Réflexion: tirer parti de la diffusion des images plutot que de la combattre ?

Quand on est photographe ou illustrateur, comment publier des images de ses œuvres sur le web où la copie et le remix sont des pratiques courantes ? Pour moi, vouloir prévenir la copie est comme vouloir arrêter la mer avec un château de sable. Il m’a toujours semblé plus interessant d’utiliser la copie, par exemple en mettant des œuvres sous licence Creative Commons et en « tatouant » les images, avec un lien propre et bien lisible dans les images, afin d’utiliser cette diffusion pour générer de la visibilité.

Mais la question est complexe et le débat reste ouvert.

Pour vous donner matière à réflexion, voici un article publié par le collectif SavoirCom1 suite à la décision du dessinateur Manu Larcenet de fermer son blog suite à de trop nombreux « emprunts » de son travail. Voyez notamment à la fin des exemples d’illustrateur et photographes faisant usages des licences libre et de la copie. Lire la suite…

La Culture doit-elle être libre et gratuite ?

Une question provocante et un débat très intéressant sur la culture, le droit d’auteur, le financement. Nouvel article par Lionel Maurel (aka Calimaq), juriste, bibliothécaire et spécialiste du droit d’auteur et des biens communs et qui apporte ici des arguments intéressant pour une culture accessible à tous.

 

La Culture doit-elle être libre et gratuite ?

Mardi soir,  le magazine Usbek et Rica organisait une conférence à la Gaîté Lyrique sur le thème de « La Culture doit-elle être libre et gratuite ?« . Il s’agissait de la cinquième édition duTribunal pour les générations futures, dont voici le pitch :

Parce que l’avenir n’est pas encore mort, nous avons plus que jamais besoin de l’explorer ! Chaque trimestre, accusé, procureur, avocat, témoins et jury populaire statuent sur un enjeu d’avenir… pour identifier les bouleversements d’aujourd’hui et les défis de demain.

La culture doit-elle être libre et gratuite ? La philosophie hacker dessine une nouvelle société du partage, dans laquelle la culture doit trouver un modèle économique à la fois stable et ouvert. Militants du libre et représentants des industries culturelles seront là pour en débattre, dans ce nouveau Tribunal pour les générations futures.

Le principe de ces soirées est qu’un jury, composé de personnes choisies au hasard dans la salle, est invité à se prononcer sur une question à l’issue du réquisitoire d’un procureur, de la plaidoirie d’un avocat et de la déposition des témoins.

J’ai eu le grand honneur d’être invité à participer comme avocat à cette séance,  tandis qu’Eric Walter, secrétaire général de l’Hadopi, s’est exprimé en qualité de témoin.

Voici ci-dessous la plaidoirie que j’ai prononcée à cette occasion, en faveur de la Culture libre.

A vous de juger à présent, sachant qu’à la question posée à la fin par le président du Tribunal –  « Faut-il punir les internautes qui copient, partagent et diffusent librement sur Internet ? » -,  les jurés ont répondu non, par 3 voix contre 2.

 

***

Le prix de la liberté

Mesdames, messieurs les jurés. Vous qui représentez ici les générations futures.

Vous vous souvenez sans doute de la campagne de spots vidéo, lancée l’été dernier par Hadopi pour promouvoir son label PUR. On y voyait notamment la chanteuse Emma Leprince, cartonnant avec son tube « I prefer your clone » dans les années 2020. Un flashback nous ramenait au temps présent et nous montrait Emma Leprince petite fille, chantant dans sa chambre. Une voix off énonçait alors que sans Hadopi, la fillette ne pourrait jamais devenir artiste. Suivait ce slogan : « Hadopi : la création de demain se défend aujourd’hui ».

C’est donc vous, générations futures, qui étaient invoquées et utilisées pour promouvoir le système de protection des oeuvres mis oeuvre par Hadopi.

Le raisonnement sous-jacent était le suivant : le téléchargement illégal et les autres formes de piratage représentent un mode d’accès gratuit à la culture qui lèse les artistes en les privant des revenus liés à la vente de leurs oeuvres. En les privant des moyens de subsister, cette gratuité met en danger les créateurs et l’avenir de la création. Avec le risque à terme que la création culturelle disparaisse et qu’il n’y ait plus ni livres, ni films, ni musique.

