Charly & Sa Drôle de Dame, le musicien DIY qui sort des sentiers battus.

Retour sur le parcours de Charly & Sa Drôle de Dame, musicien DIY qui trace sa voie hors des sentiers battus. Je vous avais déja parlé de Charly et de ses concerts à la maison. Suite à son dernier clip, qui en musique revient sur sa démarche non conventionnelle, je voulais revenir sur son parcours. Coup de chance, Numérama a déjà fait un bon travail, que je republie ici:

 

 

Article initialement publié par Numérama  sous licence Creative Common by-nc-nd 2.0, écrit par Guillaume Champeau pour Numerama.com

Charly & Sa Drôle De Dame : Artiste ? Mieux, artisan

Il confectionne lui-même, à la main, les pochettes des différents volumes de son album qui, ensemble, forment un sémaphore. Il ne se produit jamais dans les bars mais directement chez ses fans qui veulent bien l’accueillir. Charly & Sa Drôle de Dame, qui a décidé de se passer de maisons de disques, a choisi d’assumer son statut d’artisan. Et de le défendre avec fierté, et talent.

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Il s’appelle Charly, et il ne se sépare jamais de sa « drôle de dame », une guitare née à Boston en 1890. Charly & Sa Drôle de Dame sort aujourd’hui le troisième volume de son album L’ART-IF-ICE, qui est au moins autant un projet musical qu’une déclaration d’indépendance à l’égard des maisons de disques, y compris des labels indépendants.

« Faire de la musique son métier est un réel choix de vie. C’est accepter d’être sur le fil constamment et de parfois tomber. Et la meilleure façon de ne pas trop tomber, c’est de trouver son propre équilibre, son propre modèle« , explique-t-il à Numerama. « La maison de disques aura forcément plus de facilité sur de nombreux domaines (communication, promo, réseaux, attaché de presses, radios, etc…) par rapport à l’artiste indé. C’est pour ça que ça me parait toujours aberrant de voir des indés bosser leurs projets comme des majors… ça ne sert à rien de se caler sur leurs stratégies« .

Alors, au moment où les producteurs luttent pour continuer à exister dans une nouvelle ère où il devient impossible de vivre de la seule musique enregistrée, Charly a fait le pari du Do It Yourself (DIY), de l’artisanat au plus proche de son public, de ses clients. Il fait tout lui-même, de l’interprétation au mixage, en passant par la promotion de son album ou la réalisation du coffret. « L’avantage de l’artiste DIY, c’est justement la polyvalence, la flexibilité. Ce n’est pas plus facile mais différent. On communique autrement, on rencontre différemment. Notre communication fait partie de notre création. C’est un peu comme les hypermarchés et les maraîchers« .

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« Cassons les codes ! »

Pour redonner du sens artisanal à l’objet dans un monde où la musique est dématérialisée, les trois pochettes de L’ART-IF-ICE, finement confectionnées à la main, peuvent être réunies pour former un sémaphore. Ceux qui souhaitent l’acheter devront payer 30 euros. Les autres peuvent se contenter de payer ce qu’ils veulent pour télécharger les chansons, même zéro euro.

« Je préfère que les gens se procurent mes chansons gratuitement que pas du tout. Et puis il y a cette idée de participation active qui me plait. Le fait de choisir son prix est plus engageant que de se contenter de mettre un produit étiqueté dans un caddie« , explique Charly.

Plus radical encore, Charly & sa Drôle de Dame ne se produisent jamais dans les salles de concert ou les bars. « Communiquer, devoir convaincre pour remplir soi-même un lieu qui payera les musiciens au lance   pierre, au black ou à coups de « 2 boissons par musicien, pas plus j’ai dit!!! », tel est le combat quotidien d’un groupe en développement. C’est le serpent qui se mord la queue… Gérant de salles ET musiciens qui acceptons ces conditions sommes responsables de cette absurdité« , dénonce-t-il. A la place, Charly propose des concerts en appartement. « Petit, grand ? peu importe la taille. Une dizaine d’amis ? Invitez-les et je   viendrai jouer chez vous ! Une petite heure d’apéro et de discussion, puis le concert commence puis on retrinque, on regrignotte et on rediscute !« . Là encore, pas de tarif fixé à l’avance. Un chapeau circule à la fin du concert, pour remercier l’artiste. Pour récompenser l’artisan.

« Soyons curieux. Inspirons-nous de tous les domaines (musique, arts plastiques, cinéma, pubs, marques, artisans) pour nous enrichir et trouver notre propre modèle. Cassons les codes« .

C’est tout cela ce que raconte son nouveau clip, qui est en réalité un documentaire sur son expérience de DIY, qui a débuté en 2011 sur Ulule, avec la levée de 560 euros de dons auprès des internautes :

Article initialement publié par Numérama  sous licence Creative Common by-nc-nd 2.0, écrit par Guillaume Champeau pour Numerama.com

 

Modèles économiques pour les artistes: le revenu de base

le Revenu de base est une proposition visant à donner à chaque citoyen un revenu minimum garanti et sans condition, de la naissance à la mort. Premier article d’une série de réflexions sur les modèles économiques pour les artistes.

Malgré un potentiel important en terme d’impact social, le revenu de base est un sujet encore très peu connu du grand public en général et des artistes en particulier.

Le principe du revenu de base c’est de donner un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué par une communauté politique à tous ses membres, de la naissance à la mort, sur base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement.

Si l’idée est ancienne, elle a repris de la vigueur récemment avec la mise en place d’associations de soutien en France et en Europe et le lancement d’une consultation au niveau européen.

Je republie ici un article du metteur en scène Pierre-Jérôme Adjedj, qui discute du changement que pourrait apporter le revenus de base pour les artistes et la création artistique.

 

Revenu de base, éducation populaire et création

Pour être reconnu comme un « vrai » artiste, faut-il ne faire que ça ? Recevoir des subventions ? Pour le metteur en scène Pierre-Jérôme Adjedj, la transformation amenée par le revenu de base rendra caduques ces questions, libérant l’expression de la créativité, que ce soit pour une oeuvre ou pour la vie.

[box]article initialement publié par  Pierre-Jerome Adjedj sur Le Tadorne et republié sur Revenudebase.info[/box]

Il m’est souvent arrivé de regretter chez nombre de mes collègues du spectacle vivant le manque d’appétit, affiché ou profond, pour la chose politique. Certes il est toujours de bon ton de truffer les notes d’intention et les programmes de salles d’arguments vibrants expliquant la portée politique de tel projet, puisqu’il « parle de la société d’aujourd’hui » . Pour autant, dans les faits, le rapport à la politique et l’impertinence qui l’accompagne s’éteint bien souvent au seuil de l’institution, pour qui la ligne de carrière d’un artiste suit de plus en plus souvent la couture de son pantalon, et il devient parfois difficile de parler politique dans un milieu où (presque) tout le monde est « évidemment » de gauche.

J’aurais pu choisir de développer, à partir de constat de départ, tout un propos sur l’éducation populaire, mais je serais vite tombé dans la paraphrase de Frank Lepage et de ceux qui, avec lui, ont magnifiquement développé les réflexions récentes sur ce sujet1. Non, ce qui motive cet article est un sujet qui, a priori n’a aucun rapport avec l’art: le revenu de base ou allocation universelle2.

La première chose qui vient à l’esprit quand on parle d’argent et d’artistes en France, c’est l’intermittence du spectacle. En lisant ce qui suit, les détracteurs de ce système et de leurs bénéficiaires ne manqueront pas de s’exclamer : « ça ne leur suffit plus d’avoir un régime de privilégiés, maintenant ils veulent carrément être payés sans bosser ! ». Mais je me dois d’apporter immédiatement deux précisions : d’abord, n’étant plus intermittent3 depuis plus de deux ans je suis extrêmement à l’aise avec le sujet. Et puis ce n’est pas une question d’argent. Ou pas que.

Ne pas travailler pour gagner pareil

Toute la question est celle de la contrepartie : « tout travail mérite salaire » comme on dit (ce qui n’est pas à discuter), mais ça n’empêche pas de s’interroger sur un changement de paradigme, loin d’être innocent, et qu’on pourrait résumer par « tout salaire mérite travail ». Cela ouvre un champ de discussion intéressant, puisque la haine de l’assisté, qui fleurit en France et ailleurs en Europe, repose sur le fait que des personnes en situation de fragilité récoltent une somme d’argent qui, même si elle ne leur permet pas de vivre décemment, n’est pas subordonnée à leur « effort »4. Dans le même temps et paradoxalement, être « payé à ne rien foutre » passe bien tant qu’on peut justifier d’un contrat de travail en bonne et due forme.

Or la création artistique est un domaine où la question du travail est depuis longtemps un sujet complexe, et c’est ce qui nourrit une union situationnelle entre pauvres et artistes5 face à cet élan de « précarophobie ». Le débat est insoluble en l’état, pour deux raisons : d’une part parce qu’il est éternellement difficile d’évaluer où commence et où finit le travail, et on sait que la rémunération ne correspond pour la plupart des artistes qu’à une infime partie du travail fourni. D’autre part parce que la notion de travail est indissolublement liée à la notion de métier, et la constance qui lui est attachée (on peut être intermittent, mais on demeure à tout moment comédien, metteur en scène, etc.). Or comme le dit Stefan Zweig, faisant l’analogie entre un voleur et un poète (ce qui plaira aux plus réactionnaires), « L’artiste n’est artiste que pendant la création, le coupable n’est vraiment coupable qu’à l’instant du délit »6.

Parce que cette histoire de revenu de base pourrait bouleverser la société en général, et les pratiques artistiques en particulier.

L’artiste sans métier

Le premier avantage, libérateur entre tous de mon point de vue, repose sur la possibilité d’être, à l’instar de l’homme sans qualité, un artiste sans métier. Je précise que le métier est ici à prendre dans son acception sociale, et n’est pas à confondre avec l’expérience et la capacité : il s’agit ici de renoncer à avoir « un » métier, sans renier le fait d’avoir « du » métier (encore que l’expérience puisse parfois virer à la roublardise et aux tics esthétiques, mais c’est un autre débat. Ou pas.).

