Réflexion: Citer ses sources d’inspiration en tant qu’artiste

Alors que chez les scientifiques la citation des sources est encouragée (et même obligatoire), chez les artistes, il est inhabituel et parfois même risqué de citer ses sources d’inspiration. Dans une courte vidéo de 5 minutes, l’artiste-peintre Gwenn Seemel lance un débat très intéressant sur le sujet.

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Everything is a remix: réflexions sur la copie, la création et l’innovation

Une documentaire vidéo qui fait réfléchir sur la création et la copie, le droit d’auteur. Une piste de reflexion sur les changements apportées par le numérique, mais aussi une source d’inspiration pour les créateurs.

Saviez vous que Led Zeppelin ne s’est pas seulement inspiré d’autres groupes de son époque, mais à carrément pompé bon nombre de ses tubes, parfois sans même prendre la peine de modifier le titre ou la chanson ?!

Saviez vous qu’en regardant attentivement Star Wars on peut deviner quelles oeuvres Georges Lucas a copié et transformé pour créer son chef d’oeuvres ?

Produite par Kirby Fergusson la série Everything is a remix est particulièrement fascinante.

A travers des exemples concrets Kirby Fergusson montre comment toute création est avant une copie modifiée d’une création précédente.

Toute création est un remix

Les vidéos sont en anglais mais proposent des sous-titres en français. Elles durent une dizaine de minutes chacune et sont très agréable regarder.

 

Le site de Kirby Fergusson
Everything is a remix

Créativité, innovation et remix

Contrairement à l’idée que l’on a du créateur, génie solitaire créant quelque chose d’entièrement nouveau dans un grand moment d’illumination, la réalité semble plus terre à terre.

Nous sommes tous influencé par le passé et que nous voulions ou non, ce que nous créons n’est jamais entièrement nouveau mais est l’aboutissement d’une série de micro-innovations qui ont démarrées par des imitations.

Mais je ne crois pas que ce soit problématique, au contraire. En l’acceptant et le comprenant on peut l’utiliser pour mieux créer.

Et c’est la que la vidéo de Kirby Ferguson est particulièrement intéressante pour les créateurs car il donne une équation simple qui résume simplement le processus créatif:

Créer = Copier + transformer + combiner

Dans toute création il y a d’abord une ou plusieurs copie. Copier est un phénomène naturel, reprendre ce que l’on aime et imiter c’est la meilleure manière d’apprendre, et se former .

Dans un deuxième temps pourtant, la copie est modifiée, transformée, elle peut changer de contexte être adaptée, rester semblable ou devenir complètement méconnaissable.

Enfin dernière phase du processus: combiner les copies transformées: c’est cet assemblage qui créer l’oeuvre originale et lui donne l’identité, le style, la patte de son créateur.

En pratique ce n’est pas aussi simple et binaire, mais globalement le processus créatif me semble fonctionner comme ca. Bien sur vous me direz certains créateurs innovent et font quelque chose qui n’a jamais été fait avant.

C’est alors intéressant de voir comment des créateurs particulièrement inventifs comme Michel Gondry parlent de leur inspirations. Bien souvent à la base, il y a eu une influence, quelque chose qu’ils ont copié mais tellement transformé par la suite que l’inspiration d’origine est méconnaissable.

Au final, je trouve ces idées plutôt rafraichissantes car elles ouvrent plein de pistes pour la création, la créativité, l’innovation, les remix…

Evidemment cela va en conflit ouvert avec une vision étroite du droit d’auteur… Kirby montre d’ailleurs très a propos que si la plupart d’entre nous n’avons pas de problèmes et a prendre et réutiliser le travail des autres, il est en revanche bien plus dur  pour nous de voir notre travail réutilisé.

« La plupart d’entre nous n’ont pas de problème avec la copie (tant que c’est nous qui copions) »

Pourtant à l’origine le droit d’auteur avait pour but de donner un avantage aux inventeurs et créateurs pendant une durée limitée avant que la création ou l’invention revienne dans le domaine public pour être librement réutilisée.

Culture du remix et innovation ouverte

 

Pourtant si la copie et le remix ont toujours existés dans l’histoire de la création et de l’innovation, c’était jusqu’alors un épiphénomène, me semble t-il. Je ne suis pas historien et je me trompe peut être, mais il me semble que si dans le passé on copiait ponctuellement quand le besoin s’en faisait sentir, la culture du remix a ceci de différent qu’elle accepte et recherche activement la copie comme principe fondamental du processus créatif.

Qu’en pensez vous ?