Je ne suis pas d’accord avec cette conception et je vais essayer de vous le montrer, mais je reconnais que cette question de l’avenir de la création mérite d’être posée. C’est même sans doute la question la plus importante à laquelle nous ayons à faire face dans le débat actuel sur le droit d’auteur et le partage des oeuvres en ligne.

Car c’est sur elle que les générations futures nous jugeront.

La culture doit-elle dès lors être libre et gratuite ? Je reformulerai plutôt la question ainsi : si la culture était libre et gratuite, aboutirait-on à une mise en danger et à une mort de la création ?

Je vais répondre en juriste, mais avant tout, il est nécessaire de clarifier les termes du débat, à cause de l’ambiguïté des mots libre et gratuit. En anglais, le terme free peut renvoyer à ces deux termes indistinctement, alors qu’en français, ils recouvrent deux réalités profondément différentes.

Beaucoup de choses sont gratuites sur Internet, mais peu sont réellement libres. Je peux lire certains articles gratuitement sur le site du Monde ou de Libé : les contenus sont librement accessibles, mais ils ne sont pas libres. Je peux écouter de la musique en streaming gratuitement sur Deezer ou Spotify, même sans prendre d’abonnement, mais il ne s’agit pas de musique libre. Ces exemples montrent que la gratuité est un modèle économique à part entière, qu’elle serve à dégager des recettes publicitaires ou s’articule avec des formules de freemium. La plupart des géants du Net ont construit leurs empires sur la gratuité. On peut utiliser gratuitement le moteur de recherche de Google et tous les outils que la firme met à notre disposition : Google Maps, Google Docs, Gmail, etc. Les réseaux sociaux, comme Facebook et Twitter, sont gratuits. Mais il s’agit là d’une « fausse gratuité », car les utilisateurs « payent » ces services en leur fournissant des données personnelles ou des contenus, ensuite marchandisés. La gratuité n’est pas toujours synonyme de liberté, loin de là.

En revanche, il existe des choses qui sont réellement libres et gratuites sur Internet, comme par exemple Wikipédia. L’encyclopédie collaborative est gratuite, mais elle est surtout libre et cette liberté provient de la licence libre (Creative Commons CC-BY-SA) sous laquelle elle est placée. En vertu de cette licence, il est possible de modifier et de réutiliser gratuitement les contenus de Wikipédia, y compris à des fins commerciales, à condition de citer la source, de créditer les contributeurs et de partager les contenus sous la même licence.

Cette forme particulière de liberté est d’abord née dans le monde du logiciel libre, pour  être ensuite élargie aux autres champs de la création et à tous les types d’oeuvres pouvant être protégées par le droit d’auteur. Le fonctionnement des licences libres renverse la logique traditionnelle du copyright. Au lieu de poser des interdictions (« Tous droits réservés »), les licences libres permettent aux auteurs de donner a priori des libertés aux utilisateurs pour certains usages, normalement soumis à autorisation : reproduire, représenter, modifier, etc.  Des licences comme les Creative Commons permettent en outre aux auteurs de maintenir certaines interdictions, comme celle de l’usage commercial ou de la modification, afin de conserver un contrôle plus étroit sur leur création.

Mais dans les cas couverts par la licence, l’usage est bien libre et gratuit. C’est le cas pour plus de 200 millions de photographies sur Flickr et plus de 10 millions de fichiers sur Wikimedia Commons.

Ces exemples prouvent que la culture PEUT être libre et gratuite, dès maintenant, si les auteurs font le choix d’utiliser les licences libres. Il existe d’ailleurs tout un pan de la création contemporaine – la Culture libre – qui s’est constitué en utilisant ces licences. C’est le domaine du Remix, du Mashup, de la réutilisation et de la dissémination des oeuvres, qui constitue le propre de la culture Web.