La possibilité de ne plus avoir de métier est tout à la fois une angoisse dans le système de représentation du monde tel qu’il va, et la possibilité d’une réelle émancipation. Parce que la liberté de créer, revendiquée par chacun et accessible dans une certaine mesure, est indissociable de la liberté de ne pas créer, qui est plus problématique, notamment sur un plan matériel. Celui qui veut être libre de créer quand il veut doit aussitôt renoncer à son statut intermittent pour des raisons réglementaires, et à la considération de l’institution, pour des raisons de « sérieux »: est-on vraiment un artiste « professionnel » quand on ne fait pas que ça7 ? La censure du monde professionnel en France est sur ce point au moins aussi forte que la censure administrative de Pôle-emploi : il n’y aurait d’artistes que ceux qui ne font que ça.

Essayons de nous projeter dans un monde où l’artiste, débarrassé de l’angoisse alimentaire, aurait le choix de créer un peu, beaucoup, à la folie. Ou d’être l’artiste d’un seul projet. Et être dans le même temps initiateur ou partie prenante d’autres projets sociétaux. En bref, être un citoyen en prise totale avec le monde dans lequel il vit, où pourraient être mis en cohérence le social, la création, … C’est également, pour celui qui décide de se consacrer totalement à la création, la possibilité d’être plus productif ou du moins de se mettre en harmonie avec son rythme « naturel » de création . Dans ce cas de figure, l’artiste est également dispensé de la nécessaire « cohérence institutionnelle » du parcours ((C’est une règle non-dite en France, intériorisée par nombre d’artistes du spectacle vivant : il arrive un moment où, pour exister dans l’institution et « progresser », on finit peu ou prou par « passer les plats », expression du métier qui désigne les artistes qui font où on leur dit de faire. Evidemment c’est, comme pour les bobos, les bourgeois, les cons et les racistes, toujours l’autre.)).

On pourrait facilement objecter qu’une telle possibilité permettrait à n’importe qui de se prétendre artiste, et ouvrirait la place à l’imposture, à la faible qualité, bref au n’importe quoi. Je laisse à chacun le soin d’un examen de conscience sur l’automaticité du rapport entre soutien institutionnel et qualité.

Pour terminer sur ce point, je dirai qu’un avantage annexe mais non-négligeable serait dans une certaine mesure la fin de la jalousie entre artistes, puisqu’il n’y aurait plus cette distinction, que Frank Lepage décrit très justement comme étant profondément en phase avec le capitalisme, entre les artistes reconnus (les « bons »), à qui on donne les moyens de créer, et les autres, ceux qui rongent leur frein.

Moyens d’existence et moyens de création

Ce qui nous amène à la question des moyens de création, qui ne sont pas à confondre avec les moyens d’existence. Car ce n’est pas, reconnaissons-le avec un joyeux groupe au revenu de base qu’on crée un opéra. Il faut des moyens, c’est une évidence. Mais là encore, de la même manière que le revenu de base n’est pas un empêchement de travailler autant qu’on veut et éventuellement d’accumuler de la richesse, il ne serait dit nulle part que tous les artistes doivent se débrouiller avec leur revenu de base pour assumer tout leur travail créatif. Mais j’ai dans l’idée qu’un équilibre plus clair et plus naturel se dégagerait quant aux moyens réellement nécessaires à telle ou telle production, là ou à l’heure actuelle, l’ampleur des moyens de production, au même titre que la couverture presse et l’internationalité des tournées, est clairement un des moyens d’expression et d’évaluation du pouvoir. On mettrait fin au sempiternel débat entre art et divertissement, en permettant de mieux distinguer les artistes « essentialistes »8 des « commerçants ».

La réconciliation entre l’art et la société

Puisqu’on parle de phase, le repositionnement des artistes dans la même position de base que les autres citoyens (supprimant comme je l’ai dit plus haut l’idée du métier) aurait également l’avantage de mettre fin pour tous au contrôle social9, qui est la négation absolue de l’idée de société.

Le rapport aux spectateurs s’en trouverait lui aussi transformé, à plusieurs niveaux. En effet, le revenu de base ouvrirait la possibilité de rendre l’accès d’une partie de la production gratuit pour les spectateurs10. On peut penser également qu’avec l’afflux de petits projets (« petit » étant ici à prendre en terme de moyens et non de qualité), on assisterait sans doute à une forme de « relocalisation » partielle de la production, rendant l’idée de tournée facultative et liée à la nature même du projet, et non à la rentabilité économique. Cette gratuité, couplée à une relocalisation, ouvrirait pour chacun la possibilité d’une alternative accessible aux productions « commerciales », dont on déplore assez qu’elles forgent le goût de la majorité de façon descendante, et dans le sens d’un appauvrissement du sens. On pourrait de la même manière interroger les productions « officielles » comme celles du In d’Avignon11, qui sur un autre plan qualitatif, dictent tout de même les normes esthétiques qui relèvent du « bon goût ».

On parle donc là, en remplacement d’une norme descendante, de la possibilité pour tous d’exercer la formation de son sens critique, de sa créativité personnelle, bref d’exercer son libre arbitre. On pourrait appeler une telle disposition, où il n’y aurait plus de fracture entre gros et petits spectacles, grands et petits romans, … Hum, voyons… Ah ben tiens : l’Éducation Populaire ! La boucle est bouclée.

 

 

  1. Voir notamment le livre « Education populaire, une idée d’avenir » (Cassandre/Hors-Champ, ed. les liens qui libèrent), qui peut être commandé ici : http://www.horschamp.org/spip.php?article4002
  2. Pour en savoir plus : http://revenudebase.info/comprendre-le-revenu-de-base
  3. je ne le suis plus par l’effet d’un choix qui découle de mon expatriation en Allemagne et non par une perte de statut, qui n’a en soi rien d’infamante, mais qui colorerait différemment mon propos.
  4. Encore qu’on pourrait discuter de l’effort que représente le fait de survivre, sur le plan matériel et psychique, dans un monde où tout est orienté vers la consommation et le profit.
  5. qui pour ne rien arranger, sont parfois les mêmes.
  6. Les plus corporatistes d’entre nous seraient tentés de hurler à ce moment précis de la lecture, mais je choisis de passer outre, ne voulant pas rentrer dans un débat d’ordre syndical, qui est éventuellement utile pour revendiquer une amélioration au sein du système en place, mais inopérant dès qu’il s’agit de penser un changement radical de paradigme
  7. On pourrait discuter de toutes le ruses déployées par des artistes intermittents pour « cacher » les activités annexes.
  8. terme volontairement provocant, emprunté aux féministes essentialistes; l’idée est ici d’affirmer qu’il serait possible aux artistes pour qui la création relève d’une vraie nécessité de créer sans être écrasés par la rationalité économique du projet.
  9. On peut supposer, sans passer pour un dangereux irresponsable, que les mesures de contrôle des récipiendaires d’aides sociales coûtent plus cher en dégâts psychologiques et sociaux qu’elles ne rapportent d’argent par la détection de fraudes éventuelles. Sur ce plan, l’Allemagne a malheureusement un cran d’avance sur la France, puisque les bénéficiaires de l’équivalent du RSA doivent présenter tous les mois à un conseiller leur extraits de compte pour un contrôle strict des dépenses !
  10. Par exemple les projets qui n’ont pas rendu nécessaire l’emploi d’une subvention supplémentaire pour leur financement.
  11. on pourra se reporter volontiers à la tribune, toujours actuelle, de Claude Régy sur le Festival d’Avignon :http://www.liberation.fr/culture/0101379847-il-faudrait-supprimer-avignon

 

[box]article initialement publié par  Pierre-Jerome Adjedj sur Le Tadorne et republié sur Revenudebase.info[/box]

 

A propos de l’Initiative Citoyenne Européenne

Un comité citoyen a lancé une Initiative Citoyenne Européenne: si celle ci obtiens un million de signatures de soutien en Europe, la Commission européenne sera tenue d’étudier en profondeur cette initiative au sein du Parlement européen, en auditionnant le Comité de Citoyens Organisateurs.

Même si la mise en place d’un revenu de base n’est probablement pas pour tout de suite, forcer la commission européenne à étudier sa faisabilité serait déjà intéressant pour mettre la discussion sur la place publique.

Pour en savoir plus, jetez un oeil sur cette vidéo de 3 min:

Plus d’informations sont disponibles ici:
 
http://basicincome2013.eu/ubi/fr/foire-aux-questions/

Page de signature de l’initiative (en français, nécessité d’adopter le certificat… en ajoutant une exception… suivre la procédure quoi)
https://ec.europa.eu/citizens-initiative/REQ-ECI-2012-000028/public/index.do?initiativeLang=fr

c’est un peu le parcours du combattant ce vote…
– pour que les signature soient considérés comme valides et venant bien de citoyens européens, le numéro d’un document officiel (passeport, de carte d’identité, …) est demandé
– La première fois, on peut tomber sur une page d’erreur, Ne pas se décourager, recommencer…

38 chansons différentes avec les mêmes 4 accords. Copie, plagiat ou création ?

Dans cette vidéo, un trio interprète 38 chansons différentes avec les mêmes 4 accords, le tout en moins de 5 minutes.

Aucune création n’est entièrement originale et chacune s’inspire consciemment ou inconsciemment de la culture existante. Kirby Fergusson le montrait très bien dans la série de vidéos Everything is remix, en voici une nouvelle illustration avec cette vidéo où un groupe de musique interprète 38 chansons contenant les 4 mêmes accords (E, B, C#m et A).

Au delà du coté amusant, cela montre bien qu’il est à la fois impossible de sortir complètement des schémas existants, mais pour autant qu’il est quand même possible d’être créatif et d’innover pour faire quelque chose d’original

Alors plutôt que de considérer la copie comme quelque chose de mauvais, nous devrions plutôt l’accepter et l’utiliser à bon escient.