 

Playlists et Remix: le futur de la musique

Dopé par la culture web et du partage de musique, les playlists semblent devenir un nouveau format musical standard qui pourrait devenir plus important que l’album traditionnel. Dans ce contexte la diffusion de playlists va devenir un nouveau mode de découverte essentiel pour les artistes.

Derrière la playlist, le remix s’impose lui aussi comme un nouveau standard dans la création culturelle.

Loin d’être marginaux, ces usages sont en train de devenir des phénomènes majeurs et incontournables de la musique avec des conséquences qui vont bien au dela du web.

 

Le nouveau contexte de la musique en ligne

Une tendance importance dans le contexte actuel du web est l’abondance de contenus. La où avant sur un étal de magasin de musique il y a avait quelques centaines de CDs, il y a maintenant des millions de contenus en ligne.

Il y a maintenant un tel excès de contenus sur internet, que chacun est en compétition pour l’attention des gens. Le problème des artistes n’est donc pas le piratage, mais l’obscurité.

Conséquence de cette abondance, une autre tendance grandissante est la curation de contenu qui consiste à sélectionner, éditer et partager les contenus les plus pertinents du Web pour un sujet donné.

Curation et diffusion prescriptive

J’argumente depuis longtemps qu’une forme de curation, la diffusion prescriptive va devenir le moteur le plus important de découverte musicale et que les artistes devraient tenter de favoriser ces formes de curations et diffusion car il s’agit de promotion ciblée et gratuite.

Même si les investisseurs californiens qui financent les Facebook, Spotify ou Pandora sont persuadés que l’avenir de la musique ce sont des services logiciels de recommandation musicale, je crois plus à la curation humaine plutot que celle faite par des algorithmes.

Parce qu’ils se basent sur mes habitudes existantes ou celles de personnes comme moi, ces programmes ont du mal à prendre compte que mes habitudes changent ou à me faire découvrir quelque chose de radicalement nouveau par rapport à ce que j’écoute déja.

Alors qu’écouter une compilation faite par un ami a une valeur différente, justement parce que c’est un ami qui l’a faite.

De la compilation à la playlist

Le phénomène de « playlisting » est ancien. De même qu’avant on enregistrait sur nos cassettes audio des compilations que l’on pouvait aussi échanger, de nos jours, la playlist web se développe aujourd’hui a grande vitesse.

Depuis la révolution du iPod et des baladeurs numériques, on voit ainsi de plus en plus d’échanges de playlists entre amis.

On voit maintenant aussi des outils dédiés pour mieux gérer ces partages de playlists.

Un lecteur musical de playlists

Tomahawk est un lecteur multimédia de playlists. Le principe est simple, vous et vos amis partagez des playlists, sans envoyer les fichiers. Tomahawk lit ces fichiers playlist et cherche la musique correspondante.

Si la musique correspondante se trouve sur votre ordinateur, il la lit directement, sinon il recherche sur des services en ligne comme SpotifySoundCloud, Jamendo ou Youtube, Last FM… mieux, il est capable de lire de la musique stockées dans les répertoires partagés par les autres internautes connectés au logiciel.

Il ne recopie pas la musique, (ce n’est pas du P2P !!), il la lit à partir des autres plateformes et centralise la lecture sur son interface sans téléchargement.

Le projet open data lawn expérimente ce nouvel usage en proposant des playlists téléchargeables et écoutable via Tomahawk. Ces playlists sont mise à disposition sous .xspf, un format de fichier qui stocke une liste de fichiers multimédia (ici de l’audio) ou plutôt une liste de chemins d’accès à ces fichiers.

Des playlists illustrées

Autre signe que la playlist gagne son statut d’oeuvre à part entière, Decorated playlist est un projet explorant le lien entre musique et design en proposant des playlists illustrées graphiquement, se rapprochant de plus en plus d’un format d’album en ligne.

Un nouveau standard ?

Dans ce contexte, il est interessant de regarder la playlist comme un nouveau format musical à part entière au même titre que l’album avant lui.

Soyons clair, la compilation existe depuis longtemps et nous avons tous achetés des compilations de rock, jazz, classique sur CDs.

La nouveauté c’est que la compilation devient « 2.0 », c’est à dire que les auditeurs, ne sont plus seulement acteurs, mais producteurs.

La où avant quelques majors sortaient quelques compilations par an, ce sont maintenant des milliers de personnes qui créent et diffusent leur playlists.

Et chacun étant capable de créer une playlist, il y a plus de créateurs de playlists que de créateurs d’albums. Et donc potentiellement que l’on aura peut être bientôt plus « d’oeuvres » de type playlists que « d’ oeuvres » de types albums.