Mais générations futures, je vous entends m’adresser une objection : ces licences conviennent sans doute aux amateurs pour diffuser leurs créations, mais quid des professionnels qui voudraient en tirer revenu. Comment Emma Leprince pourrait-elle devenir une artiste si elle place ses chansons sous licence libre ?

Même si on peut comprendre ce type de réticences, l’argument en réalité ne porte pas, car il existe d’ores et déjà des créateurs qui ont réussi à construire des modèles économiques convaincants en utilisant des licences libres, et ce dans tous les domaines.

C’est le cas pour les livres avec Cory Doctorow, qui offre depuis longtemps ses ouvrages sous licence libre en ligne, mais vend (et fort bien) les même livres en papier. En matière de musique, il existe une Emma Leprince en Australie, nommée Yunyu, qui a réussi à percer en plaçant certains morceaux de ses albums sous licence libre, afin que leur circulation lui assure un marketing viral. C’est le cas également pour le cinéma avec le succès l’an dernier du film d’animation El Cosmonauta du producteur indépendant espagnol Riot Cinéma. Dans la photographie, Jonathan Worth, exposé à la National Portrait Gallery, diffuse ses clichés en ligne sous licence Creative Commons.

La culture peut être libre ; elle peut même être gratuite, mais des modèles économiques viables peuvent être construits, fondés sur la valeur du partage. Car contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, le partage donne de la valeur aux oeuvres, au lieu de les dévaloriser.

Un exemple qui le prouve est celui de Yann Arthus Bertrand, qui a choisi de diffuser gratuitement son film Home sur Internet, ce qui n’a pas empêché de rencontrer le succès pour la projection en salles et pour la vente de DVD. Au contraire, c’est PARCE QUE son oeuvre avait été diffusée gratuitement et partagée qu’elle avait acquis une valeur qui a pu ensuite être monétisée.

La culture peut donc être libre et gratuite, grâce aux licences libres. Ce n’est pas exclusif de la mise en place de modèles économiques innovants et rémunérateurs et il vous appartiendra, générations futures, de vous emparer de ces outils pour construire la culture libre de demain.

Mais la question qui nous était posée n’était pas la culture PEUT-elle être libre et gratuite, mais la Culture DOIT-elle être libre et gratuite, ce qui est différent. Elle implique que la gratuité soit appliquée comme un principe général, au-delà du cercle des artistes décidant d’utiliser les licences libres.

Cette généralisation peut paraître problématique, mais à cause du discours ambiant qui culpabilise la gratuité et le partage, on a tendance à oublier que la culture EST déjà dans de nombreuses hypothèses libre et gratuite. C’est la loi elle-même qui l’impose, y compris aux titulaires de droits, et c’est absolument essentiel pour préserver nos libertés.

Le premier exemple de gratuité et de liberté consacrées par la loi, c’est celui du domaine public. Car le droit d’auteur n’est pas une propriété comme les autres : elle est limitée dans le temps et 70 ans après la mort de l’auteur, l’oeuvre entre dans le domaine public. Il est alors possible de la reproduire, de la représenter et de l’exploiter, gratuitement et librement (moyennant le respect du droit moral).

Le domaine public est un moteur essentiel pour la création, car bien souvent, on créée en s’appuyant sur ce qui existe déjà : Bach empruntait des airs populaires traditionnels pour composer ses morceaux ; que serait Picasso sans Titien, Vélasquez ou Ingres ? ; Led Zeppelin a révolutionné le rock en réinterprétant des standards du blues, etc.

La création de demain se protège aujourd’hui, nous dit Hadopi. Mais il est tout aussi important de protéger le domaine public pour défendre la création de demain, afin de permettre aux générations futures de s’appuyer sur la création d’hier et d’y puiser leur inspiration.

Or pourtant, le domaine public est sans cesse menacé par le lobbying des industries culturelles qui réclament et obtiennent du législateur une extension de la durée des droits. Le Parlement européen vient d’accepter que les droits voisins des interprètes et des producteurs de 50 à 70 ans.