Pour info, le détail des chansons et les tablatures de guitare correspondantes:

1.      Journey – Don’t Stop Believing (YouTubeGuitar Tab)
2.      James Blunt – You’re Beautiful (YouTubeGuitar Tab)
3.      Alphaville – Forever Young (YouTubeGuitar Tab)
4.      Jason Mraz – I’m Yours (YouTubeGuitar Tab)
5.      Mika – Happy Ending (YouTubeGuitar Tab)
6.      Alex Lloyd – Amazing (YouTubeGuitar Tab)
7.      The Calling – Wherever You WIll Go (YouTubeGuitar Tab)
8.      Elton John – Can You Feel The Love Tonight (YouTubeGuitar Tab)
9.      Maroon 5 – She Will Be Loved (YouTubeGuitar Tab)
10.     The Last Goodnight – Pictures Of You (YouTubeGuitar Tab)
11.     U2 – With Or Without You (YouTubeGuitar Tab)
12.     Crowded House – Fall At Your Feet (YouTubeGuitar Tab)
13.     Kasey Chambers – Not Pretty Enough (YouTubeGuitar Tab)
14.     The Beatles – Let it Be (YouTubeGuitar Tab)
15.     Red Hot Chili Peppers – Under the Bridge (YouTubeGuitar Tab)
16.     Daryl Braithwaite – The Horses (YouTubeGuitar Tab)
17.     Bob Marley – No Woman No Cry (YouTubeGuitar Tab)
18.     Marcy Playground – Sex and Candy (YouTubeGuitar Tab)
19.     Men At Work – Land Down Under (YouTubeGuitar Tab)
20.     Banjo Patterson’s Waltzing Matilda (YouTubeGuitar Tab)
21.     A Ha – Take On Me (YouTubeGuitar Tab)
22.     Green Day – When I Come Around (YouTubeGuitar Tab)
23.     Eagle Eye Cherry – Save Tonight (YouTubeGuitar Tab)
24.     Toto – Africa (YouTubeGuitar Tab)
25.     Beyonce – If I Were A Boy (YouTubeGuitar Tab)
26.     The Offspring – Self Esteem (YouTubeGuitar Tab)
27.     The Offspring – You’re Gonna Go Far Kid (YouTubeGuitar Tab)
28.     Pink – You and Your Hand (YouTubeGuitar Tab)
29.     Lady Gaga – Poker Face (YouTubeGuitar Tab)
30.     Aqua – Barbie Girl (YouTubeGuitar Tab)
31.     The Fray – You Found Me (YouTubeGuitar Tab)
32.     30h!3 – Don’t Trust Me (YouTubeGuitar Tab)
33.     MGMT – Kids (YouTubeGuitar Tab)
34.     Tim Minchin – Canvas Bags (YouTubeGuitar Tab)
35.     Natalie Imbruglia – Torn (YouTubeGuitar Tab)
36.     Five For Fighting – Superman (YouTubeGuitar Tab)
37.     Axis Of Awesome – Birdplane (YouTubeGuitar Tab)
38.     Missy Higgins – Scar (YouTubeGuitar Tab)

Pouhiou l’écrivain qui renonce à son droit d’auteur et libère ses romans

Présentation d’un romancier à la démarche atypique et qui a choisi de « libérer » ses écrits, c’est a dire de renoncer à son droit d’auteur et de les mettre dans le domaine public dès leur production ce qui permet à n’importe qui de les réutiliser, remixer, et même de les vendre sans autorisation.

Mieux il a organisé une collecte de financement participatif pour produire des livres et les distribuer gratuitement ! Pourquoi un auteur choisit il délibérément de renoncer à son droit ? Pourquoi donner son livre ? A travers deux article que je republie ici,  vous en saurez plus sur sa démarche et ses expériences originales.

Note: je parle de plus en plus régulièrement de culture libre (voir La Culture libre : un chemin pour la réussite ?La Culture doit-elle être libre et gratuite ?).

Après une présentation de la démarche de Pouhiou dans le premier article, le deuxième article part dans une discussion très pointue sur la propriété intellectuelle et les licences libres.

Pour ceux qui ne connaissent pas les licences libres et leur importance, je vous conseille donc de lire tout d’abord ces 2 articles qui expliquent ça rapidement sous forme de BD afin de mieux comprendre les enjeux à la fois pour la création et pour le modèle économique.

 

C’est l’histoire d’un roman qui veut être gratuit (et qui a besoin de vous !)

Article initialement publié par Calimaq sous licence Creative Commons 0

J’ai déjà à plusieurs reprises parlé sur S.I.Lex de l’aventure des Noénautes (ici ou ). Lancée il y a un an par l’auteur Pouhiou, elle a consisté pour lui à écrire un roman feuilleton sur un blog, au rythme de quatre épisodes par semaine durant quatre mois. De ce marathon d’écriture à ciel ouvert est né un premier roman, #Smartarded,  puis un second ,#MonOrchide, que l’auteur a choisi de diffuser gratuitement en ligne.

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Pour aller plus loin dans cette dynamique de partage, indissociable de sa démarche d’écriture, Pouhiou a décidé de placer volontairement ses écrits dans le domaine public, en optant pour la licence CC0 (Creative Commons Zéro). L’éditeur Framabook lui a ensuite proposé d’éditer son premier roman sous la forme d’un livre papier et si l’aventure s’était arrêtée là, on aurait déjà pu considérer qu’il s’agissait d’une belle histoire de Culture Libre.

Mais à l’occasion du premier anniversaire de son projet, Pouhiou se lance – et nous lance à tous – un nouveau défi pour faire en sorte que son roman devienne non seulement libre, mais gratuit… jusqu’au papier !

 

J’ai pour habitude de dire que « Mon roman est gratuit. Ce qu’on achète, c’est un objet fait de papier sur lequel l’histoire a été imprimée. »

J’ai envie qu’on me fasse mentir. Que le livre papier puisse devenir « gratuit » à son tour. J’ai envie de voir le regard surpris des gens à qui j’offrirai les 217 pages de #Smartarded en leur disant.

C’est gratuit. Ce qui veut dire que ça a déjà été payé.

Il a fallu les efforts d’un auteur, d’un éditeur et d’une foule de lecteurs pour que cet exemplaire vous soit offert… C’est dire combien on a eu envie de le partager avec vous…

Concrètement, Pouhiou a lancé une opération de crowdfunding sur la plateforme Ulule, dont les dons seront utilisés pour imprimer de nouveaux exemplaires de son premier roman #Smartarded, afin qu’ils puissent être distribués gratuitement, à l’occasion de conférences, de rencontres, de salons.

Pouhiou avait déjà initié un jeu de cache-cache génial avec la notion d’auteur, par le biais de la licence CC0. Voilà qu’il se joue à présent des notions de gratuit et de payant et nous entraîne jusqu’au bout de la logique du don. La gratuité est souvent attaquée, comme si elle dévalorisait les oeuvres, mais Pouhiou nous invite à secouer un peu ces préjugés.

Il nous montre aussi paradoxalement que la gratuité a toujours un prix et qu’il faut bien mettre en place un modèle économique pour que des choses soient gratuites. Certains de ces modèles économiques sont rapaces et instrumentalisent la gratuité pour en faire un piège à contenus. Mais d’autres peuvent être vertueux et comme Pouhiou a fait voeu de « non-violence légale » avec la licence CC0, il nous propose d’explorer les potentialités de cette économie du don et du contre-don, en nous offrant une chose très précieuse : la liberté de payer.

Bien sûr, comme dans toute opération de crowdfunding, les donateurs sont récompensés pour leurs dons par des gratifications. Les premières vous permettront par exemple de recevoir l’eBook du second roman #MonOrchide en avant première sur votre boîte mail, d’obtenir des clés USB ou des livres papier dédicacés. Mais des dons un peu plus importants vous ouvriront droit à des récompenses plus originales !

La récompense « Ceci n’est pas qu’un partage » (c’est celle que j’ai choisie of course) vous donne par exemple le grand privilège de… renoncer à votre récompense  ! Au lieu de recevoir un exemplaire papier, vous acceptez qu’il soit donné gratuitement par Pouhiou en votre nom. Excellente mise en abime du concept ! Less is more !

Pour 150 euros, avec la récompense « Ceci n’est pas qu’une question d’ego« , un des personnages du troisième roman à venir portera carrément votre nom ou votre pseudo. Une façon pour Pouhiou de prolonger les jeux d’écriture interactifs avec les lecteurs, qu’il a déjà mis en oeuvre dans les romans précédents, en leur demandant par exemple de lui offrir des phrases à insérer dans son texte.

Avis à mes collègues bibliothécaires, la récompense ultime « Ceci n’est pas qu’une rencontre » est faite pour vous ! Pour 200 euros, Pouhiou en personne se déplacera dans votre établissement pour une conférence, une lecture publique, un atelier d’écriture ou tout autre proposition indécente que vous lui feriez. Et il viendra les bras chargés d’exemplaires de son roman, que vous pourrez ainsi faire entrer dans vos collections. J’avais déjà écrit un billetpour inciter les bibliothécaires à intégrer les eBooks libres de Pouhiou dans leur offre, voilà une excellente occasion d’augmenter encore l’expérience.

D’autres soutiennent déjà cette initiative, comme Antoine Viry sur @Diffuser.net, qui vient de lancer un vrai-faux concours de remix pour emmener les mots de Pouhiou « là où il ne l’aurait même pas imaginé« . C’est aussi ce genre de choses que permet la licence CC0 !

Sur son site Noénaute, Pouhiou a inscrit cette phrase : « Il n’y a pas de marketing, il n’y a que toi« . A nous donc de faire en sorte que cette aventure continue et il reste encore plus d’un mois pour que la campagne de Pouhiou atteigne son objectif ! Quelque chose me dit qu’il va réussir, mais plus les dons seront importants et plus ce succès permettra à sa démarche de rebondir plus loin encore.

