeante (managers, administrateurs, etc.) et particulièrement ses avatars financiers, mais en même temps produit un ressentiment envers quiconque a un travail avec une valeur sociale claire et indéniable.

Clairement, ce système n’a pas été consciemment conçu, mais a émergé d’un siècle de tentatives et d’échecs. Mais ceci est la seule explication sur le fait que, malgré nos capacités technologiques, nous ne travaillons pas 3 à 4 heures par jour.

L’article original est disponible ici: On the Phenomenon of Bullshit Jobs
David Graeber est un professeur d’anthropologie à la London School of Economics.
Son plus récent livre The Democracy Project: A History, a Crisis, a Movement est publié par Spiegel & Grau

Traduction publiée par LaGrotteDuBarbu sous Licence BeerWare et corrigée par Toc-Arts(En gros et en résumé vous pouvez faire ce que vous voulez avec le contenu (le copier, le diffuser, le traduire, le revendre, le donner à manger à votre chat, l’améliorer, le modifier) … un jour si vous rencontrez l’auteur et que vous trouvez que ça le mérite, vous lui payez une bière.

Le mot de la fin

Pensez vous avoir un boulot à la con ? Pourquoi est ce que les métiers de la culture sont en permanence obligé de se battre pour survivre tandis que les métiers à la con, qui ne produisent rien et sont socialement inutiles (et parfois même destructifs) sont recompensés et prospèrent ?

Mon interprétation est que l’architecture du système monétaire actuel a un grande rôle dans la construction de ce système et que de nouveaux modèles sont nécessaires pour changer cela.

Première piste: le revenu de base comme modèle économique pour soutenir la culture et la création artistique

Autre piste: les monnaies complémentaires pour passer d’une « monoculture de l’argent » structurellement instable et injuste à un « écosystème monétaire » diversifié et résilient.

A suivre dans un prochain article…. si ce n’est pas fait abonnez vous !

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