Nous venons de fêter les 100 ans de la naissance de Robert Doisneau, mais son oeuvre va rester protégée jusqu’en… 2065, l’auteur étant mort en 1994. Cela signifie que de mon vivant, je ne verrai jamais entrer dans le domaine public le Baiser de l’Hôtel de Ville, pourtant réalisé en 1950, il y a plus de 60 ans. Et peut-être vous aussi, générations futures, ne le verrez-vous jamais entrer dans le domaine public, si la durée des droits est encore allongée, comme on peut le craindre !

La culture EST-elle libre et gratuite ? Oui, grâce au domaine public, mais aussi grâce aux exceptions au droit d’auteur.

Nous pouvons par exemple heureusement faire gratuitement de courtes citations d’oeuvres, mais ce n’est possible qu’en vertu d’une exception au monopole de l’auteur. Nous pouvons écouter les CD et DVD que nous achetons chez nous (encore heureux !), mais là encore, ce n’est possible que parce qu’existe une exception pour les représentations dans le cadre du cercle de famille. Les handicapés visuels peuvent obtenir en France gratuitement des oeuvres adaptées, en gros caractères ou en braille, parce qu’une exception le leur permet.

Un monde dans lequel ces exceptions n’existeraient pas serait une dystopie digne d’Orwell ou de Bradbury. Combien nos libertés seraient fragilisées s’il nous fallait payer pour faire de simples citations ou pour chaque écoute de musique en privé ! Et pour supprimer la gratuité de l’exception handicapés, faudrait-il instaurer une taxe sur les cannes blanches et les lunettes noires !

Grâce aux exceptions au droit d’auteur, la culture EST donc libre et gratuite, et il est essentiel qu’il en soit ainsi.

Un dernier exemple va nous permettre de revenir à l’environnement numérique.

Dans le monde physique, je peux tout à fait librement et gratuitement donner un livre qui m’appartient à la personne de mon choix. Comme cet acte n’implique aucune copie, ni aucune représentation, le droit d’auteur n’a absolument rien à dire à ce sujet et les titulaires de droit ne peuvent en aucune mesure s’y opposer.

Cette forme de partage gratuite de la Culture joue un rôle essentiel. Combien de livres avez-vous découvert grâce à un ami ou à un conjoint qui vous les ont prêtés ou donnés ?

Dans l’environnement numérique cependant, cette faculté de partage est réduite à néant. Le même ouvrage sous forme numérique ne peut être envoyé par mail à un ami, car cet acte implique nécessairement une copie et une représentation. Il est donc contraire au droit d’auteur et c’est ainsi que le partage est devenu piratage.

Or pour vous, générations futures, il arrivera sans doute un moment où les livres papier disparaitront, ainsi que tous les autres supports physiques, et où toute la culture prendra une forme numérique. Peut-on accepter que ce passage au numérique ait pour conséquence une réduction tragique de la liberté de partager la culture ?

La culture Doit-elle être libre et gratuite ? La vraie question est de savoir comment nous pouvons préserver pour les générations futures la liberté de partager la culture en toute légalité qui était la notre dans l’environnement physique ?

Et là, je dis que cette liberté a nécessairement un prix et que le partage sous forme numérique ne pourra rester entièrement gratuit, si l’on veut qu’il soit reconnu comme un droit.

Plusieurs modèles ont été imaginés qui permettraient de consacrer le droit au partage dans l’environnement numérique. Ils peuvent prendre des noms et des formes différentes, qu’il s’agisse de la licence globale, de la contribution créative ou du mécénat global.

Tous reposent sur l’idée qu’en échange d’une contribution de quelques euros, prélevée sur l’abonnement Internet, les individus se verraient reconnaître un droit au partage des oeuvres, pour des échanges hors marchés, sans finalité commerciale. Le modèle est celui des échanges décentralisés du P2P ou celui de la diffusion en ligne par le biais des blogs ou des sites personnels. Il ne s’agit en aucun cas des systèmes centralisés à la MegaUpload, qui impliquent nécessairement une transaction commerciale, sous une forme ou une autre.