PS : allez, moi aussi, je mets quelque chose dans la balance. Si Pouhiou réussit son pari, je passe S.I.lex en CC0. Ceci n’est pas une parole en l’air !

Article initialement publié par Calimaq sous licence Creative Commons 0

 

 

Dialogue Pouhiou Calimaq sur le domaine public et plus parce qu’affinités

Article initialement publié chez Framasoft sous licence Creative Commons-BY-SA

Pouhiou est notre joyeux et émérite premier romancier chez Framabook. À l’occasion de la sortie prochaine du livre II du cycle des NoéNautes, il a lancé une originale campagne de crowdfunding sur Ulule qui a fait réagir le blogueur influent (parce que brillant) Calimaq.

Ce dernier s’est en effet aventuré à parier que si cette campagne aboutissait alors il élèverait lui aussi son blog dans le domaine public via la licence Creative Commons CC-0. Bien mal lui en a pris puisque la campagne vient déjà de dépasser la barre escomptée (Pouhiou vous en remercie en vidéo ici) et se poursuit d’ailleurs…

Chose promise, chose due donc, et prétexte surtout à un passionnant entretien dialogue entre deux personnalités fortes du « Libre » francophone.

Je cède la parole à Pouhiou, et ça tombe bien car il adore la prendre 😉

 

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En lançant le blog de mon roman feuilleton, j’ai eu d’instinct l’envie que cette histoire appartienne à ses lecteurs. Qu’ils s’en emparent. C’était une certitude que je ne savais pas comment appliquer dans les faits. M’intéressant au livre et au droit d’auteur, je suivais déjà le blog S.I.Lex écrit par un certain Calimaq. Ce mec, passionné et passionnant, arrive à transformer un sujet à priori lourd et chiant (la propriété intellectuelle) en une épopée rocambolesque. A force d’exemples, de décryptages, de coups de sang et de coup de cœur, il nous plonge dans les eaux du copy-right-left-up&down, on baigne en Absurdie et l’on ressort de son blog plus juriste qu’on y est rentré… sans même s’en apercevoir.

Un de ses billets m’a fait prendre conscience que la place de mes œuvres était dans le domaine public. J’ai donc passé tous mes écrits sous la licence CC0 et l’ai chaudement remercié dans cet article.

Il est né de cet échange une amitié intellectuelle. Calimaq s’est mis à défendre et mon œuvre, et la démarche qui l’accompagnait. Je me suis engagé dans SavoirsCom1, un collectif qu’il a co-fondé pour la défense des biens communs informationnels. Je ne compte plus les fois où l’on s’est dit « merci », tant chacun semble admirer et être complice de ce que fait l’autre. C’est ce genre d’émulation où la réflexion de l’autre nourrit la tienne, et te mène un poil plus vite, un poil plus loin que là où tu te serais rendu tout seul.

Quand, avec Framasoft, on a initié ce crowdfunding fou (toujours en cours sur Ulule) pour que le lancement de #MonOrchide (livre II des NoéNautes) puisse financer la distribution gratuite d’exemplaires de #Smartarded (le livre I), Calimaq a répondu présent. Il a fait un bel article pour promouvoir cette expérience . Mais, chose inattendue, il a ajouté ce post-scriptum explosif :

PS : allez, moi aussi, je mets quelque chose dans la balance. Si Pouhiou réussit son pari, je passe S.I.lex en CC0. Ceci n’est pas une parole en l’air !

Le pari est réussi. En 22 jours, on a atteint les 2200 € qui nous permettront de distribuer au moins 32 exemplaires de #Smartarded. Grâce à une mobilisation peu commune il ne nous a fallu que la moitié des 45 jours prévus (ce qui veut dire qu’il reste trois semaines pour battre tous les records et accroître le nombre de livres à distribuer !)

Le pari est réussi, et S.I.Lex devient un dommage collatéral : Calimaq tient sa part du contrat, élevant son blog dans le Domaine Public Vivant. Je sais que, le connaissant, ce n’est pas un geste anodin. Une belle occasion de discuter avec lui de licences, d’écriture, et de qu’est-ce que ça veut bien dire, toutes ces choses-là…

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Pouhiou : Tu m’as fait un super article sur ton blog S.I.Lex, qui a été repris par ActuaLitté. Cela m’a beaucoup aidé à faire connaitre le projet. C’était déjà énorme (merci ^^). Pourquoi avoir en plus ajouté la licence de ton blog dans la balance ?

Calimaq : Cela fait un moment que je m’intéresse à ce que tu fais autour du cycle des Noenautes et d’après ce que tu as écrit sur ton blog, un des billets que j’avais écrit sur S.I.Lex t’avait influencé dans ta décision d’adopter la licence CC0 pour ton premier roman #Smartarded.

Quand j’ai vu que tu lançais cette opération de crowdfunding, j’ai voulu la soutenir et la faire connaître, parce que je trouve qu’elle bouscule la manière dont nous avons l’habitude d’appréhender des notions fondamentales, comme celles du gratuit et du payant. Avec la licence CC0, tu as renoncé à tes droits d’auteur pour que tes œuvres soient complètement libres, tout en réussissant à faire paraître ton roman chez Framabook. C’est déjà en soi assez perturbant pour les schémas habituels. Mais tu ne t’es pas arrêté là et par le financement collaboratif, tu as cherché à faire en sorte qu’un maximum de livres en papier deviennent gratuits afin de pouvoir les offrir.

Le plus intéressant dans ta démarche, je trouve, c’est que derrière ces décisions, il y a un modèle économique bien pensé, qui utilise le crowdfunding pour raccourcir la chaîne de l’auteur au lecteur, dans le but de diminuer les coûts. Tu démontres de manière paradoxale que la gratuité a toujours un coût. C’est typiquement le genre d’approches alternatives qui retiennent mon attention, parce que je trouve qu’elles font avancer la réflexion. Dans le contexte actuel de crispations autour des questions de droit d’auteur, qui sont particulièrement vives dans le secteur du livre, je pense que des initiatives comme les tiennes sont importantes. J’ai aussi beaucoup apprécié la lecture de ton premier roman #Smartarded et j’ai commencé à lire la suite #MonOrchide par petites touches sur ton blog. Tout cela a fait que j’ai voulu te soutenir en écrivant un billet sur S.I.lex et je me réjouis de ta réussite.


Merci ! Mais là tu parles plus de moi que de toi, hein… J’ai bien saisi que ce billet a été un élément déclencheur, mais est-ce qu’il s’agit d’un coup de tête ou est-ce que ça fait partie d’une réflexion personnelle plus… ancienne ?


Au-delà du billet, pourquoi avoir promis de changer la licence de mon blog si ton pari réussissait ? Peut-être d’abord un peu par superstition, pour porter chance à ton projet, en engageant quelque chose qui me tenait vraiment à cœur. Par ailleurs, je me posais des questions à propos de la licence de S.I.Lex depuis un certain temps. À vrai dire depuis le moment où j’ai écrit le billet Rien n’est à nous : grandeur et misère du domaine public volontaire. J’y montrais comment un certain nombre de créateurs dans le passé avaient choisi pour diverses raisons de renoncer aux droits sur leurs œuvres pour se placer en dehors de la logique de la propriété intellectuelle : Léon Tolstoï, Romain Rolland, Jean Giono, les affichistes de mai 68, les situationnistes, le musicien folk Woodie Guthrie.

Le domaine public est une notion qui a un grande importance pour moi et pour laquelle j’essaie de me battre. Il m’a semblé que le moment était venu de franchir le pas et de placer ma propre création, S.I.Lex, dans le domaine public volontaire.

Ton blog était en licence CC-BY (la seule condition de partage est de citer l’auteur). Là tu le passes en CC0. C’est quoi, au fond, la différence ?

Juridiquement dans le cadre du droit français, il n’y a pas tellement de différences. En effet, le Code de Propriété Intellectuelle ne permet pas dans notre pays de renoncer valablement à son droit moral, ce qui signifie qu’on doit théoriquement interpréter la CC0 comme une CC-BY. Je n’ai pas la possibilité légale de renoncer à mon droit à la paternité. Ce caractère inaliénable du droit moral a été voulu pour protéger l’auteur dans le cadre des contrats d’édition. Même dans le cas des « nègres » (ou, plus joliment dit, Ghostwriters en anglais), il reste possible pour eux de réclamer devant un juge la paternité d’un texte écrit pour quelqu’un d’autre, quand bien même ils se seraient engagés par contrat à ne pas révéler leur identité (on a des jurisprudences intéressantes à ce sujet dès le 19ème siècle, notamment dans l’affaire qui opposa Alexandre Dumas à l’un de ses collaborateurs, Auguste Maquet.

Le problème, c’est que l’application trop rigide de ce principe aujourd’hui peut conduire à « protéger » l’auteur contre lui-même, alors qu’il manifeste clairement la volonté de renoncer à ses droits. La licence CC0 a d’ailleurs été obligée de prendre en compte cet état de fait, en précisant que l’auteur renonce à ces droits « dans la mesure permise par la loi ». Cela veut dire que l’effet de la CC0 varie selon les pays : aux États-Unis, où le droit moral n’existe pas vraiment, il est total ; en France, il reste juridiquement incomplet, puisque le droit moral persiste. Le seul pays à l’heure actuelle qui reconnaisse explicitement la possibilité de verser ses œuvres dans le domaine public volontaire, c’est le Chili.

Donc passer de CC-BY (licence déjà très ouverte) à CC0 n’a pas beaucoup d’effets pratiques… tant que la propriété intellectuelle n’est pas réformée en France. Malgré tout, je ne t’imagine pas homme à manier ces licences à la légère. Si passer de la CC-BY au Domaine Public Vivant n’est pas un choix pratique, il est de quel ordre ?