Ainsi il faut s’attendre à ce que certains bloggueurs et autres musicophiles influents deviennent des producteurs de musiques majeurs.

Un nouveau mode de découverte ?

Un Quentin Tarantino qui sélectionne des musiques pour ses films a probablement fait vendre beaucoup plus de musique à certains des artistes sélectionnés que leur propres albums.

Verra t-on le meme phénomène grâce aux playlists ? Je pense que oui et que dans le futur la découverte sera de plus en plus via des partages de playlists que par des partages d’albums.

Au dela de la playlist: le remix

Que ce soit dans le développement logiciel ou la musique. le remix est une autre tendance majeure du web.

Le remix est un hybride plus ou moins poussé entre les morceaux, à tel point que ceci posent un problème juridique l’oeuvre étant à la fois nouvelle mais aussi composée de morceaux de matériels anciens souvent soumis au droit d’auteur.

Comme j’en parlais dans l’article nouvelle tendance: les remix et mashup de vidéos musicales, cette forme de création grandit très vite et va devenir un usage majeur très bientôt.

Pour entrevoir à quoi va ressembler le futur de la musique, il est interessant de voir ce qui existe déja dans des secteur qui ont déja été bouleversés par le web.

Le monde du logiciel comme indice du futur de la musique

Dans le monde du logiciel en ligne il y a déjà un usage de remix courant que l’on appelle « mashup » (littérallement « purée »).

Un mashup consiste a un assemblage de différent logiciels distinct pour créer une nouvelle application. Google maps est un exemple de logiciel qui a été très utilisé pour des mashups. On trouve ainsi des googles maps de délinquance, de maisons a vendre, d’évènements

Encore une fois ces mashup ne sont pas l’apanage de quelques grosses entreprises, mais plus souvent viennent d’individus qui créent quelque chose qui répond à leur propre besoin, mais une fois mis en ligne peut intéresser beaucoup de monde.

Ce nouveaux outils peuvent réutilisé voire même remodifiés une nouvelle fois par les utilisateurs.

Les artistes peuvent ils utiliser cette tendance en la favorisant comme le font déja les developpeurs ?

Favoriser le remix en imitant les developpeurs ?

Dans le monde du logiciel en ligne, les developpeurs qui veulent favoriser la réutilisation et le remix de leurs logiciels mettent à disposition des developpeurs tiers ce que l’on appelle une API, c’est a dire une forme d’accès à l’application sous forme de flux réutilisable par les développeurs tiers.

On pourrait imaginer que les musiciens mettent en ligne leur morceaux sur des services assez ouverts comme Soundcloud grâce auxquels les internautes pourront écouter la musique et l’ajouter à des playlists écoutables par leurs amis via un lecteur comme Tomahawk.

Et que les artistes qui comme Trent Reznor veulent promouvoir le remix par leurs fans peuvent placer leur morceaux sous licence Creative commons et autoriser le téléchargement sur Soundcloud.

Le phénomène DJ

Sur scène aussi, cette tendance grandit. Depuis plusieurs années les DJs, dont la plus grande partie du travail consiste à sélectionner et diffuser les meilleures musiques selon l’humeur et le gout du public, ont de plus en plus de succès.

Si les musiciens jouent de leur instrument en mixant les notes, les DJs jouent du leur en mixant les samples et les morceaux.

Ainsi dans la scène musicale contemporaine naissante de Bombay où je travaillais, les DJs avaient souvent plus de succès que les groupes auprès du public (mais aussi des organisateurs pour des raisons de couts).

On voit de plus en plus d’artistes comme Midival Punditz qui samplent des morceaux de musique traditionnelles pour les remixer avec des beats contemporains. Mieux ceci donne lieu ensuite à des collaborations live où DJs et intrumentistes

En France aussi depuis plusieurs années des artistes comme Rubin Steiner innovent, fusionnant les styles et mixant l’électronique et le live avec brio.

 

Conclusion

Vous l’aurez compris on est loin de l’ancien modèle, « je produit des chansons, un album, je presse un CD et je le vends ».

Dans un monde où chacun peut être producteur ou diffuseur et où les contenus musicaux sont disponible en quantité quasi-illimitée, il faut arrêter de regarder sur le passé et focaliser le présent.

Quelque soit le futur de la musique, la production et la diffusion de playlists par les fans et le remix seront des usages majeurs avec lesquels ils faudra compter.

Les changements qui surviennent sont certainement perturbants mais à mon avis nous sommes à la veille d’une explosion de créativité qui ouvrent un nouveau monde d’opportunités pour les artistes.