Ce système consacre une liberté d’échanger la culture et permet de récompenser les créateurs, en fonction du nombre de partages de leurs oeuvres, en leur reversant une part des sommes collectées à partir du surcoût à l’abonnement Internet. L’échange est alors libre tant qu’il s’effectue dans un cadre non commercial, mais même s’il n’est pas payant à l’acte, il n’est pas gratuit, puisque l’internaute doit s’acquitter de ce prélèvement mensuel.

Vous pourriez préférer, générations futures, de continuer à accéder illégalement aux oeuvres, sans avoir rien à payer pour cela. Mais vous devez prendre en considération que cette gratuité a un coût, pour chacun de vous et pour la société toute entière.

Car pour lutter contre le partage des oeuvres, le législateur s’est engagé dans une spirale répressive, qui augmente sans cesse le niveau de la violence d’Etat et fait peser une grave menace sur nos libertés et sur l’intégrité d’Internet. Depuis 20 ans, les textes répressifs s’enchaînent à un rythme alarmant : Traité OMPI sur les DRM, DMCA américain, DADVSI en europe et en France, Hadopi et la riposte graduée, SOPA/PIPA bloqués aux Etats-Unis mais aussitôt remplacés par CISPA, ACTA liberticide négocié dans le secret, mais arrivé aux portes du Parlement européen…

Cette fuite en avant du droit et ces agressions continuelles contre les libertés sont le prix à payer de la gratuité, pour nous et pour les générations futures.

Si l’on veut que le partage devienne un droit reconnu et consacré par la loi, alors il faut être prêt à en payer le prix, qui est celui de la contribution créative. Pour les individus, c’est une somme modeste de quelques euros par mois ; pour les créateurs, c’est une nouvelle manne de plusieurs centaines de millions par an. Pour la société toute entière, c’est le prix d’une paix retrouvée.

Pour qu’il devienne à l’avenir aussi simple de donner un fichier avec un ami que cela l’est avec un livre aujourd’hui.

La question n’est hélas plus de savoir si la culture doit être libre, mais si nous voulons le rester.

Nous et les générations futures.

 

Article publié sous licence Creative Commons Zéro (CC0) le 20 avril 2012 par 

Jacques Attali répond aux artistes à propos de Hadopi

Bien des artistes ne semblent pas admettre que l’Internet leur ouvre de formidables potentialités créatrices, que le projet de loi dite Hadopi, qui vise à interdire le téléchargement gratuit, ne vise pas à les protéger, mais à réserver l’essentiel de la valeur produite à quelques entreprises, et qu’un autre système de rémunération, fondé sur la nature profonde de l’Internet, leur assurerait un meilleur revenu et une bien meilleure reconnaissance sociale, s’ils s’en emparent avant que ne s’y rallient les entreprises qui la combattent aujourd’hui.

Jacques Attali répond aux artistes à propos de Hadopi

Lien: Le piratage et ses effets positifs sur l’économie

« Les effets économiques du partage de fichiers sur le marché néerlandais sont très positifs à court et à long terme « . Un nouveau rapport, commissionné par le gouvernement néerlandais, sur les conséquences économiques et culturelles du partage de fichiers sur les industries de la musique, du cinéma et du jeu vidéo conclut que le téléchargement illégal a un effet global positif sur la bonne santé de l’économie

> Le piratage et ses effets positifs sur l’économie

Lien: Bruxelles signe la fin du monopole national de la Sacem

« La Commission européenne a rendu le 16 juillet une décision qui casse le monopole territorial des 24 sociétés d’auteurs de l’Union membres de la Cisac (dont la Sacem). En vu de faciliter la gestion des droits sur Internet, Bruxelles établit une concurrence entre SPRD à partir de trois principes : la liberté d’affiliation, la non validité des contrats d’exclusivité et des restrictions nationales. »

-> Bruxelles signe la fin du monopole national de la Sacem

Joss Stone : « le piratage, c’est brillant »

De plus en plus d’artistes prennent partie pour la libre diffusion des œuvres sur internet. Aujourd’hui un article de Numérama qui présente le point de vue de la chanteuse Joss Stone.