Cette décision revêt à mes yeux une valeur symbolique et psychologique importante, en tant qu’auteur. Je ne suis pas comme toi auteur de littérature ou de théâtre, mais j’ai un rapport profond avec l’écriture. J’écris sur S.I.Lex par besoin viscéral d’écrire et quand je décroche de l’écriture, je périclite littéralement. Pour moi, l’écriture a aussi une importance comme trace que l’on laisse de soi au-delà de son existence. Du coup, le BY – la paternité – gardait une vraie importance à mes yeux, comme une sorte de « cordon ombilical » ou de minimum minimorum du droit d’auteur, dont il était difficile de se détourner. Couper ce cordon en adoptant la CC0 n’était pas anodin et il m’a fallu un certain temps – et un coup de pouce de ta part – pour lâcher prise !


Quel est l’intérêt, pour toi, de mettre de son vivant des textes dans le domaine public ?

Pour moi, l’intérêt principal, c’est de sortir en dehors du cadre du droit d’auteur. Avec les licences libres, on passe de la logique du copyright à celle du copyleft, mais on reste encore dans le système du droit d’auteur. Les licences libres ne sont pas une négation du droit d’auteur, mais une autre manière de le faire fonctionner. Avec la licence CC0, on n’est plus dans le copyright, ni même dans le copyleft, mais littéralement dans le copy-out. On décide sciemment que son œuvre n’est plus saisie par le droit d’auteur et ne doit plus être comprise à travers ce filtre. Je ne prétends pas que cette voie doive être suivie par tous les auteurs. Mais au stade où j’en suis, c’est cohérent avec ma démarche.

Tu dis de ton côté que tu n’as pas l’impression que tes textes ne t’appartiennent pas, mais que tu “digères” des éléments extérieurs que tu restitues par tes écrits. De mon côté, j’ai très tôt été sensible aux effets d’intelligence collective sur la Toile, avec le sentiment que je me devais de rendre à l’intelligence collective ce qu’elle me donne. Il n’y a pas un seul de mes billets qui n’ait été déclenché par les conversations et les échanges dans les flux. Dès lors, le meilleur moyen d’être cohérent avec moi-même, c’est d’opter pour le domaine public volontaire.

Par ailleurs, je pense important de montrer que le domaine public n’est pas seulement une chose du passé, mais qu’il peut être vivant aujourd’hui. En tant qu’auteur de son vivant, contribuer à alimenter le domaine public, c’est la meilleure manière de s’en faire l’ambassadeur et d’agrandir le cercle des biens communs de la connaissance.

OK : on a tous les deux ce souci de cohérence. C’est bien beau d’utiliser une licence parce qu’elle te met en adéquation avec ce que tu ressens de ta production intellectuelle… Mais il y a forcément des pragmatiques qui vont nous traiter d’utopistes ! Ils vont nous rappeler qu’on vit dans un monde où les enjeux commerciaux prévalent et où — selon eux — les circonstances font qu’il vaudrait mieux armer et protéger ses œuvres… D’un point de vue pratique, la clause non commerciale (NC) est un outil redoutable quand la CC0 est une passoire ! Du coup, une licence, c’est la conséquence d’un ressenti théorique ou la résultante d’un besoin pratique d’outil légal ?

C’est sans doute assez souvent le résultat d’un compromis entre les deux. Il faut considérer la situation des auteurs dans leur diversité et de multiples stratégies sont envisageables avec les licences. Les choses peuvent varier également selon les domaines de la création. Quand on voit un Cory Doctorow ou un Lawrence Lessig publier leurs ouvrages chez des éditeurs traditionnels et placer les versions numériques sous CC-BY-NC, je trouve que c’est une stratégie compréhensible et qu’ils ont par ce biais contribué à faire avancer la cause, en diffusant leurs idées dans un large cercle.

Beaucoup de créateurs en revanche ne cherchent pas un retour financier pour les œuvres qu’ils produisent. C’est le cas pour la plupart des amateurs qui créent des contenus sur Internet. Dans ce genre de situation, la réservation de l’usage commercial n’est généralement pas justifiée et choisir cette clause impose des contraintes sans réelle nécessité. Mais dans certaines situations, la clause NC peut constituer un élément intéressant pour permettre la circulation des œuvres tout en mettant en place un modèle économique. Il y a un débat assez vif en ce moment sur la légitimité de la clause NC, notamment telle qu’elle figure dans les licences Creative Commons. Je ne fais pas partie de ceux qui condamnent cette clause de manière systématique et j’ai déjà essayé de montrer que ce serait une erreur selon moi de la supprimer.

Malgré cela, tu n’as jamais mis de clause NC sur ton blog S.I.Lex...

Dans mon propre cas, je n’en vois absolument pas l’intérêt… Mon objectif en écrivant de cette manière est d’être lu par un maximum de personnes. Si certains de mes billets sont repris sur d’autres sites, y compris des sites se livrant à des activités commerciales, cela ne peut qu’augmenter l’exposition de mes écrits. J’ai d’ailleurs toujours fonctionné depuis le lancement de S.I.Lex dans un « écosystème » de sites. Très vite, j’ai eu la chance de voir certains de mes billets repris par le regretté OWNI. Cela a grandement contribué à faire connaître S.I.Lex et à développer mon lectorat. D’autres sites me reprennent régulièrement, comme Actualitté ou plus récemment Slate.fr. J’ai toujours considéré que S.I.lex était une sorte de plateforme de tir, où je posais des écrits qui pouvaient ensuite aller faire leur vie ailleurs. Avec une licence NC, les choses auraient été beaucoup plus compliquées.

La licence CC0 est peut-être une passoire, mais dans les conditions particulières qui sont les miennes comme auteur, elle conviendra parfaitement à ce que je veux faire de mes créations. Même si un éditeur vient publier certains de mes billets sous forme de livre dans un recueil, cela ne fera que contribuer encore à leur diffusion.

Du coup, tu n’exiges plus que l’on te cite comme source de tes écrits… de manière légale, c’est ça ? C’est un peu comme moi en fait : tu ne brandis pas d’arme juridique. Plutôt que de les craindre, tu donnes ta confiance aux personnes qui s’inspireront de (ou diffuseront) tes écrits. Confiance en le fait qu’elles soient assez respectueuses pour citer leur source.

La question qui peut se poser est celle du plagiat, quelqu’un qui viendrait s’approprier certains de mes textes en les publiant sous son nom. C’est une chose qui m’est déjà arrivée une fois et j’avoue que cela m’avait laissé une sensation assez désagréable.

Mais une personne comme l’artiste Nina Paley dit des choses très intéressantes sur les rapports entre le copyright et le plagiat. Elle considère en effet que le droit d’auteur paradoxalement favorise davantage le plagiat qu’il ne l’empêche. Elle explique également que le fait de créditer l’auteur relève en fait d’un système de régulation sociale qui n’a pas nécessairement besoin du droit pour fonctionner. Il s’agit en fait davantage de règles éthiques que des communautés se donnent. Nina Paley place d’ailleurs ses créations dans le domaine public volontaire en utilisant la non-licence Copyheart ou la CC0. Elle dit vouloir en cela faire œuvre de « non-violence légale » et je trouve que c’est un discours inspirant.

Un des pivots du libre, c’est sa viralité. On m’affirme que des processus du type la clause SA ont permis au libre de se développer tel qu’il est aujourd’hui. Pour mon compte, la SA est trop paradoxale. Je dis toujours que la première des libertés c’est de ne pas me lire. Dans la même veine, obliger les gens qui adapteront/traduiront/réécriront/diffuseront mes romans à mettre leur production sous licence libre, ça me semble créer de l’enclosure. Ce serait un peu comme forcer les gens à se vacciner au lieu de leur montrer comme on est mieux une fois bien portant… Et du coup j’aperçois que ton blog S.I.Lex n’était même pas sous clause SA ? Pourquoi ?

C’est une question intéressante et là aussi, je m’étais longuement posé la question lorsque j’avais choisi ma licence.

La clause de partage à l’identique est très importante dans beaucoup de domaines, comme celui du logiciel libre qui est fondé sur cette idée qu’il ne doit pas y avoir de possibilité de supprimer les libertés conférées à tous par la licence. Contrairement à ce que tu dis, je soutiendrais que le SA garantit au contraire qu’il ne puisse jamais y avoir d’enclosure sur une œuvre. Personne ne peut plus s’approprier de manière définitive un contenu placé sous Share-Alike. C’est pourquoi il me semble que c’est un type de licence adapté pour les biens communs que des communautés veulent protéger des risques d’enclosure. Si l’on prend le cas de Wikipédia, la licence CC-BY-SA est parfaitement adaptée, à la fois au travail collaboratif et aux réutilisations des contenus. Elle garantit que cela puisse se faire, même à titre commercial, mais sans réappropriation.

Cependant, je peux comprendre que tu ne veuilles pas placer tes écrits sous le régime du partage à l’identique, et c’est aussi la conclusion à laquelle j’étais arrivé pour S.I.Lex. Si je prends le cas des billets que reprenait OWNI par exemple, les choses auraient été trop compliquées avec une CC-BY-SA. En effet, OWNI reprenait mes billets, mais en les modifiant légèrement. Les journalistes de la plate-forme changeaient généralement le titre, ajoutaient des intertitres, inséraient des illustrations, des vidéos et parfois même des infographies. Il arrivait également que certains de mes billets soient traduits en anglais pour alimenter OWNI.eu. Tout cet apport éditorial était à mes yeux excellents, mais d’un point de vue juridique, il s’agissait d’adaptations de mes créations, ce qui aurait déclenché la clause de partage à l’identique, si j’avais choisi une CC-BY-SA. Or OWNI était sous CC-BY-NC-SA et il n’aurait pas été simple pour eux d’intégrer mes billets si je n’avais pas laissé une grande ouverture avec la CC-BY.

De plus, la CC-BY-SA n’est pas toujours simple à appliquer, comme l’avait prouvé l’affaire qui avait opposé Michel Houellebecq à Wikimedia, lorsque qu’il avait intégré dans son roman La Carte et le Territoire des extraits d’articles de Wikipédia sans mention de la source, ni crédits des auteurs.

Le domaine public et le libre ne sont pas exactement superposables. Le propre du domaine public, c’est de constituer un réservoir complètement ouvert dans lequel on peut venir puiser pour alimenter sa création sans contraintes. Les deux approches sont importantes et complémentaires.

Mais attends, de nous jours, entre les CopyrightMadness, les guerres de brevets, ceux qui s’approprient mon grain de maïs ou ton rectangle à bords arrondis… Avec tous ces abus du côté de la propriété intellectuelle et des biens communs… Y’a pas plus important ou plus urgent que de s’occuper du domaine public ?

Oui, c’est certain qu’il existe des sujets alarmants sur lesquels il devient urgent d’agir. Je ne suis pas seulement engagé pour la défense du domaine public, mais plus globalement pour la promotion des biens communs de la connaissance, ce que je fais au sein du collectif SavoirsCom1. Je milite également aux côtés de la Quadrature du Net pour la légalisation des échanges non-marchands et la mise en place de solutions de financement mutualisées pour la création, comme la contribution créative ou le revenu de base.

Néanmoins, je pense que le domaine public peut constituer un bon angle d’attaque pour s’engager dans une réforme positive de la propriété intellectuelle. On a un peu l’impression d’être aujourd’hui face à une forteresse imprenable et on n’arrive pas à sortir des débats autour de la répression du partage des œuvres, qui continuent à monopoliser l’attention du législateur comme on le voit bien avec les travaux de la mission Lescure. C’est pourquoi il me paraît intéressant d’ouvrir de nouveaux fronts qui permettront de défendre l’idée que nous possédons des droits positifs sur la culture. Le domaine public peut être une piste en ce sens et j’ai fait des propositions de réforme législative pour consacrer et renforcer cette notion dans le Code de Propriété Intellectuelle.

Par ailleurs, tu évoques le Copyright Madness, mais le domaine public pourrait aussi être un moyen de lutter contre les pires dérapages de la propriété intellectuelle. On a vu par exemple récemment des laboratoires pharmaceutiques déposer valablement des brevets en Australie sur les gènes responsables du cancer du sein, ce qui est absolument terrifiant puisque cela signifie que tout chercheur qui voudra mettre au point un remède devra leur verser des royalties. Aux États-Unis, Monsanto a relancé une offensive en justice pour empêcher des agriculteurs de replanter des semences de variétés brevetées et l’entreprise semble en passe de l’emporter. Cela peut avoir des conséquences dramatiques au niveau mondial.

Ces dérives ont un lien avec le domaine public, parce que celui-ci ne contient pas seulement les œuvres anciennes, mais aussi tout ce qui ne devrait pas pouvoir faire l’objet d’une appropriation exclusive. Cela vaut pour certains éléments de la Culture, mais aussi pour des choses aussi essentielles que le génome humain ou les semences.

Le domaine public devrait être le bouclier qui protège tous ces éléments fondamentaux de la folie de l’appropriation, mais c’est à nous de le promouvoir et de le faire vivre pour qu’il puisse remplir ce rôle.

Je crois qu’on ne peut pas trouver de meilleure conclusion ! Merci à toi, Calimaq.

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Article initialement publié chez Framasoft sous licence Creative Commons-BY-SA

Réflexions sur la culture du mashup et du remix

Voici 2 conférences filmées lors du MashUp Film Festival qui a eu lieu le 15 juin 2013 à Paris. Les vidéos sont un peu longues (2h chacune), mais pleines d’idées et de pratiques inspirantes pour ceux qui s’intéressent à la culture du mashup et du remix. 

Cet article a été initialement publié sur France Culture.

DEMAIN, L’ART SERA LIBRE ET GÉNÉREUX !

« La crise » est passée par là, avec son cortège de situations précaires. Pendant ce temps, quelques grands groupes internationaux mettent la main sur les immenses profits engendrés par nos appétits de découverte et d’émotions artistiques. L’art sera-t-il, demain, formaté par les impératifs du marché ? Est-il destiné à n’être qu’une marchandise ? Questions & réponses dans cette conférence conçue comme un MANIFESTE.

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CC qthomasbower / Flickr

 

Entre galère financière et formatage par le Marché, quel avenir pour la création ? L’avenir de la création ne semble pas  forcément rose. Des raisons d’être optimiste ? Ecoutons les artistes eux-mêmes !


MashUp Film Festival 2013 – Conférence… par forumdesimages
Partage, coopération, intelligence collective : ce qui s’invente aujourd’hui peut changer le monde ! Le cinéma a toujours été un art de collaboration, et l’artiste crée toujours à partir des œuvres de ses prédécesseurs. N’est-il pas temps d’en tirer les conséquences ? D’inventer d’autres façons de faire des images, de les partager, de les montrer ?


MashUp Film Festival 2013 – Conférence… par forumdesimages

 

La conférence-manifeste s’est déroulée le 15 juin 2013 dans le cadre du MashUp Film Festival au Forum des images, elle est animée par Xavier de La Porte, producteur à France Culture /Place de la Toile.

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Pour aller plus loin…

 

Cet article a été initialement publié sur France Culture.

 

 Si vous souhaitez aller plus, jeter aussi un oeil à la playlist consacré au Mashup Film Festival sur Dailymotion.

De la préhistoire au streaming, tour d’horizon de la distribution de musique

Dans cette présentation très complète, Andy du groupe Uniform Motion retrace l’histoire de la distribution de la musique, afin de mieux comprendre le contexte actuel du streaming et du téléchargement.

Outre l’historique qui remet bien les choses en contexte, on y trouve beaucoup de chiffres très interessant sur les différentes sources de revenus issues du streaming (Spotify, Deezer, mais aussi Youtube), le role et l’attitude des sociétés de collecte de droits, …

La présentation est en CC-BY-SA, qui permet sa réutilisation, à condition bien sur de citer la source et d’écouter sa musique 😉

Zoybar, le kit de guitare open source avec un corps imprimé en 3D

Zoybar propose à ses utilisateurs un kit de guitare modulaire qui permet d’assembler une guitare personnalisable. Mieux grace à la démocratisation des imprimantes 3D, certains parties peuvent être conçues et produites par l’utilisateur lui même.

 

Zoybar, le kit de guitare open source avec un corps imprimé en 3D

Traduit à partir de l’article Open Source Guitar Kit With 3-D Printed Body publié à l’origine sur Wired.com

Zoybar est comme Meccano pour la musique. C’est un kit de guitare open source que vous assemblez, et les parties modulaires peuvent être assemblées en de nombreuses combinaisons pour produire des instruments de différentes formes. Le kit peut être acheté en configuration basse ou 6 cordes, mais le meilleur c’est que vous pouvez personnaliser encore plus les designs vous même.

Les kits guitare sont mis à disposition sous licence Creative Commons, et les fichiers CAD peuvent être téléchargés et bricolés librement dans le logiciel de 3D libre et open source Blender.

Le kit Zoybar est livré avec un cou fretless, un micro humbucker, plus des morceaux pour faire un squelette de corps et quelques vis et écrous pour faire tenir le tout ensemble. Les prix démarrent à 670$ et augmentent selon les options d’envoi. Quels est le son d’une guitare imprimée en 3D ? tester le:

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Cet exemple n’est que la partie émergée d’un mouvement beaucoup plus vaste, l’open source hardware, à savoir l’application de la philosophie open source aux monde des objets et des machines qui promet de révolutionner pas mal de choses.

Je vous reparlerai prochainement de ce sujet très prometteur.

Fora do Eixo un réseau culturel collaboratif distribué

Au Brésil, un circuit culturel qui a démarré loin des grandes villes et dépends en grande partie d’une monnaie basé sur l’échange de faveurs promeut à présent plus de 6000 spectacles par an. Cet article est une traduction et une adaptation d’un article de Thiago Borges pour Infosurhoy.com et qui revient sur le réseau Fora do Eixo (qui se traduit par « déporté, hors de l’axe principal ») et son fonctionnement original.

Fora do Eixo promeut la culture à travers le Brésil

Par Thiago Borges pour Infosurhoy.com – 06/12/2012 SÃO PAULO, Brésil – En février et Mars cette année, 500 000 personnes ont assistés au Grito Rock, l’un des plus gros festivals du Brésil. Contrairement à des festivals très en vue comme Rock in Rio qui a accueilli 700 000 fans en 2011, Grito Rock a decentralisé le concept du mégashow en amenant des musiciens dans plus de 200 villes. C’est la partie la plus visible d’un circuit qui offre 6000 spectacles annuellement à travers le Brésil. Ces spectacles font partie de Fora do Eixo, un mouvement culturel national qui a opéré indépendamment des 2 plus grosses villes du pays, Rio de Janeiro et São Paulo. Le mouvement a démarré à Cuiabá, la capitale du Mato Grosso, qui a une population de 551 000 résidents. Comme la plupart du Brésil, la ville était éclipsée par le développement culturel, politique, économique et social dans les zones urbaines de Rio de Janeiro et São Paulo. « Nous sommes en bout de ligne recevant la culture de São Paulo, Rio de Janeiro et, à l’occasion de Belo Horizonte et Recife, » dit Thiago Dezan, 22 ans, qui a été impliqué dans Fora de Eixo depuis 2008. « Nous ne pensions pas être capable de produire quelque chose nous même. » La graine a été planté en 2000, quand un groupe de jeunes étudiants en communication ont créé Cubo Mágico, un groupe avec l’objectif commun de promouvoir les fêtes et la culture locale à Cuiabá avec des groupes de toute la région. Cubo Mágico a rapidement commencé à échanger des idées et des expériences sur l’organisation de festivals avec des groupes ou collectifs similaires à Uberlândia (Minas Gerais), Londrina (Paraná) et Rio Branco (Acre). En 2005, cet échange d’idées a conduit à la création de la tournée Fora de Eixo. Fora do Eixo fonctionne maintenant comme un collectif de collectifs, avec l’implication de plus de 200 groupes et 2000 personnes.