La chanteuse Joss Stone, qui a gagné l’an dernier un Grammy Award, n’a aucun rapport conflictuel avec le piratage. Bien au contraire. Interrogée lors d’une interview sur son sentiment à l’égard du piratage et des gens qui téléchargent ses chansons sur Internet, Stone a abasourdi son interlocuteur : « Je trouve que c’est génial« . « Génial ?« , insiste le journaliste interloqué.

« Oui, j’adore ça. Je trouve que c’est brillant et je vais vous dire pourquoi. La musique devrait être partagée. La seule chose que je n’aime pas c’est le business qui y est attaché. Mais, si la musique est gratuite, il n’y a plus de business, il n’y a plus que la musique. Donc, oui, j’aime ça, je pense que nous devrions partager« , a expliqué la chanteuse.

« C’est bon, si une personne achète [mon disque], ça me va très bien, gravez-le, partagez-le avec vos amis, je m’en fiche. Je me fiche de la manière dont vous l’écoutez à partir du moment où vous l’écoutez. Tant que vous venez à mon concert, et que vous prenez du bon temps à écouter le concert, c’est cool. Je m’en fiche. Je suis content qu’ils l’écoutent« .

Pour Joss Stone, la plupart des artistes qui s’opposent aux fans qui téléchargent leur musique sont subissent un « lavage de cerveau » de la part de leur maison de disques. Juré craché, c’est pas le cas des 52 artistes français qui se sont engagés courageusement pour la riposte graduée…

La chanteuse, visiblement agacée par l’industrie du disque, a entamé une bataille juridique contre sa maison de disques EMI pour obtenir le droit de rompre son contrat qui doit couvrir trois albums.

Article diffusé sous licence Creative Common by-nc-nd 2.0, écrit par Guillaume Champeau pour Numerama.com

Je ne les qualifierai pas de voleurs sauf s’ils me traitent de pirate

Auteur de L’Anarchisme triomphant : Le logiciel libre et la mort du copyright, et du Manifeste du Point-Communiste, Eben Moglen est considéré comme l’un des penseurs les plus radicaux, mais aussi les plus pertinents, de la société de l’information. Internet Actu revient sur ses positions sur le copyright et l’industrie de la musique.

Je vous invite à prendre le temps de lire cet article d’Internet Actu, sur Eben Moglen, un personnage peu ordinaire. Jetez un œil en particulier aux extraits choisis, traduits, compilés et (“librement”) adaptés de ses propos sur l’industrie de la musique. J’en ai copié ici un petit morceau pour vous donner envie d’aller lire la suite:

“Je ne les qualifierai pas de voleurs sauf s’ils me traitent de pirate”

Il faudrait d’ailleurs qu’ils admettent qu’ils (les industriels de la musique) militent pour l’ignorance, pour l’acculturation, qu’ils revendiquent le fait que vous ne devriez avoir accès à la culture que dans la mesure où vous avez assez d’argent pour vous l’offrir, ou plutôt l’acheter. Et plus ils agiront de manière brutale, déraisonnable, disproportionnée, plus ils se discréditeront.

Je ne les qualifierai pas de voleurs sauf s’ils me traitent de pirate. Les artistes n’ont rien à craindre des gens qui aiment ce qu’ils font. Les amateurs de musique ne peuvent pas faire de mal aux artistes qu’ils apprécient, même si les industriels s’acharnent à le leur faire croire.

Car le problème n’est pas tant d’empêcher les gens de “voler” des fichiers que d’empêcher les artistes de découvrir qu’il existe des alternatives, et qu’ils peuvent vivre sans ce genre d’intermédiaires. On assiste en effet à un retournement d’alliance, au détriment de l’industrie, entre ceux que l’on appelait des “consommateurs” et ceux que l’on appelait des “producteurs”.

Et ce qui menace le plus l’industrie du disque, ce n’est pas l’amateur de musique et d’échanges de fichiers, c’est le fait que Madonna, et plein d’autres, commencent à quitter leurs maisons de disque car n’ont plus grand chose à leur apporter, contrairement aux tourneurs et aux organisateurs de concerts.

La suite sur Internet Actu…

Voir aussi les autres conférences, traduites en français, d’Eben Moglen sur Framablog.