Plus de 100 festivals

Le réseau, qui est présent dans 88 villes s’étale sur 25 états brésiliens, promeut annuellement 107 festivals musicaux impliquant plus de 30 000 artistes. Avec un financement minime, Fora do Eixo dépend des contributions de tous les participants pour se maintenir à flot. A la plupart des spectacles du Grito do Rock par exemple, les musiciens n’avaient pas de cachets pré-déterminés, mais un pourcentage des ventes de tickets. A la plupart des évènements Fora do Eixo, à la place d’argent, les artistes sont payés avec des photographies et des vidéos de leur performances, des relations presse, du temps de studio pour répétitions et enregistrements, des services légaux, parmi des dizaines d’autres produits et services.

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Tenu chaque octobre à Ribeirão das Neves dans l’état du Minas Gerais, Pá de Pedra est l’un des 100 festivals qui composent le circuit indépendant Fora do Eixo (Image: Fora do Eixo).

Démocratie culturelle

Si la musique était le coeur de Fora do Eixo et reste le principal travail du groupe, d’autres domaines se sont dévelopés autour de la musique, comme le théatre, les arts visuels, la production audiovisuelle et les médias libres. Les initiatives du groupes touchent 8 millions de personnes chaque année. « En portant des « initiatives médias », nous developpons de nouvelles façons de s’engager dans la politique, discuter la ville et connecter des gens qui ne sont jamais rencontré,  » dit Rafael Vilela, 23 ans de Florianópolis. Récemment, Vilela et Dezan ont voyagé à Mato Grosso do Sul pour suivre les difficultés des peuples indigènes Guarani-Kaiowá, qui se battent pour leur terres. En plus d’être témoin direct des évènements qui se déroulent dans la région, ces médiactivistes, comme ils se nomment eux mêmes, ont portés plusieurs « initiatives médias. » Ils ont créés une page Facebook sur le problème, tenu des débats avec les leader indigènes, transmis un proramme sur Internet et mis en ligne 30 heures d’enregistrements. « Nous avons réalisés que nous sommes plus qu’un réseau de musique, de théatre ou d’audio visuel,  » dit Dezan. « Nous sommes un réseau de technologies. »

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Durant la campagne pour les municipakes de 2012, Fora do Eixo a produits des programmes dans plusieurs villes à travers le Brésil, incluant São Paulo (ci dessous), qui étaient transmis en direct sur Internet via #posTV (Image: Fora do Eixo).

Amener l’extérieur à l’intérieur

Le réseau pouvait être uniquement trouvé dans les villes de moins d’un million d’habitant jusqu’en 2011, où il a ouvert un lieu dans l’une des plus grandes villes du Brésil. Casa Fora do Eixo qui est située dans le centre ville de São Paulo, héberge 17 personnes venant de tous les coins du Brésil. Les résidents gèrent les aspect opérationnel de Fora do Eixo et fournisse un soutien au 30 collectifs de l’état de São Paulo. Quatre maisons de plus – à Belo Horizonte, Porto Alegre, Porto Velho et Fortaleza – couvrent le reste du Brésil. Les résidents n’ont pas d’heures de travail fixes et ne rendent pas de compte à un patron, mais il travaillent entre 8 et 16h par jour. « Chaque individu est son propre chef, dit Dríade Aguiar, 22 ans et reponsable communication de Fora do Eixo, qui a déménagé de Cuiabá à São Paulo en 2011. « Ce n’est pas un travail, c’est la vie. »

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A la Casa Fora do Eixo, personne ne reçoit de salaire, le revenu est partagé par tous les membres, qui ont accès au compte en banque. Les achats, cependant, doivent être justifiés (Source de l’image Fora do Eixo).

Comme pour toutes les autres initiatives portées par le réseau, l’argent est un problème secondaire à la Casa Fora do Eixo. Personne ne reçoit de salaire. Tous les membres sont autorisés à utiliser de l’argent d’un fond collectif, qui reçoit de l’argent via des projets gouvernementaux ou des sponsors. Cependant, tous doivent justifier pourquoi leurs achats sont importants pour le groupe. Et pour éviter l’individualisme, ils partagent leurs vêtements. A coté des festivals et des débats, la maison accueille aussi les étrangers qui passent au Brésil. Fora do Eixo est connecté à des collectifs dans 15 pays, tel que l’Argentine, la Colombie, le Vénézuela, le Mexique et le Cap Vert.

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En plus d’héberger les administrateurs du réseau, les cinq résidences Fora do Eixo offre un abri aux artistes qui participent au circuit évènementiel, mais aussi à des « étrangers » d’autres collectifs. La photo ci dessus est la maison de Belo Horizonte, la capitale du Minas Gerais (source image: Fora do Eixo)

En décembre, ce réseau global sera le point d’orgue du 5eme congrès Fora do Eixo, qui aura lieu à Rio de Janeiro et inclut la participation de groupes du Brésil et au dela. « Comme au Brésil, il y a d’autres pays en amérique latine et d’autres endroits du monde où il y a des producteurs et des groupes locaux qui ont besoin d’un break » dit le journaliste Gabriel Ruiz, 28 ans.  » Les réseaux ont montrés leurs incroyables capacités ».

Pour aller plus loin je vous conseille cette publication en anglais qui détaille la démarche de mise en place de la monnaie complementaire du réseau Fora Do Eixo:

La Culture libre : un chemin pour la réussite ?

Peut on concilier partage et financement de la création artistique ? Dans cet article Lionel Maurel (aka Calimaq), juriste, bibliothécaire et spécialiste du droit d’auteur et des biens communs montrent des exemples d’artistes ayant utilisé avec succès les licences libres.

Cet article initialement a été publié le 17 mai 2012 par  sous licence Creative Commons Zéro (CC0),

Dans les débats concernant le droit d’auteur et l’avenir de la création, la question du financement revient de manière lancinante et l’on remet souvent en cause la capacité des pistes alternatives à assurer aux artistes les moyens de créer, de diffuser leurs productions auprès d’un public et d’en tirer un revenu.

Voici pourtant quatre exemples de  créateurs, ayant fait le choix de la Culture libre, qui démontrent que le système classique du droit d’auteur n’est pas la seule voie pour atteindre le succès à l’heure du numérique.

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Quelques bourgeons d’espoir dans cet interminable hiver de la propriété intellectuelle que nous subissons (Just Hanging With Some Buds. Par Sea Turtle. CC-BY-NC-SA. Source : Flickr)

Du domaine public volontaire aux licences de libre diffusion en passant par le Copyleft, les moyens juridiques mis en oeuvre par ces expérimentateurs sont variés, mais ils mettent tous à profit l’ouverture offerte par les licences libres pour maximiser la diffusion de leurs créations sur les réseaux et entrer dans de nouvelles formes de relations avec leur public.

Ces quatre exemples sont tirés de champs différents de la création : la musique, la peinture, le livre et le cinéma d’animation. Et vous allez voir que contrairement à une autre idée reçue, la qualité est au rendez-vous !

Enjoy, Share, Remix et surtout inspirez-vous !

 

Sharing is caring de Dan Bull : une musique sous CC0 à l’assaut des charts en Angleterre

Le musicien Dan Bull a réussi la prouesse la semaine dernière de parvenir à faire entrer son morceau Sharing is Caring à la 9ème place des charts en Angleterre dans la catégorie Indie et à la 35ème place dans la catégorie RnB.

Pour diffuser ce morceau de hip-hop en faveur du partage, Dan Bull a fait le choix d’utiliser l’instrument le plus ouvert parmi ceux proposés par Creative Commons, à savoir le waiverCC0 qui permet de verser par anticipation une oeuvre au domaine public, en renonçant à toutes formes de droit sur sa création. En cela, il rejoint la démarche de ces « Artistes contre le droit d’auteur » dont j’avais eu déjà l’occasion de parler sur OWNI.

Dans une interview accordée à Creative Commons UK, Dan Bull explique utiliser le sens de sa démarche :

J’ai choisi d’utiliser CC0 parce que je ne crois pas à la validité de la propriété intellectuelle. Un morceau de musique est une idée. Sous forme numérique, c’est une suite de 1 et de 0. Qui suis-je pour dire à une autre personne qu’il est interdit d’avoir une idée ou de manipuler une certaine séquence de 1 et de 0, simplement parce que j’ai eu cette idée avant elle ? Cette manière de penser me paraît perverse. La première personne qui a eu une idée n’est pas forcément la mieux placée pour l’utiliser, et c’est pourquoi le fondement même des lois sur le droit d’auteur est contestable.

Dan Bull possède déjà un lourd passé d’activisme musical dans le domaine de la culture libre, puisque c’est déjà à lui que l’on devait déjà ce rap vengeur Death of ACTA , écrit en réaction au traité liberticide, dont on espère que le titre sera prémonitoire !

 

Avec Sharing is Caring, Dan Bull a voulu prendre le système à son propre jeu : bien qu’il n’accorde aucune valeur particulière aux classements des charts, il voulait démontrer qu’une musique créée en dehors du système classique du droit d’auteur et sans le soutien des industries culturelles pouvaient se hisser dans le top des ventes.

Dan Bull a donc mis son morceau en partage  gratuitement en torrent sur Pirate Bay, mais dans le même temps,  il a choisi une diffusion multi-canaux et multiforme pour en maximiser la dissémination et l’audience. Le fichier était parallèlement proposé à la vente sur iTunes, Play.com et Amazon, et dans le même temps, il était largement partagé sur les réseaux sociaux et les plateformes de diffusion comme Youtube. Trois versions différentes du même morceau ont même été réalisées spécialement pour Facebook, Twitter et Google +. Au delà de cette première trilogie, Dan Bull a diffusé 10 versions de Sharing is Caringavec notamment des versions a capella et instrumentales, pour encourager les remix et les mashups. Pour pousser les ventes, l’artiste promettait aux fans qui achèteraient les dix versions toutes d’être cités dans une vidéo de remerciement.