Ecrivain 2.0: interview de Paulo Coelho sur le téléchargement et le futur du livre

Le site Pirate Coelho proposait depuis l’an dernier des liens torrents pour télécharger les œuvres de l’écrivain Paulo Coelho. Surprise, le pirate n’est autre que Coelho lui même ! Une idée de la propriété intellectuelle à l’opposé de la vision conventionnelle…

L’écrivain brésilien Paulo Coelho, l’auteur de « L’alchimiste » dont les livres ont été traduit dans 67 langues et qui a vendu plus de 100 millions d’ouvrages dans le monde entier, a démarré l’an dernier un blog anonyme (Pirate Coelho, tout un programme…) où il propose des liens bit torrents vers des versions complètes de ses œuvres disponibles sur internet. La plupart de ces copies en ligne n’étaient pas autorisées, mais l’écrivain a réussi à convaincre ses éditeurs que ceci ne réduirait pas les ventes.

Interview de Paulo Coelho

Voici une traduction d’une interview de Coelho (je l’ai traduite à partir de l’anglais lui même traduit à partir du portugais; j’ai essayé de respecter le sens, mais il peut y avoir des erreurs…)

(journaliste) – Pourquoi créer un site pour diriger les internautes vers des endroits où ils peuvent télécharger vos livres gratuitement ?

(Coelho) – Je crois qu’offrir des livres gratuits en ligne stimule les ventes dans le monde « réel ». Vers la fin des années 90 , j’ai eu une expérience en Russie qui m’a ouvert les yeux. Nous avions des problèmes avec les ventes et l’explication qui revenait tout le temps était que la distribution était difficile dans cette partie du monde. En 1996, nous avions seulement vendu 1000 livres. Fin 1997, une traduction de « Brida » est apparue sur certains réseaux peer-to-peer et les ventes ont commencé à décoller. En 1998, nous avons vendus 10 000 copies. En 1999, 100 000 copies. En 2000, le chiffre a dépassé le million de copies ! Ce n’était pas un hasard: l’internet a favorisé le bouche à oreille; résultat, les lecteurs ont commencé a faire pression sur les libraires qui, d’eux-mêmes, ont commencé à commander plus de copies….

(journaliste) – Comment en êtes vous venus à créer Pirate Coelho ? Vous aviez conscience que le téléchargement doperait les ventes ou cela a t-il été une surprise pour vous ?

(Coelho) – Après mon expérience russe, l’idée a mûrie. J’ai décidé de lancer le site Pirate Coelho en 2006. Il est à noter que le site recense simplement des liens vers les fichiers torrents. Il ne stocke rien, il montre juste le chemin aux internautes.

(journaliste) – Est ce que les ventes ont augmentées depuis que vous avez commencé le partage de livres gratuits ?

(Coelho) – Je n’ai pas de chiffres, mais je vois les effets avec mon dernier livre, « la sorcière de Portebello », cette stratégie a porté ses fruits. Aux Etats-Unis par exemple le livre est entré dans dans la liste des ouvrages les plus vendus de la semaine, une performance que seul « L’alchimiste » avait réussi à faire jusqu’à présent.

(journaliste) – Le téléchargement sur internet provoque une baisse des ventes et c’est un problème majeur de l’industrie de la musique. Pourquoi est ce que ça n’arrive pas avec les livres papier et les éditeurs ?

(Coelho) – Je ne peux pas prévoir comment le le piratage de livres va influencer les ventes à l’avenir. Ce que nous observons pour l’instant c’est une dissémination plus importante des travaux.

(journaliste) – Que pensent vos éditeurs de votre initiative de créer Pirate Coelho ?

(Coelho) – Mes éditeurs acceptent tous mon choix.

(journaliste) – Comment voyez vous le futur du livre ? Pensez vous qu’il est menacé par le Kindle et autres e-books ?

(Coelho) – Quand j’ai donné une conférence à Munich en janvier dernier, je suis tombé sur une idée intéressante: le futur du livre n’est peut être pas dans des objets comme le Kindle ou les e-books, mais dans l’interactivité entre les lecteurs et l’auteur autour du livre. Certains pensent que dans le futur les gens pourraient payer non pour le livre, mais pour les discussions et l’univers associé au livre. Nous voyons cela aujourd’hui dans les jeux vidéo en ligne où le consommateur paye une somme pour entrer dans l’univers du jeu. Peut être est ce la futur du livre.