Et voilà comment on obtient un succès commercial, en misant sur la dissémination virale à l’oeuvre sur les réseaux et en associant le public à sa propre création. Là où Dan Bull est parvenu à faire la parfaite démonstration de son propos, c’est que finalement  l’un des remix,une version reagge réalisée par Animal Circus, a terminé plus haut encore dans les charts que le morceau original, à la première place de la catégorie Reggae et à la seconde place de la catégorie World Music.

Qui a dit qu’on ne pouvait plus vendre de la musique ! Et cette démarche préfigure sans doute très bien ce qui se passerait pour les artistes si un système de licence globale, légalisant le partage était consacré par la loi…

Gwen Seemen : portrait d’artiste en Culture libre

La Culture libre comptait déjà certains artistes emblématiques, comme le romancier Cory Doctorow ou la dessinatrice Nina Paley, qui incarnent l’esprit d’ouverture et d’innovation que promeuvent les licences libres.

Mais j’ai été particulièrement heureux de découvrir ces derniers temps l’oeuvre de la portraitiste américaine Gwen Seemel, dont la démarche globale est particulièrement exemplaire et stimulante.

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Un autoportrait de Gwen Seemel ( Second Face, par Gwen Seemel. 2009)

Tout comme Nina Paley avait pu le faire, Gwen Seemel n’a pas choisi d’utiliser les licences libres, mais plutôt de se placer littéralement en dehors du droit. Au pied de son son site, on ne trouve pas un symbole ©, mais un petit visage souriant conduisant le visiteur vers cette mention :

I am happy for you to copy and display my work, and you are welcome to create derivative works using my images. I would love it if you gave me credit when you do so.

Je me réjouirais si vous copiez et diffusez mon oeuvre et je vous encourage à créer des oeuvres dérivées en utilisant mes images. Je serais heureuse si vous me créditez à cette occasion.

Dans le domaine de la peinture, où la culture libre n’est pas si répandue, Gwen Seemel impressionne par la façon dont elle intègre l’ouverture à sa démarche créative. Spécialisée dans le portrait, elle réalise également des peintures animalières, des séries conceptuelles à thèmes, des livres illustrés, ou encore des sacs en toile peints !

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2011. Par Gwen Seemel

Mais c’est surtout sur son blog que Gwen Seemel montre les différentes facettes de son art et la manière dont il s’imbrique et s’inspire de son engagement pour la Culture libre. Je vous recommande vivement de vous y abonner, surtout que Gwen est bilingue et rédige une bonne proportion de ses articles à la fois en français et en anglais.

Elle y montre sa création en train de se faire, mais aborde aussi de manière incisive et décapante des questions liées à la propriété intellectuelle comme l’imitationl’originalitéla protection contre la copie ou l’appropriation de la culture.

Elle réalise également des vidéos pour illustrer ces billets, en anglais et en français, dont j’avais particulièrement apprécié celle-ci, intitulée « le droit d’auteur, c’est pour les peureux » :

Dans un autre de ces billets, elle expose un modèle d’affaire pour les artistes qui renoncent au droit d’auteur (ce qui est son cas), particulièrement convaincant, qui montre que des modèles économiques peuvent émerger sans s’ancrer dans la culture du contrôle et de la restriction inhérente au copyright. Gwen Seemel sait d’ailleurs mettre à contribution avec succès les formes innovantes de financement de la création comme le crowdfunding, pour faire participer le public en amont au financement de projets ambitieux, comme la réalisation de séries de peintures.

Chapeau bas, Gwen Seemel, pour incarner à ce point l’idéal de la Culture libre !

Cities of You par Brian Foo :  sur les traces d’Italo Calvino

Ce projet a également utilisé la voie du crowdfunding (financement participatif) pour être mené à bien par son auteur, Brian Foo.

Cities of You est un projet de livre illustré, mêlant textes et peintures, inspiré par le romanLes Villes invisibles d’Italo Calvino. Il s’agit d’inviter le lecteur à un voyage imaginaire vers plusieurs cités fantastiques, chacune possédant une identité forte inspirée par une personne réelle rencontrée par Brian Foo, et de découvrir la manière dont la ville est construite, la façon de vivre des habitants, son histoire, sa culture et sa destinée.

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Fraboo, par Brian Foo. La première des villes imaginaires de Cities of You. CC-BY-NC-SA

Pour financer son projet, Brian Foo a lancé un appel à contributions via la plateforme américaine Kickstarter, en présentant le concept de son livre et quelques planches déjà réalisées. Alors qu’il demandait 2000 dollars pour son projet, Brian est parvenu à rassembler 11 000 dollars au final en quelques semaines, grâce à 141 donateurs. Et ce avant même d’avoir terminé son ouvrage !

Une fois réalisé et comme annoncé dès l’origine sur Kickstarter, Cities of You, comportant au final les descriptions de 41 villes imaginaires, a été mis en ligne en accès gratuit sur un site Internet et les éléments de l’ouvrage, textes et images, sont placés sous licence libre Creative Commons CC-BY-NC-SA. Le livre auto-édité par Brain peut être acheté en version papier, ainsi que les superbes peintures originales qui  ont servi à sa réalisation.

Ce type de projet est intéressant dans la mesure où il démontre que le recours aux licences libres est compatible à la fois avec un financement en amont, par le biais du crowdfunding et un financement en aval, la version gratuite en ligne ne constituant pas une concurrence pour la version papier et les peintures.

Et réjouissons-nous, car un volume II de Cities of You est déjà annoncé !

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Sheeshani. Par Bian Foo. Cities of You. CC-BY-NC-SA

 Tube : nouvelle perle du cinéma d’animation en Open Source

Le dernier projet que je voudrais vous présentez est le film d’animation Open Source Tube,  à propos duquel le site Mashable a consacré cet article au titre éloquent « Will This Open-Source Animated Film Change the Movie Industy Forever« .

L’histoire de Tube parle de quête de l’immortalité et s’inspire de l’épopée de Gilgamesh. Tous les éléments du film seront réalisés avec des logiciels libres et des formats ouverts et ils seront diffusés sous licence copyleft CC-BY-SA, permettant la copie, la diffusion, la modification des contenus, y compris à des fins commerciales.

Le financement passe ici encore par la plateforme américaine Kickstarter où la campagne de soutien a rencontré un succès impressionnant. Le but initial  de 22 000 dollars a été atteint cette semaine et largement dépassé, avec plus de 36 000 dollars rassemblés.

Ce succès rencontré par le cinéma Open Source n’est pas le premier. En 2006, une équipe s’était déjà illustrée en produisant le premier film d’animation de ce genre, le remarquable Elephant Dream, disponible en ligne gratuitement sous licence CC-BY. Plus récemment, le film espagnol El Cosmonauta, du producteur indépendant Riot Cinéma, s’était également fait remarquer, en recourant au crowdfunding et aux licences libres de manière particulièrement inventive.

***

Tous ces artistes sont engagés à divers degrés pour l’évolution de la propriété intellectuelle et contre les projets liberticides qui se multiplient dans ce domaine. Ils apportent la preuve que même si l’évolution législative reste en panne, il est déjà possible – ici et maintenant – de créer autrement, en liberté.

La Culture libre : un chemin pour la réussite ?

Article initialement publié le 17 mai 2012 par  sous licence Creative Commons Zéro (CC0),

Créer des vidéos multimédias interactives et des remix avec Popcorn Maker

Popcorn Maker est un outil en ligne qui permet d’intégrer dans des vidéos d’autres contenus web (audio, cartes, liens flux twitter, …) pour créer des documents multimédia très riches. Comme la plupart des services en ligne, Popcorn Maker fournit un code d’intégration (embed code) pour republier la vidéo remixée ailleurs sur le web sous forme de widget.

Conçu par Mozilla (qui a notamment développé Firefox) dans l’esprit c’est très proche de Thinglike un outil pour créer des images interactives, mais version vidéo.

Pour démarrer, il suffit de fournir un lien vers une vidéo en ligne issue de Youtube, Vimeo, ou d’un code HTML5 puis d’ajouter des modules (images, textes, pop-up, liens, flux Twitter, cartes Google ou des articles Wikipédia…) pour enrichir la vidéo.

Ces différents modules apparaitront alors au cours de la lecture de la vidéo.

L’interface de l’outil est très simple : Une piste avec des calques où vous positionner vos modules

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Pour enregistrer il faudra vous créer un compteauprès de Mozilla Persona. Il vous sera alors possible d’exporter votre nouvelle vidéo sous forme de widget via un code à intégrer sur un blog, un réseau social, un site web…

Voici la vidéo de présentation de l’outil (en anglais). 

J’entrevois beaucoup de possibilités pour les documentaires, les journalistes réalisant des infographies enrichies, … Au dela j’imagine que des artistes prêts à expérimenter en s’amusant comme Uniform Motion qui avait crée un jeu multimédia participatif avec Thinglike, trouveront des idées pour créer des remix inattendu.

A noter qu’il est possible de remixer des vidéos multimédia existantes, le site de Popcorn maker proposant même un bouton « Remix it » sur les plus populaires.

Cela va dans le sens de la culture du remix que l’on voit émerger de plus en plus nettement.

En fait en extrapolant on imagine qu’un jour il existera un web ouvert avec des contenus sous licences libres et des outils comme Popcorn Maker qui populariserons la création et le remix à grande échelle, n’importe qui pouvant prendre n’importe quel contenu et le combiner, le transformer avec d’autres pour créer quelque chose de nouveau en quelques minutes.

Vu la vitesse à laquelle des outils comme Facebook, Twitter, Youtube, les smartphones ont déja transformés les usages et la vitesse à laquelle la technologie continue d’évoluer, ce jour n’est probablement pas très loin.

 

Testez le: Popcorn Maker

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