(journaliste) – Jusqu’à quel point va se développer la relation entre internet, la littérature et l’industrie du livre ? Quelles pistes pourraient encore s’ouvrir grâce a cette relation et quels les bénéfices et les dangers potentiels ?

(Coelho) – Je ne peux pas prévoir comment les nouveaux médias vont influencer la littérature au 21eme siècle. Ce que je peux dire c’est que nous voyons plus d’interactivité entre les lecteurs et les auteurs. L’émergence des blogs permet cet échange que je trouve extrêmement enrichissant. Mais je ne crois pas complètement à un processus de création collective qui conduise à l’écriture d’un livre. J’ai vu des expériences où les lecteurs participent au processus de création et le résultat n’était pas terrible. Je crois en l’interactivité mais après que le travail ait été fait par le créateur, pas avant.

Voir l’article original

Lisez le dernier livre de Paulo Coehlo en ligne

Cette fois c’est son éditeur qui le propose par l’intermédiaire d’un widget que chaque internaute peut placer sur son site, blog, myspace, pour le faire découvrir à ses visiteurs…


Browse Inside this bookGet this for your site

Pour l’instant le livre n’est disponible qu’en anglais, mais on peut espérer avoir bientôt une traduction. Et bien sur si ça vous a plu, n’hésitez pas à acheter le livre pour vous ou vos amis

Paulo Coelho discute internet, copyright et le futur du livre à la Digital, Life, Design conférence de Munich

Voici la vidéo (en anglais).

Link: sevenload.com

Pour finir

Ça fait vraiment plaisir de voir quelqu’un qui observe, s’interroge, cherche à comprendre et expérimente au lieu de refuser en bloc tout changement. J’ai beaucoup apprécié cette attitude du « je ne sais pas, mais nous observons que… ». C’est humble et ouvert, et très rafraîchissant. Je crois que je sais quel sera mon prochain livre de chevet…

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Comme Numerama, “nous encourageons tous nos lecteurs qui le souhaitent à copier, voler, pirater sans vergogne ce que nous écrivons, et à reproduire sans payer les articles sur leurs blogs, pages MySpace, e-mails ou papyrus.
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Numerama: « nous encourageons tous nos lecteurs qui le souhaitent à copier, voler, pirater sans vergogne ce que nous écrivons, et à reproduire sans payer les articles sur leurs blogs, pages MySpace, e-mails ou papyrus. »

Article extrait de Numerama :

Conformément à la politique qui a toujours été celle de Ratiatum, Numerama n’a aucune intention de garder jalousement les articles que nous écrivons et publions ici quotidiennement. Au contraire, nous encourageons tous nos lecteurs qui le souhaitent à copier, voler, pirater sans vergogne ce que nous écrivons, et à reproduire sans payer les articles sur leurs blogs, pages MySpace, e-mails ou papyrus. Mieux, nous venons même de mettre en ligne un outil qui vous permet de le faire facilement, dans le respect de la licence Creative Commons que nous avons choisie pour mettre quand même quelques règles de bonne séance dans ce monde de sauvages.

Vous trouverez désormais à droite de chaque article un lien « Copier sur mon blog » qui vous explique tout ce que vous avez besoin de savoir sur la licence Creative Commons by-nc-nd que nous utilisons, et qui vous permet de copier tout l’article en un seul clic, pour le coller facilement dans votre éditeur de texte.

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Article diffusé sous licence Creative Common by-nc-nd 2.0, écrit par Guillaume Champeau pour Numerama.com

Chapeau à Guillaume et l’équipe qui font un super boulot depuis 6 ans et bravo pour cette initiative originale et intéressante ! Je republierai de temps en temps des articles de Numerama et j’encouragerai de même la republication d’article Toc-Arts (j’en reparlerai des que j’aurai rajoute une licence creative commons sur le contenu Toc-Arts).

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